Nous célébrons, en cette Journée internationale des travailleurs domestiques, un mouvement croissant qui réaffirme les droits de cette main-d’œuvre nombreuse mais dissimulée.

Une travailleuse domestique étrangère se promène avec l’enfant de son employeur devant une gigantesque affiche dans une rue de Dubaï, aux Émirats arabes unis.

© 2006 Abbas / Magnum Photos

L’on estime que près de 67,1 millions de personnes travaillent dans ce secteur dans le monde entier, des femmes pour la plupart. Elles font la cuisine, nettoient, s’occupent des enfants et des personnes âgées. Mais elles travaillent derrière des portes closes, chez des particuliers, et bon nombre d’entre elles sont privées de protection juridique et régulièrement soumises à l’exploitation et aux abus.

Dans de nombreux pays, la législation et les politiques renforcent une ancienne perception selon laquelle le travail domestique n’est pas un « vrai » travail. Au fil des années, j’ai entendu des recruteurs, des employeurs et des responsables gouvernementaux expliquer que le travail domestique n’est pas ardu, et énoncer une litanie de préjugés pour justifier l’inégalité de traitement qui affecte ces travailleuses.

À Dubaï, un agent chargé du recrutement m’a dit : « Les bonnes ont l’esprit étriqué. Si ce n’était pas le cas, elles ne feraient pas ce travail », et un employeur d’Abu Dhabi : « Les travailleuses domestiques sont comme de l’argile. Vous faites d’elles ce que vous voulez ».

Le traité a été ratifié par 22 pays

Le travail domestique est toujours l’une des formes d’emploi les plus sous-évaluées et les moins réglementées. Une grande partie des travailleurs domestiques du monde sont exclus des protections accordées par le droit du travail de leur pays.

Des systèmes restrictifs d’immigration placent en outre les travailleurs domestiques migrants — près de 11,5 millions dans le monde — face à un risque accru de subir des abus.

Mais il y a cinq ans aujourd’hui, la communauté internationale a fait un immense pas en avant pour changer cette situation. L’heure est maintenant venue pour les pays eux-mêmes de suivre l’exemple.

Le 16 juin 2011, l’Organisation internationale du travail (OIT) adoptait un traité historique, la Convention concernant le travail décent pour les travailleuses et travailleurs domestiques. Ce traité est le premier à établir les droits de ce groupe de travailleurs.

Il oblige les pays à garantir aux travailleurs domestiques les mêmes droits que ceux dont jouissent les autres travailleurs en matière de périodes de repos quotidiennes et hebdomadaires, de temps de travail, de paiement des heures supplémentaires et de congé annuel rémunéré. Mais aussi à mettre en place une protection adéquate contre la violence.

Des associations de travailleuses domestiques, des organisations de défense des droits humains et des syndicats ont rassemblé leurs efforts afin de faire adopter, puis ratifier, le traité. Celui-ci a été ratifié par 22 pays, et plus nombreux encore sont ceux qui ont adopté des réformes de leur législation du travail afin de mieux protéger les travailleurs domestiques.

Ce sont là des succès importants, chèrement acquis, mais il reste toutefois un long chemin à parcourir.

Par exemple, dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui accueillent plus de deux millions de travailleuses domestiques migrantes, en vertu du système de la « kafala » les visas des travailleuses sont liés à leur employeur. Elles n’ont pas le droit de changer d’employeur à moins que le premier n’y consente, et si elles tentent d’échapper à un employeur aux pratiques abusives, elles sont passible d’une peine de prison ou d’amendes pour « tentative de fuite », et risquent même la déportation.

Ce système entraîne une pléthore de situations abusives. Sur les centaines de travailleuses domestiques migrantes que j’ai interviewées dans les pays du CCG, presque toutes m’ont confié que leur employeur avait confisqué leur passeport afin de s’assurer qu’elles ne s’échappent pas.

Nombreuses sont celles qui m’ont relaté comment leur employeur les obligeait à travailler, dans des cas extrêmes, jusqu’à 21 heures par jour, sans repos, sans jour de congé ; qu’il ne leur donnait pas la totalité de leur salaire, voire qu’il ne les payait pas ; qu’il ne leur faisait rien manger, ou de la nourriture gâtée ; qu’il leur criait dessus toute la journée, ou même qu’il les maltraitait physiquement ou commettait des abus sexuels.

Mais même dans le Golfe les choses ont commencé à changer. Tous les gouvernements des pays du CCG ont voté en faveur de la convention de l’OIT sur les travailleurs domestiques ; certes, ils doivent encore la ratifier, mais certains ont déjà pris des mesures visant à mieux protéger les travailleurs domestiques. Par exemple, le Koweït a adopté une loi en juin 2015 qui pour la première fois accorde aux travailleurs domestiques des droits du travail, tels que la journée de repos hebdomadaire, la rémunération des heures supplémentaires et un congé annuel.

Aujourd’hui, alors que les travailleurs domestiques du monde entier célèbrent leurs succès, les gouvernements devraient prendre des mesures en vue d’assurer la poursuite des avancées.

Ils devraient saisir cette occasion pour ratifier la convention de l’OIT, réformer leur législation du travail et leurs politiques afin de protéger les droits des travailleurs et travailleuses domestiques, et faire en sorte que ces droits deviennent une réalité.