Alors qu’il s’apprête à prendre ses fonctions, le président nouvellement élu de la République centrafricaine aurait dû faire la une des journaux. Mais l’annonce de 100 cas supplémentaires d'exploitation et d'abus sexuels commis par des Casques bleus dans le pays a rapidement changé cela. 

Un Casque bleu des Nations Unies surveille une route près de la capitale de la République centrafricaine, Bangui, lors de la visite du pape François, le 29 novembre 2015. © 2015 Reuters

Depuis que des allégations d’abus contre des enfants ont été portées contre des troupes françaises l’an dernier, la République centrafricaine est régulièrement secouée par des cas d'exploitation et d'abus sexuels commis par des forces de maintien de la paix. Une plus grande attention a été accordée aux moyens d’améliorer le système mis en place par les Nations Unies pour prévenir de tels abus et tenir les agresseurs comptables de leurs actes. Pourtant, de façon étonnante, peu a été dit sur la réponse à apporter aux besoins des personnes directement touchées: les victimes.

Lorsque nous avons documenté des cas de viols et d'exploitation commis en janvier par des soldats de la paix dans la ville de Bambari, située au centre du pays, à peine une des huit femmes et filles victimes avaient reçu des soins médicaux ou psychosociaux.  Un leader communautaire nous a indiqué, en novembre, avoir signalé le viol de « Cécile », âgée de 14 ans, par des troupes de la République du Congo à une agence de l'ONU.  Deux mois plus tard, Cécile n’avait reçu aucun soin de santé ou soutien psychologique, et il n'y avait pas d'argent pour l’évacuer à l'hôpital. Voilà exactement le type de défaillances qu'un examen indépendant de la réponse de l'ONU aux abus et à l'exploitation sexuels dans le pays a récemment qualifiées d’« affligeantes ».

Informées du cas de Cécile, les agences sont intervenues, mais au risque de révéler son identité et de l’exposer à des risques de revivre son traumatisme en la soumettant à de multiples interviews.  En l’espace de quelques jours, pas moins de trois organismes ont interrogés Cécile séparément sur son viol. Il n’est pas surprenant d’apprendre que, lorsqu’un autre organisme de l'ONU a demandé à lui parler, elle avait disparu.

Depuis, l'ONU s’est engagée, notamment dans le rapport annuel du Secrétaire général, à donner la priorité à des mesures visant à garantir les soins pour les survivants. Une récente résolution du Conseil de sécurité appelle entre autres à centrer la réponse sur les victimes, en leur dispensant des soins essentiels, mais aussi en réduisant les risques de nouveau traumatisme et de stigmatisation. Il est trop tard pour Cécile, mais pas pour d'autres. Savoir qu’elles peuvent compter sur une réponse adéquate à leurs besoins peut encourager d’autres victimes à se manifester, dans l’espoir renforcé d’obtenir justice.

Parfait Onanga-Anyanga, le représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU pour la République centrafricaine, a souligné l’engagement à lutter contre l'impunité des Casques bleus qui se livrent à des abus et à l’exploitation sexuels, tout en renforçant le soutien aux survivantes. Répondant aux allégations les plus récentes, il a souligné l'obligation vis-à-vis des survivantes, en disant: « Il est temps maintenant pour les droits des victimes de passer au premier plan ». De tels engagements publics se font attendre depuis longtemps. Maintenant, les responsables de l'ONU doivent tenir ces promesses.