© 2012 Human Rights Watch

(Beyrouth, le 8 août 2013) – Le 6 août 2013, le gouvernement libanais a commencé à interdire l’entrée sur son territoire aux Palestiniens provenant de Syrie, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. En refusant d’autoriser les demandeurs d’asile à entrer dans le pays, le Liban viole ses obligations internationales.

Deux Palestiniens ont expliqué à Human Rights Watch qu’ils faisaient partie des quelque 200 demandeurs d’asile palestiniens se voyant interdire de franchir la frontière après que le 6 août, la Sécurité générale libanaise eut brusquement changé sa politique d’entrée relative aux Palestiniens vivant en Syrie.

« Comment le Liban peut-il ignorer ces personnes désespérées qui ont perdu leurs maisons, leurs proches et leurs moyens d’existence et qui fuient une zone de guerre pour essayer de survivre ? », a déploré Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient. « Le Liban ne devrait pas les repousser là où leur sécurité et leur vie même pourraient être en péril. »

Avant le début du soulèvement en mars 2011, la Syrie comptait sur son sol près de 500 000 réfugiés palestiniens, dont certains étaient nés et avaient été élevés dans ce pays.

Parmi les Palestiniens bloqués à la frontière libanaise se trouvent des familles entières, des enfants, des personnes âgées et des malades. Certains ont passé la nuit dans la zone séparant les postes-frontières des deux pays, sans abri ni installations sanitaires, craignant pour leur sécurité s’ils venaient à retourner en Syrie. Certains ont des membres de leur famille qui les attendent au Liban. D’autres disent qu’ils n’ont pas d’endroit où retourner en Syrie car leurs maisons ont été détruites pendant la guerre, ou pas d’argent pour rentrer chez eux, même s’ils pouvaient le faire en toute sécurité.

Le gouvernement libanais devrait de toute urgence revenir sur sa décision d’interdire aux Palestiniens de Syrie d’entrer au Liban, a souligné Human Rights Watch. Le Liban refoule des personnes sans prendre suffisamment en considération les dangers qu’elles courent. Cette politique viole le principe de non-refoulement consacré par le droit international, qui interdit que des gouvernements renvoient des réfugiés et des demandeurs d’asile là où leur vie ou leur liberté serait menacée.

Un demandeur d’asile palestinien bloqué à la frontière a expliqué à Human Rights Watch que le 6 août aux alentours de 18h45, les gardes-frontières libanais lui avaient signalé ainsi qu’à d’autres demandeurs d’asile palestiniens attendant d’entrer que les gardes avaient reçu un appel du bureau de la Sécurité générale libanaise leur signifiant de ne plus autoriser d’autres Palestiniens à entrer sur le territoire. Après cette annonce, les seuls Palestiniens autorisés à entrer au Liban étaient ceux ayant des épouses ou des mères libanaises, ou en possession de billets d’avion leur permettant de quitter Beyrouth le jour même. La Sécurité générale n’a pas annoncé publiquement ce changement de politique.

Un demandeur d’asile qui s’est entretenu avec Human Rights Watch a expliqué qu’il vivait à la campagne damascène avec sa femme et ses sept enfants. Ils avaient trouvé refuge au Liban en janvier après la destruction de leur maison au cours de combats entre les forces gouvernementales et les combattants de l’opposition.

Lui et sa femme étaient rentrés en Syrie la semaine dernière car sa belle-mère était décédée. Ils cherchent à retourner au Liban où se trouvent leurs enfants. Il a décrit sa situation :

Depuis hier, nous sommes assis ici sous un soleil de plomb. Tout ce que nous avons, c’est ce mur à côté duquel nous nous tenons pour essayer de nous protéger du vent… Nous n’avons pas d’abri, les gens tombent malades à cause du froid [la nuit]. Il n’y a pas de toilettes, et hier nous n’avons pas eu à manger. La seule eau ici, il faut l’acheter et nous n’avons pas d’argent… Je ne vais pas retourner en Syrie… Nous essayons de ne pas nous faire tuer.

Un autre demandeur d’asile palestinien du quartier damascène de Sayda Zeinab a déclaré à Human Rights Watch qu’après avoir été à deux reprises déplacés à l’intérieur du pays pour fuir les combats, lui et les huit membres de sa famille avaient décidé de quitter la Syrie pour le Liban. Il a expliqué qu’il avait dépensé l’argent qui lui restait pour arriver à la frontière et n’avait aucun moyen de rentrer en Syrie :

J’ai payé 10 000 [livres syriennes – environ 96$US] pour arriver à Masna [passage frontalier] et maintenant je n’ai plus d’argent. Je devrais emprunter de l’argent pour que ma famille puisse rentrer en Syrie… Nos papiers sont tous en ordre, mais ils ne veulent pas nous parler… Tout ce que nous entendons, c’est « Nous ne voulons pas de Palestiniens ».

À l’instar du reste de la population syrienne, les Palestiniens souffrent de la violence. Des Palestiniens interrogés par Human Rights Watch ont signalé avoir fui de chez eux en Syrie à cause des bombardements aériens ou de la destruction de leurs maisons par des tirs d’artillerie et des bombes. D’autres ont été personnellement pris pour cible par le gouvernement syrien, et ont été arrêtés et maltraités ou torturés.

Jusqu’au 6 août, le Liban avait laissé ses frontières ouvertes aux réfugiés palestiniens provenant de Syrie. Depuis le début du soulèvement syrien en mars 2011, plus de 60 000 Palestiniens de Syrie ont été enregistrés au Liban auprès de l’UNRWA,l’Office de secours et de travaux des Nations Unies, qui fournit des services aux Palestiniens au Moyen-Orient.

Human Rights Watch avait déjà décrit précédemment la politique adoptée par le gouvernement jordanien, consistant à refouler à la frontière les demandeurs d’asile palestiniens qui cherchent à entrer en Jordanie à partir de la Syrie, sans examiner leurs demandes d’asile.

Les gouvernements concernés par ce problème devraient apporter une aide généreuse aux pays limitrophes, dont le Liban, afin qu’ils puissent répondre aux besoins des réfugiés et des demandeurs d’asile de Syrie.

« Certes, le gouvernement libanais,à l’instar de ceux d’autres pays limitrophes, peine à répondre aux besoins de la population croissante de réfugiés, mais la fermeture des frontières n’est pas une solution », a fait remarquer Joe Stork.