Leyla Yunus, présidente de l’Institut pour la paix et la démocratie en Azerbaïdjan, lors d’une cérémonie à l'ambassade de France à Bakou le 22 mai 2013, lors de laquelle elle s’est vu remettre les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur. Elle a été arrêtée 30 juillet 2014 sur la base de motifs fallacieux, selon HRW et d’autres organisations.

© 2013 Aziz Karimov

(Berlin) – Les premiers Jeux européens risquent d’être entachés par des violations des droits humains, à moins que les Comités olympiques européens et les principaux Comités olympiques nationaux n’exhortent le gouvernement azerbaïdjanais à remettre en liberté des journalistes et des activistes injustement emprisonnés, a déclaré aujourd’hui l’Alliance pour le sport et les droits humains (Sport and Rights Alliance, SRA).

L’Azerbaïdjan doit accueillir les premiers Jeux européens dans sa capitale, Bakou, du 12 au 28 juin. Environ 6 000 athlètes, en provenance de 50 pays, y participeront en prenant part aux compétitions dans 20 sports. Les jeux sont organisés sous les auspices du Mouvement olympique.

« Les Comités olympiques européens sont dans une position exceptionnellement favorable pour soulever ces graves préoccupations concernant les droits humains avec le président Ilham Aliyev », a déclaré Eduard Nazarski, directeur d’Amnesty International pour les Pays-Bas. « En gardant le silence, les Comités olympiques européens risqueraient d’accréditer l’idée selon laquelle le gouvernement azerbaïdjanais peut étouffer les voix critiques alors même qu’il accueille un événement qui, selon la Charte olympique, est censé placer la dignité humaine et le sport au cœur du développement harmonieux de la société. »

L’Alliance pour le sport et les droits humains est une coalition récemment créée qui comprend Amnesty International, Human Rights Watch, FIFPro – World Players’ Union, Football Supporters Europe, Supporters Direct Europe, Terre des Hommes et Transparency International Germany. Cette coalition cherche à s’assurer que les pays hôtes d’événements sportifs très importants respectent les droits humains, l’environnement et les normes anti-corruption à tous les stades du processus – du dépôt de leur candidature aux travaux de construction et aux préparatifs d’accueil des événements, ainsi que durant le déroulement de ces événements.

Dans une lettre addressée récemment à Patrick Hickey, président des Comités olympiques européens (EOC), la SRA a exhorté les Comités à exprimer publiquement leur opposition à la sévère répression menée par l’Azerbaïdjan contre les détracteurs du gouvernement et à la détérioration de l’environnement pour la liberté des médias, deux phénomènes qui sont en contradiction avec les principes de base de la Charte olympique que les Jeux européens sont censés promouvoir.

La pratique du gouvernement azerbaïdjanais consistant à arrêter et à emprisonner des journalistes renommés et des militants des droits humains, ainsi que son harcèlement continuel des organes d’information, des médias, des organisations de défense des droits humains, et d’autres organisations et activistes indépendants, ne peuvent pas être considérés comme compatibles avec les principes de la Charte olympique sur la liberté de la presse et la dignité humaine, a affirmé la SRA. La répression des médias et des organisations indépendantes pourraient avoir un impact négatif sur le travail des milliers de journalistes qui vont couvrir les Jeux de Bakou. La Charte olympique appelle explicitement au respect de la liberté de la presse par les États membres du Mouvement olympique.

« Compte tenu des nombreuses violations des droits humains commises dans le passé en Azerbaïdjan et de l’actuelle intensification de la répression à l’encontre des détracteurs du gouvernement dans le pays, il est probable que les droits fondamentaux seront menacés dans le contexte des Jeux de Bakou », déclare l’alliance dans sa lettre.

L’Alliance pour le sport et les droits humains a appelé les Comités olympiques européens à user de leur influence auprès de l’Azerbaïdjan pour que son gouvernement prenne trois mesures avant la cérémonie d’ouverture des Jeux le 12 juin:

  1. Remettre en liberté immédiatement et sans conditions tous les journalistes et militants des droits humains injustement emprisonnés, notamment Khajida Ismayilova, Leyla Yunus, Arif Yunus, Intigam Aliyev, Rasul Jafarov, Rauf Mirgadirov, Anar Mammadli, Ilgar Mammadov et Tofig Yagulblu ;
     
  2. Mettre fin au harcèlement, aux actes d’intimidation, aux arrestations arbitraires et aux poursuites judiciaires engagées pour des motifs politiques à l’encontre de militants des droits humains, d’avocats, de journalistes, de membres de l’opposition et d’autres personnes, pour l’exercice légitime de leurs droits aux libertés d’expression, d’association et de réunion ; et
     
  3. S’abstenir de refuser arbitrairement une accréditation légale à des organisations de défense des droits humains et à des groupes pro-démocratie et amender la loi sur les organisations non gouvernementales qui empêchent indûment les médias, les organisations de défense des droits humains et d’autres groupes indépendants de fonctionner et d’accomplir leurs tâches légitimes.

« Le gouvernement azerbaïdjanais a investi des milliards de dollars et [de grandes quantités] beaucoup d’énergie dans les Jeux européens et dans d’autres événements sportifs, tout en réprimant de manière agressive les personnes qui critiquent ou défient les autorités », a affirmé Eduard Nazarski. « Des médias et des organisations non gouvernementales ont été fermés et Amnesty International a identifié au moins 20 prisonniers de conscience, qui sont sous les verrous sur la base d’accusations criminelles fabriquées de toutes pièces qui peuvent les rendre passibles de très longues peines de prison. »