Des bancs saccagés de l'église Mar Mikhael à Sadad, en Syrie, après que des combattants de l'opposition l’eurent occupée en oct. 2013.

© 2013 Human Rights Watch

(New York, le 19 novembre 2013) - Des combattants de l’opposition en Syrie ont apparemment exécuté des civils et d'autres personnes sous leur gardeau cours d’une offensive menée dans le village chrétien de Sadad du 21 au 28 octobre. D’autres civils ont également été tués par des tireurs embusqués de l’opposition, en violation du droit international, et certains civils ont probablement été victimes de bombardements lors de combats entre les rebelles et les forces de l’opposition.

Lors de leur offensive contre les forces gouvernementales à Sadad, à 100 kilomètres au nord-est de Damas, les combattants rebelles ont refusé de permettre aux habitants de quitter leurs foyers dans les zones où les combats étaient actifs, selon plusieurs témoignages recueillis par Human Rights Watch. Dans au moins un cas, les combattants auraient utilisé un habitant comme bouclier humain. Les habitants ont également déclaré que les combattants de l’opposition leur ont volé des objets personnels ; ils auraient en outre vandalisé, pillé et  endommagé au moins trois églises d’importance locale et historique.

« Les combattants de l’opposition sont entrés dans Sadad en affirmant qu’ils ne blesseraient pas de civils, mais c’est exactement ce qu’ils ont fait », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient à Human Rights Watch. « Rien ne permet de justifier des attaques aveugles ou ciblées contre des civils ou des quartiers habités par des civils. »

Les combattants de l’opposition ne devraient jamais exécuter des civils ou toute autre personne sous leur garde, a rappelé Human Rights Watch. En vertu du droit international, les combattants doivent éviter de prendre pour cible des zones civiles ou des sites religieux. Ils doivent prendre des précautions pour protéger les civils vivant dans des zones résidentielles, y compris en leur permettant de  quitter ces lieux s’ils en manifestent l’intention. Les combattants ne doivent pas exposer les civils à des risques supplémentaires en s’en servant comme boucliers humains.

Des groupes d’opposition ont décrit l’offensive menée à Sadad comme un élément de la « Bataille des portes de Dieu à ne pas fermer » (« Battle of God’s Doors Do Not Shut » ) sur des sites de réseaux sociaux, où plusieurs groupes ont également mis en ligne des vidéos attestant de leur participation à cette opération. Parmi ces groupes armés figurent le contingent al-Maghaweer qui fait partie du bataillon Dera’ al-Islam de l’Armée syrienne libre (ASL), la bataillon Ahel al-Athar de l’ASL, Liwa al-Huq, Jabhat al-Nusra, le bataillon al-Khadra ainsi que l’État islamique d’Irak et Sham (Islamic Sate of Iraq and Sham, ou ISIS). Selon un message Twitter du bataillon al-Khadra, son commandant a également dirigé les opérations menées par ISIS  et Jabhat al-Nusra à Sadad. Abu Ayhamest le commandant chargé des opérations du bataillon Dera ’al-Islam.

Dans la plupart des cas examinés, Human Rights Watch n’a pas été en mesure d’établir quel groupe d’opposition a été responsable d’exactions particulières. Toutefois un habitant de Sadad a affirmé avoir été utilisé comme bouclier humain par des combattants de Jabhat al-Nusra, selon leurs propres propos. En outre Human Rights Watch a observé sur les murs d’une église des graffitis manifestement griffonnés par des membres de Liwa al-Huq, de Jabhat al-Nusra, et de Liwa al-Tawhid.

Au cours de sa mission de recherche effectuée avec l’autorisation préalable du gouvernement syrien, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 10 habitants de Sadad ainsi qu’avec le maire, Sleiman Khalil. Human Rights Watch a également mené par la suite des entretiens téléphoniques avec trois autres habitants. Aucun responsable du gouvernement syrien n’a assisté aux entretiens, et les noms des personnes interviewées ont été modifiés pour protéger leur sécurité.

Les résidents de Sadad ont indiqué que des combattants de l’opposition sont entrés dans cette petite ville, qui compte 12 000 habitants, dans la matinée du 21 octobre, et y ont combattu les forces gouvernementales dont des renforts sont arrivés au cours de la semaine suivante.

Human Rights Watch a pu identifier les noms de 46 habitants de Sadad tués lors des combats qui ont duré une semaine. Selon les témoignages recueillis, 41 victimes étaient des civils, dont 14 femmes et deux enfants. Trois autres victimes étaient des policiers, dont un réserviste qui était alors en congé,  ainsi qu’un autre soldat en congé, selon les témoins. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de confirmer le nombre exact de morts parmi les combattants de l’opposition et les  forces gouvernementales.

Human Rights Watch exhorte le Conseil de sécurité de l’ONU à déférer la situation en Syrie à la Cour pénale internationale (CPI). Une saisine de la CPI constituerait une première étape cruciale vers l’obtention de justice pour les victimes d’atrocités commises par tous les belligérants dans le conflit armé en Syrie, et indiquerait de manière claire que les crimes graves ne seront pas tolérés.

Au cours des deux dernières années et demie, Human Rights Watch a documenté de manière détaillée  les exactions commises par les forces gouvernementales et pro-gouvernementales lors d’offensives terrestres, y compris des exécutions extrajudiciaires, des bombardements aveugles, des tirs de snipers, et l’utilisation de boucliers humains. Human Rights Watch a en outre documenté des exactions commises par les forces de l’opposition, y compris des attaques menées sans discernement, des exécutions et des enlèvements

À ce jour,  64 pays - dont six membres du Conseil de sécurité des Nations Unies - ont exprimé leur soutien à une saisine de la CPI. Parmi les quatre membres du Conseil de sécurité opposés à cette initiative, la Russie a qualifié ce projet d’« inopportun et contreproductif ». Les trois autres membres, y compris les États-Unis, devraient selon Human Rights Watch réviser leur position et tacher de persuader la Russie de faire de même.

Pour lire l’intégralité de ce communiqué en anglais (y compris de nombreux témoignages), veuillez cliquer ici.