Elena Milashina

© 2009 Patricia Williams

(Moscou, le 6 avril 2012) – Les autorités russes devraient effectuer rapidement une enquête exhaustive sur la violente agression perpétrée par des inconnus dont vient d'être victime Elena Milashina, une journaliste russe de renom et militante des droits humains, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Peu après minuit dans la nuit du 4 au 5 avril, deux hommes ont attaqué Elena Milashina, journaliste du grand journal indépendant russe Novaya Gazeta, et une amie avec qui elle se trouvait. L'agression a eu lieu à proximité du domicile d'Elena Milashina à Balashikha, une banlieue de Moscou. De passage à Moscou, l’amie était hébergée par Elena Milashina pour la nuit.

« Quand une journaliste courageuse, qui travaille dans un environnement hostile, est attaquée, les autorités doivent enquêter pour déterminer si ce qui à première vue semble être une agression ordinaire n'a pas en réalité un rapport avec son activité professionnelle », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Dans un cas comme l'autre,les autorités doivent prendre immédiatement des mesures pour identifier les assaillants et les traduire en justice. »

Elena Milashina a indiqué à Human Rights Watch que ses agresseurs l'ont rouée de coups de pied et de coups de poing, principalement à la tête. Elle a de multiples hématomes, dont plus d'une dizaine à la tête et au visage, et a perdu une dent. Les agresseurs ont également frappé son amie à coups de poing à plusieurs reprises, mais c'est Elena Milashina qui semblait être leur cible principale. Les attaquants ont volé le portefeuille d'Elena Milashina et l'ordinateur portable de son amie. Ils ont aussi tenté de s'emparer du sac à dos de la journaliste, qui contenait son ordinateur portable, mais elle a résisté. Trois passantes sont alors intervenues et les agresseurs se sont éloignés à pied.

Après le meurtre brutal en 2006 d'Anna Politkovskaya, la journaliste vedette de Novaya Gazeta, Elena Milashina a repris son flambeau, effectuant des reportages sur les violations des droits humains dans la turbulente région russe du Caucase du Nord, y compris en Tchétchénie. Quand Natalia Estemirova, une éminente militante tchétchène des droits humains qui travaillait de près avec Elena Milashina, a été assassinée de manière éhontée en juillet 2009, la journaliste a entamé une enquête indépendante sur ce meurtre. Novaya Gazeta a déclaré à Human Rights Watch ne pas exclure la possibilité que l'agression contre Elena Milashina ait un rapport avec son activité professionnelle. Au cours des dernières années, Elena Milashina a reçu de nombreuses menaces liées à son activité journalistique.

Elena Milashina a appelé la police dès la fuite de ses agresseurs, vers 00h40. Au bout d'une trentaine de minutes d'attente, elle a regagné son domicile en compagnie de son amie. La journaliste saignait et se sentait faible. A 02h00, elles ont reçu un appel téléphonique des trois femmes qui étaient venues à leur aide et à qui elles avaient donné leurs numéros de téléphone, les informant que la police était arrivée sur les lieux de l'agression.

Elena Milashina et son amie sont alors retournées sur les lieux et ont vu une voiture de police avec des agents qui interrogeaient l’une trois femmes qui avaient assisté à l’agression. Les policiers sont restés dans la voiture, ignorant Elena Milashina son amie. Elles ont attendu encore 15 minutes dans le froid, puis ont décidé de rentrer chez elles. Les policiers les ont suivies peu après en voiture et les ont rejointes près du domicile d'Elena Milashina.

Cette dernière a déclaré que l'un des policiers s'est penché hors de la voiture et a offert de les emmener à l'hôpital pour faire constater leurs blessures. Mais elle a affirmé avoir eu le sentiment que le policier s'adressait à elle de manière impolie et n'était pas sincère dans sa proposition d'aide. Epuisées et endolories par l'agression et par la longue attente dehors, Elena Milashina et son amie ont donc poursuivi leur chemin jusque chez la journaliste. Le lendemain matin, Elena Milashina s'est rendue dans un hôpital pour faire dresser un constat médical. Elle et son amie ont également fait des dépositions auprès de la police. Une enquête préliminaire sur l'agression est en cours.

« Nous sommes troublés par le fait que la police n’est apparemment arrivée sur les lieux de l'agression qu’après un délai inexplicable, et n'a pas semblé considérer comme urgent de prodiguer des soins médicaux à Elena Milashina et à son amie malgré leurs souffrances manifestes » a souligné Hugh Williamson.

Les autorités russes devraient mener une enquête complète et impartiale sur l'agression commise contre Elena Milashina et son amie, a affirmé Human Rights Watch. Cette enquête devrait également porter sur les raisons pour lesquelles 90 minutes se seraient écoulées entre l'heure où la police a été alertée par téléphone et celle où les policiers sont arrivés sur les lieux, ainsi que sur le comportement des policiers une fois sur place.

En 2009, Human Rights Watch a décerné à Elena Milashina l'un de ses prestigieux prix Alison Des Forges. Ces prix, décernés chaque année, récompensent pour leur valeur des particuliers qui risquent leur vie pour protéger la dignité et les droits d'autrui.