Un ouvrier zambien effectue des travaux de construction à la China Luanshya Mine sous le regard d’un directeur chinois. La China Luanshya Mine est l’une des quatre compagnies d’extraction cuprifère opérant en Zambie sous la direction de la China Non-Ferrous Metal Mining Company, une entreprise d'État chinoise.

© 2011 Thomas Lekfeldt/Moment/Redux

(New York) – Les investisseurs prospectifs dans l’imminent premier appel public à l’épargne (APE) à Hong Kong de la China Non-Ferrous Metals Mining Corporation (CNMC) devraient avoir connaissance des pratiques contraires au droit du travail de cette compagnie minière chinoise en Zambie, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le manque de capacité ou de volonté de la CNMC à respecter les droits des travailleurs employés dans leurs opérations en Zambie soulève des questions cruciales sur le comportement d’entreprise, que les investisseurs potentiels devraient adresser à la compagnie, a ajouté Human Rights Watch.

Selon des informations publiées le 17 avril par l’agence Reuters and le journal Ming Pao, basé à Hong Kong, la compagnie d’État chinoise CNMC introduira à la bourse de Hong Kong les actifs qu’elle détient en Zambie dans le secteur de l’exploitation du cuivre – dont des mines souterraines, une fonderie et des usines de transformation. Il est prévu que la CNMC entame cette semaine une tournée d’information (road show) préalable à cette entrée en bourse, afin d’attirer des investisseurs internationaux potentiels.

« Les investisseurs potentiels dans l’APE de la CNMC devraient savoir que les mines cuprifères zambiennes de la compagnie restent le théâtre d’abus persistants dans le domaine du travail, notamment de pratiques déficientes en matière de sécurité qui ont entraîné des accidents évitables », a déclaré Arvind Ganesan, directeur de la division Entreprises et droits humains à Human Rights Watch. « Le respect des droits des travailleurs et des législations locales et internationales constitue un élément essentiel de tout comportement d’entreprise durable et accompli. »

Dans un rapport publié en novembre 2011, intitulé « ‘You’ll Be Fired if You Refuse’: Labor Abuses in Zambia’s Chinese State-owned Copper Mines » (« ‘Vous serez licenciés si vous refusez’ : Violations des lois du travail dans les mines cuprifères d’État chinoises en Zambie »), Human Rights Watch a rendu compte de l’existence d’atteintes fréquentes au droit du travail commises dans les opérations zambiennes de la CNMC. Les mineurs de la CNMC ont évoqué de graves problèmes touchant à leurs conditions d’hygiène et de sécurité, de longues journées de travail impliquant des tâches ardues et des activités antisyndicales. Dans un courrier adressé le 23 novembre 2011 à Hong Kong Exchanges and Clearing Limited (HKEx), Human Rights Watch a fait part de ses préoccupations quant à l’inadéquation des pratiques de travail de la CNMC en Zambie.

Le rapport de Human Rights Watch s’appuyait sur plus de 170 entretiens, dont 95 menés auprès de mineurs travaillant dans les quatre entreprises d’extraction du cuivre dirigées par la CNMC en Zambie. Les pratiques relevées dans les conclusions du rapport sont notamment les suivantes :

  • Menaces des responsables chinois visant les travailleurs zambiens ne voulant pas poursuivre des tâches que ces derniers considèrent, à juste titre, dangereux ;
  • Soudoiement et menaces proférées par des agents de la compagnie à des travailleurs victimes d’accidents du travail mineurs, dans le but d’empêcher que ce type d’accidents ne soit signalé, comme l’exige la loi ;
  • Longues journées de travail chez Sino-Metals et, dans une moindre mesure, chez Chambishi Copper Smelter (CCS), semblant porter atteinte aux droits zambien et international ;
  • Suppression du droit des travailleurs à créer un syndicat et à adhérer au syndicat de leur choix dans les compagnies Sino Metals et CCS, les travailleurs ayant été menacés de licenciement s’ils essayaient de déposer un dossier afin de créer une antenne de la Mineworkers Union of Zambia (MUZ). Les dirigeants syndicaux nationaux ont déclaré que les deux compagnies avaient fait fi des décisions de justice autorisant les travailleurs à créer une antenne de la MUZ.

