Palais de L'Élysée

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April 22, 2015

Objet : Visite à Bakou le 25 avril 2015 / situation des droits humains en Azerbaïdjan  -  Lettre ouverte

Monsieur le Président,

Nous vous écrivons aujourd’hui pour vous demander de profiter de votre visite en Azerbaïdjan, ce samedi 25 avril 2015, pour appeler le Président Aliyev à libérer immédiatement et de manière inconditionnelle Leyla et Arif Yunus, Intigam Aliyev, Rasul Jafarov, Khadija Ismayilova, ainsi que tous les défenseurs des droits humains, journalistes et activistes emprisonnés sur la base de motifs politiques. Comme vous le savez, Mme Leyla Yunus, que vous avez rencontrée en mai 2014 à Bakou, a été décorée de la Légion d’Honneur en juillet 2013. Nous vous appelons à dire clairement que ni vous-même ni les officiels français ne vous rendrez à la cérémonie d’ouverture des Jeux européens de Bakou tant que ces personnes n’auront pas été libérées.

Il faut appeler le Président Aliyev à mettre fin à la répression brutale que son gouvernement a déclenchée à l’encontre de la société civile et des personnes travaillant pour les droits humains. Il se doit de garantir que la société civile indépendante puisse agir sans entrave injustifiée et sans peur de persécutions. Cela implique de débloquer les comptes bancaires des organisations non-gouvernementales et de leur personnel, autoriser les organisations de la société civile à recevoir des fonds de l’étranger sans conditions restrictives, et abroger la législation récemment adoptée qui restreint encore le financement international des ONG.

Au cours de l’année écoulée, depuis votre visite à Bakou en mai 2014, la tendance déjà très négative concernant la situation des droits humains dans le pays a pris un tournant dramatique, revenant à son pire niveau depuis l’indépendance post-soviétique. Les autorités ont emprisonné des dizaines d’activistes, dont les principaux défenseurs des droits humains et journalistes indépendants, sur la base de charges politiquement motivées, et a poussé les autres à se cacher ou à s’exiler. Les autorités ont gelé les comptes bancaires des organisations civiques indépendantes et de leurs leaders, leur ont refusé l’accès à des fonds en refusant d’enregistrer toute subvention étrangère, et ont adopté une nouvelle législation draconienne qui rend impossible de mener à bien un travail indépendant sur les droits humains.

Considérés dans leur ensemble, ces développements ont profondément modifié le paysage des droits humains en Azerbaïdjan, au point qu’on peut maintenant qualifier le pays de « fermé ». Ainsi, en mars dernier, le chercheur Caucase de Human Rights Watch s’est vu refuser l’accès au pays, pour la première fois en 25 années de recherche sur l’Azerbaïdjan.

La condamnation à six années et demi de prison du militant des droits humains Rasul Jafarov la semaine dernière, basée sur de fausses accusations, est choquante bien que tristement prévisible. Cet évènement devrait réveiller les partenaires internationaux de l’Azerbaïdjan et les inciter à répondre à la répression de Bakou d’une manière plus ferme que ce qui a été le cas jusqu’à présent.

Les semaines précédant les Jeux européens, avec une visibilité accrue de l’Azerbaïdjan sur la scène internationale, fournissent une fenêtre d’opportunité pour exercer une pression extérieure efficace sur Bakou. Nous vous exhortons à saisir ce rare moment en insistant auprès du Président Aliyev sur l’importance cruciale que la France attache à voir tous ceux injustement emprisonnés libérés, et la répression contre les critiques du gouvernement stoppée.

Nous vous remercions de votre attention sur cet enjeu pressant. Nous espérons pouvoir compter sur votre résolution de principe dans ce contexte critique.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, ma très haute considération.

 

Jean-Marie Fardeau

Directeur France

Human Rights Watch