Rassemblement de membres des familles de personnes détenues après l'élection présidentielle contestée qui s'est déroulée en Iran en juin 2009, devant le bureau du procureur à Téhéran.

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(Washington, le 10 février 2010) - L'étendue de la répression exercée par le gouvernement iranien contre les dissidents depuis les élections controversées de juin 2009 est encore plus vaste et les exactions plus flagrantes que ce qui avait été dévoilé jusqu'ici, a indiqué aujourd'hui Human Rights Watch dans un nouveau rapport qui documente de nombreux cas d'exactions. Le gouvernement devrait libérer immédiatement toutes les personnes toujours détenues pour avoir exprimé pacifiquement leurs différences d'opinion, et s'assurer que les auteurs d'atteintes aux droits humains rendent compte de leurs actes, a déclaré Human Rights Watch.

Le rapport de 19-pages, « The Islamic Republic at 31: Post-Election Abuses Show Serious Human Rights Crisis » (« 31ème anniversaire de la République islamique : Les exactions post-électorales traduisent une crise grave des droits humains »), documente des atteintes aux droits humains largement répandues, notamment des meurtres extrajudiciaires ; des viols et des actes de torture ; des violations des droits à la liberté d'assemblée et d'expression ; et des milliers d'arrestations et détentions arbitraires durant les neuf mois qui se sont écoulés depuis l'élection du 12 juin 2009.  De nouvelles informations sur des exactions font surface, alors même que le gouvernement organise des célébrations pour marquer le 31ème anniversaire de la révolution qui a ouvert la voie à la mise en place de la République islamique.

« La tentative du gouvernement iranien d'utiliser les célébrations de cet anniversaire pour détourner l'attention de ses violations des droits humains est vouée à l'échec », a remarqué Joe Stork, directeur adjoint pour le Moyen Orient à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait plutôt se saisir de cette occasion pour exiger enfin des comptes aux auteurs d'exactions. »

Le rapport s'appuie sur de multiples entretiens téléphoniques et correspondances électroniques avec des opposants, des journalistes, des défenseurs des droits humains, et des proches de personnalités politiques détenues. Il affirme que le gouvernement poursuit sa campagne d'intimidation, d'arrestations et d'inculpations de personnes qui ont exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d'expression et d'assemblée. Le gouvernement n'a jamais cessé sa répression ni exigé de comptes aux responsables d'abus.

Un ancien prisonnier du centre de détention de Kahrizak près de Téhéran a raconté son expérience par téléphone à Human Rights Watch :

« Le 26 juin, les gardes de la prison ont une fois de plus mis sur pied des simulacres d'exécutions, proférant des insultes et frappant au hasard les gens qui demandaient de l'eau ou l'autorisation d'utiliser les toilettes. J'ai dit : 'Exécutez-moi si vous voulez et finissons-en.'  J'ai reçu un coup de pied dans le ventre et quand je suis tombé par terre, [j'ai reçu] encore des coups de pied dans le ventre, jusqu'à ce que je vomisse du sang.  Un autre homme a dit : 'Prend ce pédé (sic) et met-le enceint, comme ça il ne pourra plus faire le malin.'  Cet homme m'a empoigné violemment et m'a traîné dans un autre endroit.  Il m'a lié les mains et les pieds et a baissé  mes sous-vêtements et [...] pendant qu'il me violait il disait : '... Tu ne peux même pas défendre tes fesses, comment veux-tu commencer une révolution de velours ?' J'ai vomi du sang et j'ai perdu connaissance. » 

Les manifestations qui se sont déroulées durant les semaines qui ont suivi l'élection contestée ont été les plus importantes en Iran depuis celles qui avaient précédé le renversement du Chah en 1979 et l'instauration de la République islamique. La police antiémeutes et les forces paramilitaires du Basij ont attaqué les manifestants avec des matraques et des gourdins, et dans certains cas à balles réelles, ne faisant aucune distinction entre l'immense majorité des manifestants pacifiques et les quelques éléments se livrant à des actes de vandalisme. Les violences des forces de l'ordre ne se sont pas limitées aux lieux des manifestations : des policiers en civil et les forces paramilitaires du Basij ont attaqué les dortoirs des étudiants et exécuté des raids nocturnes dans des quartiers résidentiels. Durant le seul mois de juin, 40 personnes au moins sont mortes à cause de la répression gouvernementale.

Les autorités ont aussi arrêté des milliers d'opposants ordinaires, ainsi que de très nombreuses personnalités politiques et des militants antigouvernementaux. Les pires exactions contre des manifestants ordinaires ont eu lieu dans les postes de police et les centres de détention, au centre de détention de Kahrizak pour les plus connues. Au moins trois détenus sont décédés des suites des blessures qui leur y ont été infligées, comme l'a reconnu une enquête parlementaire. D'anciens prisonniers des centres de détention de la police ont affirmé que les autorités les avaient agressés sexuellement et violés lors de leur détention.

Les autorités ont par ailleurs  maltraité des détenus à Evin, un vaste complexe carcéral où Human Rights Watch a déjà documenté des exactions systématiques.  Des personnalités politiques et activistes de premier plan détenus à Evin ont fait des aveux qui semblent avoir été extorqués et que le gouvernement a utilisés contre eux dans les procès collectifs de plus de 100 accusés en août.

En dépit des multiples campagnes d'arrestations et d'intimidation, les opposants au gouvernement ont continué à saisir les jours de célébrations nationales et religieuses importantes comme occasions de manifester pacifiquement leur opposition au gouvernement et à ses politiques. Plus récemment, fin décembre, des manifestants se sont rassemblés dans les principales villes du pays pour marquer la fête religieuse d'Ashura, qui coïncidait avec les cérémonies funéraires pour le critique religieux du gouvernement occupant le rang le plus élevé, le Grand Ayatollah Hossein Ali Montazeri. La police et les forces paramilitaires du Basij ont attaqué des manifestants à Téhéran et à Qom, faisant un grand nombre de blessés et au moins huit morts. Les autorités ont également arrêté beaucoup d'autres activistes et opposants, et ont menacé d'en juger certains pour des infractions passibles de la peine de mort.

« Les campagnes d'intimidation menées par le gouvernement n'ont pas réussi à faire taire ses opposants », a conclu Joe Stork. « Il est temps que le gouvernement mette fin à ses méthodes répressives et qu'il garantisse aux citoyens iraniens le droit d'exprimer leurs désaccords. »