« Le mépris par lequel la CNMC traite les normes locales et internationales de travail et de sécurité devrait servir d’avertissement aux investisseurs potentiels dans le secteur cuprifère zambien », a précisé Ganesan. « La CNMC se doit de remédier à l’inadéquation de ses conditions de travail et à l’injustice des pratiques de travail en vigueur au sein de ses opérations minières zambiennes. »

Après la publication du rapport de Human Rights Watch, des ministres du gouvernement zambien ainsi que des représentants de syndicats nationaux ont confirmé à plusieurs reprises les atteintes ainsi documentées. Le ministre du travail zambien alors en fonction, Fackson Shamenda, a déclaré que « le gouvernement est prêt à collaborer avec les Chinois mais il faudrait qu’ils cessent de bafouer le droit du travail et veillent à ce que tous les travailleurs soient traités correctement ».

Début février, le ministre zambien des mines a déclaré à différents organes de presse qu’il s’était récemment rendu dans quelques-unes des mines appartenant à des Chinois et avait constaté la dangerosité de certaines opérations. Il a déclaré qu’il réclamerait aux responsables chinois de ces mines une amélioration de la sécurité minière et a été cité par certains médias comme ayant déclaré : « Certaines méthodes ne sont pas conformes aux pratiques acceptées. S’ils ne procèdent pas à des améliorations, nous pourrions être contraints de leur retirer leurs licences [d’exploitation minière]. »

Avant de publier son rapport, Human Rights Watch avait transmis à la CNMC une synthèse de ses principales conclusions. Dans une réponse détaillée, la CNMC a contesté certaines de ces conclusions, admettant toutefois rencontrer des difficultés dans leurs relations avec les travailleurs zambiens. Elle a par ailleurs déclaré que sa principale mine souterraine, la NFCA, « avait été critiquée à de nombreuses reprises par des départements gouvernementaux zambiens, notamment ceux en charge de la fiscalité, des audits, de l’exploitation minière et de la sécurité ». La CNMC s’est engagée à « réaliser des enquêtes plus détaillées, plus exhaustives et plus approfondies axées sur les problématiques que vous avez soulevées, ou que vous comptez soulever à l’avenir ».

Malgré cet engagement, la compagnie et le ministère chinois des affaires étrangères ont apporté des démentis suite à la publication du rapport, qualifiant les conclusions de « fausses ». Human Rights Watch a formellement demandé de s’entretenir avec de hauts responsables chinois des opérations minières souterraines de la CNMC, avec l’ambassadeur chinois à Lusaka et avec des agents de la Zone de coopération Zambie-Chine, afin de présenter les constats et les recommandations figurant dans le rapport. Ces agents ont toutefois refusé de rencontrer Human Rights Watch.

La CNMC, qui a consenti ses premiers investissements en Zambie en 1998, a étendu ses quatre opérations cuprifères au cours de la dernière décennie. Ses compagnies emploient désormais plus de 6 000 travailleurs. Les travailleurs interrogés par Human Rights Watch ont régulièrement souligné des conditions de travail abusives se soldant par des grèves fréquentes et d’autres conflits du travail, tout en précisant qu’ils sont reconnaissants des emplois conférés par les investissements de la CNMC.

« L’investissement important de la CNMC en Zambie est une source d’emplois et de revenus précieux pour le pays, mais cela ne devrait pas se faire aux dépens des droits humains », a affirmé Arvind Ganesan. « Cet APE permet aux investisseurs potentiels de transmettre ce message à la CNMC et donne à la compagnie la possibilité de prouver qu’elle compte agir correctement. »