Un tas de cartons contenant des fournitures médicales détruites ou endommagées lors d’une frappe aérienne menée le 19 septembre 2016 à Urm al-Kubra, à l’ouest d'Alep, en Syrie, photographié au lendemain de cette attaque.

© 2016 Reuters

(New York, le 21 septembre 2016) – Les récentes attaques contre un convoi d'aide humanitaire des Nations Unies et contre un entrepôt du Croissant-Rouge à Alep devraient faire l’objet d’une enquête en tant que possibles crimes de guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le convoi et le bâtiment ont été apparemment visés par des frappes aériennes menées durant de plus de trois heures le 19 septembre, alors qu’aucune cible militaire ne se trouvait à proximité. Ces attaques ont violé les lois régissant les conflits armés et pourraient constituer des crimes de guerre si elles ont intentionnellement pris pour cible des personnes fournissant une assistance humanitaire, leurs véhicules ou des installations utilisées pour l’aide humanitaire. La Syrie et la Russie sont les deux seuls pays dont les forces aériennes mènent – selon les informations disponibles – des opérations dans cette région de la Syrie.

Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (BCAH, ou OCHA en anglais) a indiqué le 19 septembre qu’un convoi de camions de l’ONU et du Croissant-Rouge syrien avait été frappé quelques heures auparavant à Urum al-Kubra, au nord-ouest d'Alep. Des frappes ont également endommagé un entrepôt du Croissant-Rouge et une clinique de santé gérée par cette organisation. Selon l’OCHA, 20 civils et un membre du personnel ont été tués alors qu’ils déchargeaient des camions ; la nourriture et les fournitures médicales qui devaient être livrées à au moins 78 000 personnes ont été en grande partie détruites. L'agence de l’ONU a ajouté que le convoi avait préalablement reçu du gouvernement syrien les permis nécessaires pour circuler dans cette région.

« La prise pour cible apparente d'un convoi humanitaire ayant reçu les permis nécessaires, ainsi que d’un entrepôt connu comme lieu de stockage de fournitures humanitaires, soulève de graves questions quant à l’aspect intentionnel de ces frappes », a déclaré Lama Fakih, directrice adjointe de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « L’ONU devrait diligenter l’ouverture d’une enquête indépendante afin de déterminer s’il s’est agi d’une attaque délibérée contre des civils. »

Human Rights Watch a appelé le Secrétaire général de l’ONU à exiger, lors d'une session du Conseil de sécurité prévue le 21 septembre, l’ouverture dans de brefs délais d’une enquête visant à identifier les responsables de l'attaque et dont les conclusions seraient prochainement présentées au Conseil.

Dans un communiqué publié le 20 septembre, le Croissant-Rouge syrien a indiqué que le directeur de son bureau à Urum al-Kubra, Omar Barakat, a été tué lors de l'attaque et que l'organisation comptait suspendre ses activités à Alep pendant trois jours.

La Résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 18 décembre 2015, appelle toutes les parties au conflit en Syrie à mettre « immédiatement fin à toutes attaques contre les populations ou les biens civils, y compris celles dirigées contre les installations et le personnel médicaux, ainsi qu’à l’emploi aveugle d’armes, tels que les tirs d’obus et les bombardements aériens ».

En vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, « diriger intentionnellement des attaques contre le personnel, les installations, le matériel, les unités ou les véhicules impliqués dans le cadre d’une mission d'aide humanitaire » constitue un crime de guerre, tout comme le fait de «  diriger intentionnellement des attaques contre la population civile ».

 

Communiqué intégral en anglais :

www.hrw.org/news/2019/09/20/russia/syria-investigate-attack-un-aid-convoy

 

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