Le déploiement d’une mission de maintien de la paix des Nations Unies, qui a pris le relais des forces de l’Union africaine le 15 septembre, est une étape positive dans le renforcement de la protection des civils en République centrafricaine. Mais les violations graves des droits humains persistent.

Au cours des derniers mois, la spirale meurtrière des violences sectaires a connu une escalade dans le centre et l’est du pays. Lors de deux missions de recherche réalisées en juillet et en septembre, Human Rights Watch a recueilli des informations sur les meurtres d’au moins 146 personnes perpétrés depuis juin. Ce chiffre ne représente qu’une fraction du nombre total de victimes car de nombreux meurtres sont commis dans des endroits reculés, difficiles d’accès. Les victimes ont souvent été attaquées dans des camps de personnes déplacées et dans des zones situées à proximité de leurs villages alors qu’elles cherchaient à échapper à leurs agresseurs. Les forces de maintien de la paix de l’Union africaine et la force française ont contribué à dissuader en partie les actes de violence, mais leurs actions n’ont pas mis un terme aux attaques meurtrières. Les Casques bleus de l’ONU devraient de toute urgence améliorer la protection des civils dans ces régions.

La situation de la population musulmane du pays demeure désespérée. Nombreux sont ceux qui ont fui la capitale, Bangui, et les régions occidentales du pays lors des vagues de violence visant les musulmans début 2014. Beaucoup ont aujourd’hui trouvé refuge dans les pays voisins. Les musulmans se trouvant encore dans l’ouest de la RCA vivent dans des enclaves où ils ont un accès très limité à l’assistance humanitaire, craignant pour leur vie et restant sous la menace des attaques anti-balaka. La mission de maintien de la paix de l’ONU devrait d’urgence améliorer la protection de ces enclaves et garantir la sécurité pour faciliter le retour chez eux de centaines de milliers de civils, originaires de toutes les communautés, qui ont été déplacés par les violences. 

Human Rights Watch s’inquiète vivement du fait que des soldats de la Mission de soutien à la Centrafrique, la MISCA, sont également impliqués dans des atteintes graves aux droits humains, notamment la disparition et l’exécution présumée d’au moins 11 civils de la ville de Boali en mars dernier. En dépit des promesses formulées par le commandant de la MISCA et par l’Union africaine, ces exactions n’ont fait l’objet d’aucune enquête et les responsables n’ont pas été traduits en justice. Nous demandons instamment au Conseil des droits de l’homme de faire pression pour qu’une enquête digne de ce nom soit ouverte à propos des accusations d’exactions perpétrées par des soldats de la paix en RCA, et nous le prions d’appeler à l’engagement de poursuites à l’encontre des responsables.

L’impunité est au cœur de la crise en République centrafricaine. Depuis des décennies, les auteurs de violations graves des droits humains ne sont pas tenus de répondre de leurs actes, alimentant ainsi la spirale des représailles meurtrières. Nous nous réjouissons de l’annonce faite le 24 septembre à propos de l’ouverture par la CPI d’une deuxième enquête sur les crimes commis en RCA. Human Rights Watch invite la nouvelle mission de maintien de la paix de l’ONU, la MINUSCA, à appuyer les efforts de justice déployés aux niveaux national et international pour la traduction en justice des responsables d’exactions.