Flagellation publique d’une jeune femme dans la province de Ghor, en Afghanistan, le 31 août 2015.
 

© 2015 Reuters / Pajhwok News Agency

C’est une image qui évoque un châtiment imposé par les talibans. Une femme entièrement voilée est agenouillée par terre, aux pieds d’un homme portant un turban. L’homme lève le bras, et s’apprête à la frapper avec son fouet. La scène se déroule devant plusieurs hommes assis en cercle, confortablement installés sur des chaises pendant qu'ils contemplent ce spectacle qui est censé représenter une punition et un avertissement.

Mais il ne s’agit pas de talibans. Cette photo récemment publiée montre, selon les médias,  la flagellation de Zarmina, une jeune femme de 22 ans qui a été arrêtée il y a quelques semaines avec un jeune homme de 21 ans prénommé Ahmad, dans la province de Ghor en Afghanistan. Les deux jeunes gens ont été accusés de « zina » (relations sexuelles en dehors du mariage), un crime passible d'une peine de 5 à 15 ans de prison au regard de la loi afghane.

Zarmina et Ahmad ont été condamnés à 100 coups de fouet chacun, non pas par un tribunal taliban ou par un conseil d’aînés d’une tribu, mais par un tribunal officiel rattaché au gouvernement afghan reconnu et soutenu par la communauté internationale depuis la chute des talibans en 2001. Bien que la peine de flagellation soit en principe illégale dans ce pays, elle est périodiquement infligée par des tribunaux régionaux, et certains juges conservent même ouvertement un fouet dans leur bureau.

Cette photo vient rappeler que le gouvernement afghan continue de violer les droits humains, notamment les droits des femmes.

Les rapports sexuels entre deux adultes consentants ne devraient jamais constituer un crime. Mais cette situation est d’autant plus grave en Afghanistan que les condamnations pour « zina » sont souvent basées sur des éléments de preuves extrêmement fragiles, ainsi que l’a précédemment documenté Human Rights Watch.

Des représentants de pays donateurs doivent se réunir à Kaboul le 5 septembre afin de discuter de projets de soutien financier au gouvernement afghan durant les quatre prochaines années. Cette photo vient rappeler que le gouvernement que préside Ashraf Ghani continue de violer les droits humains, notamment les droits des femmes.

Les bailleurs de fonds devraient  faire du respect de ces droits l’une des priorités de leurs discussions. Ils le doivent à Zarmina, à Ahmad et aux autres victimes d’abus en Afghanistan.

Texte complet en anglais :

https://www.hrw.org/news/2015/09/02/dispatches-court-sanctioned-lashing-afghanistan