L’arrestation, le 17 septembre, de Khalil Marzouk, importante figure de l’opposition au Bahreïn, marque une forte intensification des efforts déployés par les autorités pour présenter tous leurs détracteurs comme des terroristes, tactique qui va à l’encontre de leur prétendu engagement à opérer une réforme par le biais d’un processus de dialogue national.

L’Agence de presse officielle bahreïnie a affirmé que Marzouk était « affilié à l’organisation terroriste connue sous le nom de Coalition du 14 février, dont un certain nombre de dirigeants et de membres sont actuellement jugés pour actes criminels » et que le procureur général l’avait inculpé d’ « incitation au terrorisme » et d’ « apologie du terrorisme ». Marzouk, qui a dénoncé la violence dans le discours dans lequel les autorités soutiennent qu’il a incité au terrorisme, est le secrétaire général adjoint d’al-Wefaq, le principal groupement d’opposition légal au Bahreïn. Al-Wefaq a annoncé ce matin qu’il suspendait sa participation au dialogue national qui avait repris le 14 septembre.

La détérioration de la situation des droits humains au Bahreïn a soulevé une vague de critiques internationales au cours des dernières semaines. Outre une déclaration conjointe émanant de 47 gouvernements au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, une résolution sévère du Parlement européen et des reproches publics de la Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, le Bahreïn a essuyé les réprimandes des ambassadeurs britannique et américain à Genève. Ces derniers étaient irrités par ce qu’ils ont qualifié de présentation déformée des réunions privées qu’ils avaient tenues avec le ministre bahreïni en charge des droits humains, à la suite desquelles les responsables bahreïnis avaient affirmé que le Royaume-Uni et les États-Unis appuyaient le bilan du gouvernement bahreïni en matière de droits humains.

Il est probable que l’arrestation de Marzouk soit davantage liée aux tentatives opérées depuis longtemps par les durs du régime bahreïni pour diaboliser et délégitimer l’opposition qu’à une réaction d’obstination face aux critiques internationales, mais à en juger par le passé récent du Bahreïn, il ne fait guère de doute que cette arrestation aura pour effet d’alimenter davantage les tensions.