Le prix Alison Des Forges, décerné par Human Rights Watch, rend hommage à des individus qui œuvrent, parfois au péril de leur vie, en faveur de la protection de la dignité et des droits d’autrui. Human Rights Watch travaille avec ces militants courageux dans le but de créer un monde exempt de violence, de discrimination et d’oppression.
MISE À JOUR: Le 25 mai 2016, la Cour Suprême a ordonné la libération de Khadija Ismayilova de prison. Alors que sa conviction demeure en vigueur et ses libertés sont réduites par les autorités, y compris sa liberté de mouvement, c'est un moment pour célébrer. Human Rights Watch, en collaboration avec d'autres organisations, a travaillé avec diligence pour sa libération.
 

Khadija Ismayilova

© Jahangir Yusif
Khadija Ismayilova est une journaliste d’investigation de premier plan qui a consacré sa vie à la défense des droits humains en Azerbaïdjan, ancienne République soviétique riche en pétrole, soumise à un régime autoritaire de plus en plus sévère. Deux ans à la tête du bureau de Bakou de la Radio Azadlig, le service azerbaïdjanais de Radio Free Europe/Radio Liberty, puis présentatrice d’une émission-débat, Khadija Ismayilova a mené des travaux de recherche méticuleux et rendu compte d’allégations de corruption, de relations commerciales malhonnêtes parmi des agents du gouvernement et des plus hauts rangs de la famille dirigeante. Elle est une farouche défenseuse de la libération des militants injustement emprisonnés, dans un pays où la liberté d’expression et d’association est de plus en plus restreinte.
 
À partir de 2011, elle a exposé les actes illégaux du gouvernement consistant à exproprier et expulser de force des propriétaires en vue de réaliser des travaux pour le concours de l’Eurovision. Elle a défendu sans relâche le droit à un dédommagement juste et équitable pour les victimes d’expropriation. Dans d’autres travaux d’investigation, elle a fait part d’allégations selon lesquelles la famille dirigeante tirerait parti du système de transports, des banques et des opérations minières gouvernementales, entre autres. Le gouvernement a riposté par des menaces, des mesures d’intimidation et une campagne de diffamation virulente dans les médias détenus par l’État.
Khadija se consacre intégralement à la recherche de la vérité et à la promotion de la justice, non seulement sur le plan des idées mais aussi au nom de tous ceux qu’elle a rencontrés et dont elle a raconté l’histoire. Son intégrité et son courage m’inspirent énormément.

Giorgi Gogia

Directeur Caucase du Sud, division Europe et Asie centrale

 
Ne se laissant pas décourager, elle a repris ses travaux d’enquête. Alors que l’Azerbaïdjan s’apprêtait à accueillir la première édition des Jeux européens en juin 2015, les mesures répressives du gouvernement à l’encontre des voix indépendantes se sont accentuées. Plusieurs des principaux défenseurs des droits humains du pays ont été jetés en prison, dont Khadija Ismayilova, incarcérée en 2014 sur la base de fausses accusations. Elle a été condamnée le 1er septembre 2015 à sept ans et demi de prison à la suite de poursuites pour des motifs politiques, un procès entaché d’irrégularités et une campagne la discréditant.
 
Human Rights Watch tient à rendre hommage à Khadija Ismayilova pour son courage extraordinaire  en tant que journaliste et militante des droits humains faisant face à un contexte de répression sans précédent contre la liberté d’expression en Azerbaïdjan.

 

 

L’Express/AFP 01.09.15