(Washington, le 13 décembre 2016) – Le président-élu des États-Unis, Donald Trump, a nommé le président-directeur général d'Exxon Mobil, Rex Tillerson, au poste de Secrétaire d'État, choix qui suscite de vives inquiétudes en ce qui concerne les droits humains, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Selon des informations parues dans les médias, Donald Trump aurait l'intention de nommer l'ancien ambassadeur aux Nations Unies  John Bolton au poste de Secrétaire d'État adjoint.

Rex Tillerson, le PDG d'Exxon Mobil, nommé en décembre 2016 par Donald Trump au poste de Secrétaire d'État des États-Unis.

© Reuters

En tant que président-directeur général d'Exxon Mobil, Rex Tillerson a supervisé la conclusion de contrats d'affaires lucratifs en partenariat avec les gouvernements de pays riches en pétrole abusifs et corrompus comme la Guinée équatoriale et l'Angola. Sous la direction de Tillerson, la compagnie a eu une attitude hostile aux lois américaines exigeant une plus grande transparence financière dans de tels pays et des normes plus strictes en matière de droits humains pour les entreprises – lois que le Département d'État a soutenues. Bolton, quant à lui, a un lourd passé d'hostilité à l'égard du droit humanitaire international, de ses normes et de ses critères.

« Le président-élu Trump a proposé à plusieurs reprises des politiques qui violeraient les droits humains fondamentaux », a déclaré Sarah Margon, directrice du bureau de Washington de Human Rights Watch. « Tillerson devrait clarifier comment, s'il est effectivement nommé et approuvé par le Sénat, il entend honorer les obligations internationales des États-Unis en matière de droits humains, en particulier en s'engageant vigoureusement en faveur d'un programme de politique étrangère qui fasse la promotion du respect de ces droits au moyen d'une plus grande transparence et de mesures anti-corruption. »

« John Bolton, nommé ambassadeur aux Nations Unies lors d'une période de vacances du Congrès, donc sans approbation du Sénat, sous l'administration de George W. Bush, a semblé passer davantage de temps et d'énergie à critiquer les personnes et les institutions défendant les droits humains, plutôt que les violateurs de ces droits », a ajouté Sarah Margon. « L'hostilité clairement manifestée par Bolton à l'égard du droit humanitaire international exige qu'il explique comment, s'il est nommé et confirmé, il entend éviter la répétition des politiques désastreuses des années Bush en matière de droits humains. »

Le Sénat, qui doit confirmer ces nominations, devrait profiter de leurs auditions pour interroger Tillerson et Bolton sur des questions clés de droits humains comme la torture, les Conventions de Genève et la politique du pays en matière de réfugiés, a affirmé Human Rights Watch. Les sénateurs devraient également questionner les deux hommes sur de récentes déclarations de Donald Trump selon lesquelles il collaborerait étroitement avec des dirigeants qui violent les droits humains, comme le président syrien Bachar al-Assad et le président russe Vladimir Poutine, et sur la manière dont il prévoit de s'assurer que les États-Unis continuent d'exprimer les graves inquiétudes concernant les droits humains soulevées par les actes de leurs gouvernements.

« Les sénateurs devraient interroger vigoureusement Tillerson et Bolton sur la façon dont ils utiliseront leurs fonctions, s'ils sont confirmés, pour s'assurer que le gouvernement américain se conforme au droit international », a affirmé Sarah Margon. « Le peuple américain a le droit de savoir si l'administration Trump a l'intention de se livrer à des actes de torture ou de violer d'autres manières les Conventions de Genève. »

Tillerson et Bolton devraient également être questionnés sur les propositions de Trump en ce qui concerne la politique vis-à-vis des réfugiés, y compris sur ses projets d'interdire la réinstallation aux États-Unis de réfugiés en provenance de pays comme la Syrie et d'expulser ou d'« incarcérer » deux millions, « voire trois millions » de non-citoyens qui ont eu affaire avec le système américain de justice pénale. Dans la pratique, ces plans aggraveraient la crise mondiale suscitée par le flot incessant de réfugiés et de migrants et entraîneraient des violations massives du droit à la régularité des procédures et d'autres abus, dont la séparation d'enfants et de leurs parents.

L'équipe Trump a annoncé le 23 novembre que la Gouverneure Nikki Haley serait nommée ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies.

Haley, en tant que gouverneure de Caroline du Sud, a déclaré, dans une lettre au Secrétaire d'État John Kerry à la suite des attentats terroristes de l'année dernière à Paris, qu'elle s'opposait à la réinstallation de réfugiés syriens dans son État en raison de ses préoccupations au sujet de la capacité des autorités américaines à leur faire passer adéquatement un examen d'entrée sur le territoire. Toutefois, elle a par la suite critiqué Donald Trump pour avoir proposé d'interdire aux musulmans l'entrée aux États-Unis, qualifiant une telle politique d'anticonstitutionnelle. Des réfugiés syriens ont été réinstallés en Caroline du Sud.

Le Sénat devrait interroger Nikki Haley sur la future politique syrienne de l'administration Trump et, en particulier, lui demander comment elle conçoit d'assurer que le gouvernement Assad et les groupes armés de Syrie soient amenés à rendre des comptes pour les innombrables crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis dans ce pays depuis 2012. Si sa nomination est confirmée, elle sera en première ligne dans les efforts pour obtenir des résolutions du Conseil de sécurité et de l'Assemblée générale de l'ONU sur la Syrie.

