L’une des nombreuses maisons détruites lors d'une attaque - vraisemblablement un tir de missile balistique - contre le quartier de Jabal Badro à Alep (Syrie), le 18 février 2013.

© 2013 Ole Solvang/Human Rights Watch

(Kilis, le 26 février 2013) – Les forces gouvernementales syriennes ont tiré au moins quatre missiles balistiques sur des zones peuplées à Alep et dans une autre ville du gouvernorat d'Alep pendant la semaine du 17 février, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Ces attaques ont tué plus de 141 personnes, dont 71 enfants, et causé d'immenses destructions matérielles.

L'ampleur des dégâts, l’absence d'avions dans les zones concernées au moment des attaques, et les informations faisant état de tirs de missiles à partir d'une base militaire près de Damas permettent de conclure que les forces gouvernementales ont selon toute probabilité tiré des missiles balistiques sur ces zones. Human Rights Watch a visité les quatre lieux d'attaques, tous situés dans des quartiers résidentiels, et n'a trouvé aucun signe de cibles militaires à proximité ; ceci signifierait que ces attaques étaient illégales.

« J'ai visité de nombreux lieux d'attaques en Syrie, mais je n’ai jamais vu une dévastation de cette ampleur », a déclaré Ole Solvang, chercheur auprès de la division Urgences à Human Rights Watch. « Juste quand on pensait que la situation ne pouvait pas s’empirer, le gouvernement syrien trouve les moyens d'intensifier ses tactiques meurtrières. »

Human Rights Watch a pu établir une liste de victimes basée sur des registres de cimetières, des entretiens avec des proches et des voisins de victimes, et des informations fournies par le Centre médias d'Alep ainsi que par le Centre de documentation des violations, un réseau de militants locaux.

Le 18 février vers minuit, un missile a frappé le quartier de Jabal Badro à Alep, tuant au moins 47 personnes, dont 23 enfants. Selon les habitants, les forces gouvernementales ont commencé à bombarder le quartier une vingtaine de minutes plus tard blessant plusieurs personnes. Le 22 février, peu avant 18 heures, un autre missile a frappé le quartier de Tariq al-Bab quartier dans l’ouest d'Alep, tuant au moins 13 personnes, dont huit enfants. Quelques minutes plus tard, un troisième missile a frappé le quartier voisin d’Ard al-Hamra par, tuant au moins 78 personnes, dont 38 enfants.

Ces trois quartiers dans l’est d'Alep étaient contrôlés par l'opposition, mais n’avaient pas été les sites de combats depuis plusieurs mois, selon des résidents locaux. Selon les informations dont dispose Human Rights Watch, les postes de commandement des rebelles à Alep se situent dans d'autres quartiers d’Alep.

Le 18 février vers 21h30, un quatrième missile a frappé la ville de Tel Rifat, située au nord d'Alep, tuant trois personnes, dont deux jeunes filles. Cette ville n’avait pas été le site de combats au sol depuis plusieurs mois, selon des habitants locaux.

Human Rights Watch a établi qu'au moins 141 personnes, dont 71 enfants, ont été tuées au cours des quatre attaques. Toutefois le nombre total de victimes est probablement plus élevé, puisque de nombreuses familles ont quitté les quartiers attaqués et ont enterré d’autres victimes dans des villages avoisinants.

Chaque attaque a complètement détruit une quinzaine, voire une vingtaine de maisons et en a endommagé beaucoup d’autres.

Human Rights Watch n'a pas retrouvé des débris de missiles sur les lieux de l'attaque. Toutefois des témoins à Yabroud, au sud d’Alep, ont rapporté avoir aperçu des missiles Scud voler en direction d’Alep peu avant trois des quatre attaques.

Le ministre de l’information syrien a nié que les autorités aient utilisé des missiles Scud contre les forces de l'opposition. Toutefois, plusieurs vidéos mises en ligne sur YouTube montrent des tirs de missiles balistiques par les forces militaires syriennes. Une arme utilisée dans une attaque contre la ville de Belioun en décembre 2012, a été identifiée comme un missile balistique Luna-M (également appelé FROG-7).

Selon le New York Times, les forces gouvernementales syriennes ont commencé à utiliser des missiles balistiques en décembre 2012. Depuis lors, plus de 30 attaques de missiles - avant celles décrites dans ce communiqué - auraient été perpétrées. Dans certains cas, les missiles auraient atterri dans des champs. Des militants de Yabroud ont affirmé sur leur page Facebook que le gouvernement a lancé des missiles à partir de la base aérienne l'al-Nasiriyeh, au nord de Damas. Selon un autre réseau de l’opposition, connu sous le nom de Comités de coordination locaux en Syrie (Local Coordination Committees in Syria, LCCS), certains missiles ont été tirés depuis la 155ème Brigade de l’armée syrienne, basée près de Damas.

Pour lire le communiqué intégral en anglais, veuillez cliquer ici.