Outre les questions relatives aux liens que Rex Tillerson a tissés avec de nombreux dirigeants autoritaires pour conclure des accords pétroliers manquant de transparence ou faisant très peu pour promouvoir des mesures anti-corruption, nous présentons ci-dessous quelques domaines spécifiques de politique étrangère sur lesquels il devrait être interrogé. Le Sénat devrait également passer au crible les parcours de John Bolton et Nikki Haley.

Collaboration avec Assad et Poutine

L'intérêt plusieurs fois exprimé par le président-élu Trump pour une collaboration militaire en Syrie avec Assad et Poutine est source de graves préoccupations, étant donné les crimes massifs commis par le gouvernement syrien contre la population civile, la probable complicité de la Russie dans certains de ces crimes, ainsi que plusieurs cas récents de crimes de guerre qui, selon les recherches menées par Human Rights Watch, auraient été commis par les forces russes.

Au cours des quatre dernières années du conflit, le gouvernement syrien a utilisé à plusieurs reprises une définition excessivement large du terrorisme, qui lui a permis de justifier ses attaques contre tout groupe ou militant qui s'oppose ou est perçu comme s'opposant à Assad. Le gouvernement russe a repris cette définition à son compte et a fourni à la Syrie de l'équipement militaire et un soutien technique, financier et humain afin d'aider Assad dans ses campagnes qui sont d'une grande brutalité.

Au cours de la guerre, des violations généralisées et systématiques des droits humains ont entretenu l'instabilité et le soutien au terrorisme. Dans de telles circonstances, entrer dans un partenariat militaire avec la Russie aggraverait probablement cette instabilité, accroîtrait les abus contre les civils et discréditerait les États-Unis dans toute la région, rendant encore plus difficile d'aboutir à des succès par la voie diplomatique. Forger un partenariat avec la Russie et la Syrie pour des opérations militaires pourrait également rendre le gouvernement américain complice de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité et exposer le personnel américain à des poursuites en responsabilité.
 

Relations plus étroites avec l'Égypte

La rencontre de Donald Trump avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi, en septembre à New York, a suscité de graves inquiétudes sur le plan des droits humains. Après cet entretien, Trump a fait une déclaration dans laquelle il a exprimé son « ferme soutien à la guerre que mène l'Égypte contre le terrorisme » et affirmé que « sous l'administration Trump, les États-Unis d'Amérique seront un ami loyal, pas simplement un allié, sur lequel l'Égypte pourra compter dans les jours et les années à venir. » L'absence de toute mention des importantes violations des droits humains commises par l'Égypte et du caractère non démocratique de son régime est profondément troublante.

Au cours des trois dernières années, les autorités égyptiennes ont interdit les manifestations, arrêté de nombreuses personnes LGBT, poursuivi en justice des membres des minorités religieuses, détenu arbitrairement des dizaines de milliers de personnes, fait comparaître des milliers de civils devant des tribunaux militaires et lancé une campagne draconienne contre les organisations non gouvernementales et les médias. Établir des relations plus étroites avec l'Égypte ne devrait pas signifier que le gouvernement américain cessera de s'exprimer pour protéger les détracteurs vulnérables des autorités égyptiennes ou les activistes.

« Si les États-Unis ont l'intention de cultiver une relation forte avec al-Sisi, Tillerson devrait utiliser cette relation pour exprimer les préoccupations que suscite la répression exercée par le gouvernement égyptien », a affirmé Sarah Margon. « L'assistance massive qu'apportent les États-Unis à l'Égypte dans les domaines militaire et sécuritaire leur donne le moyen de pression dont ils ont besoin. »

Droits des femmes à l'étranger

Pendant des années, sous des administrations démocrates et républicaines, les États-Unis ont fait preuve d'un leadership ferme sur des questions comme le mariage précoce, les violences sexistes et les trafics de personnes.

Les sénateurs devraient interroger Tillerson pour savoir s'il fera en sorte que le Département d'État conserve les structures et les financements nécessaires pour s'occuper des questions relatives aux femmes à l'échelle mondiale. Le prochain Secrétaire d'État devrait conserver cet héritage et choisir un(e) avocat(e) des droits des femmes hautement qualifié(e) pour diriger le Bureau des affaires féminines mondiales du Département d'État et pour s'assurer que ce bureau dispose des ressources financières et de l'autorité suffisantes pour accomplir sa mission.

Protection du programme d'accueil de réfugiés

Les États-Unis ont été le pays de référence pendant des décennies en ce qui concerne l'accueil de réfugiés. Tillerson devrait être interrogé vigoureusement sur la proposition de Trump de fermer ou de réduire le programme américain de réinstallation de réfugiés.

« Une diminution soudaine du nombre de réfugiés accueillis aux États-Unis pourrait compromettre la totalité du système mondial de protection des réfugiés », a conclu Sarah Margon. « Un manque de leadership de la part des États-Unis aurait aussi pour effet de décourager d'autres pays d'accueillir davantage de réfugiés, à un moment où le monde est confronté au plus grand nombre de personnes déplacées jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale. »