Un homme qui a rendu publiques sa détention secrète et les tortures qu’il a subies de la part d’agents de sécurité tchétchènes a été enlevé et il a « disparu » en Tchétchénie le 3 août 2008, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Human Rights Watch a appelé les autorités tchétchènes à ouvrir immédiatement une enquête approfondie pour retrouver cet homme âgé de 42 ans, Mokhmadsalakh Masaev, et à s’assurer qu’il est protégé contre la torture et les mauvais traitements.

Selon des parents de Masaev et l’ONG russe Memorial (Centre pour les droits humains), il a été enlevé par des inconnus portant des tenues de camouflage dans le centre de Grozny le 3 août vers 16h. Les kidnappeurs ont fait monter Masaev de force dans leurs véhicules et sont repartis. Des passants et des vendeurs ambulants ont été témoins de l’incident. La famille de Masaev n’a aucune information sur ce qui lui est arrivé ou l’endroit où il se trouve. Un commissariat local a refusé d’enregistrer une déposition du frère de Masaev, Oleg, sur l’enlèvement. De plus, la conversation d’Oleg Masaev avec les policiers l’a amené à la conclusion que Mokhmadsalakh avait été enlevé par des forces de l’ordre tchétchènes agissant sur instructions officieuses des instances dirigeantes de la république.

« Nous sommes profondément inquiets au sujet de l’enlèvement de Masaev et nous craignons que sa vie ne soit en danger », a déclaré Tanya Lokshina, directrice adjointe du bureau russe de Human Rights Watch. « Masaev est l’une des quelques rares personnes qui ont osé parler publiquement de la façon dont il avait été torturé lors de sa détention illégale par des agents tchétchènes, et nous craignons qu’il ne soit en train de payer le prix fort à cause de son courage. »

Plus tôt cette année, Masaev a dit à Human Rights Watch qu’en septembre 2006 il avait été enlevé dans une mosquée de Goudermes, la deuxième plus grande ville de Tchétchénie, et séquestré dans un lieu de détention illégal jusqu’au 21 janvier 2007. Il a raconté qu’il avait été battu en plusieurs occasions, accusé d’être un Wahhabite et de collaborer avec les rebelles, détenu dans des conditions inhumaines, et qu’il avait reçu des menaces de mort. Deux de ses connaissances ont été enlevées et détenues avec lui, mais libérées plus tôt grâce à l’intervention de leurs parents qui avaient de bonnes relations. Masaev a dit qu’aucune charge n’avait été retenue contre lui et qu’il avait fini par être relâché par ses ravisseurs.

A la suite des demandes répétées de Masaev pour que les autorités ouvrent une enquête sur son incarcération et sur les mauvais traitements qu’il avait reçus, début 2008 le bureau du procureur a ouvert une enquête criminelle sur le kidnapping de Masaev et de ses deux amis (l’enquête est en cours). Le 10 juillet, l’un des principaux organes indépendants de la presse écrite de Russie, la Novaya Gazeta, a publié une interview de Masaev, dans laquelle Masaev déclarait qu’il « avait été retenu en otage pendant quatre mois par Ramzan Kadyrov [le Président tchétchène]» dans un lieu de détention secret situé dans le village natal de Kadyrov, Tsenteroi.

« Etant donné que les accusations portées par Masaev visaient directement les instances dirigeantes de Tchétchénie, il y a des raisons de croire que sa « disparition » ultérieure est une punition pour avoir persisté à réclamer justice », a ajouté Lokshina.

L’avocat de Masaev, Stanislav Markelov, a déclaré à Human Rights Watch que l’enlèvement du 3 août était « une tentative pour contrecarrer ce dossier criminel sans précédent sur une prison secrète dirigée par les gouvernants de Tchétchénie. » Il a dit qu’il craignait qu’ils essaient de faire en sorte que Masaev se rétracte.

Viatcheslav Izmaïlovo, le correspondant de la Novaya Gazeta qui a interviewé Masaev en juillet, a dit à Human Rights Watch : « Dès le jour où Mokhmadsalakh est entré dans notre bureau, j’avais peur que cela n’arrive. Je l’ai prévenu qu’il pourrait risquer de graves conséquences pour parler si ouvertement et je lui ai suggéré de ne pas faire l’interview sous son vrai nom. Il était déterminé, cependant. Il voulait que le monde connaisse son histoire et son identité. Il espérait que cela empêcherait d’autres gens en Tchétchénie d’être détenus et torturés dans des prisons illégales. Il était prêt à payer de sa vie pour avoir dit la vérité. Maintenant il est enlevé parce que les coupables veulent le réduire au silence. »

Human Rights Watch a contacté les autorités russes et tchétchènes au sujet de la disparition de Masaev et espère qu’elles vont prendre des mesures rapides et efficaces pour protéger Masaev et exiger des comptes aux auteurs du délit.

« Si le Président Dimitri Medvedev est réellement engagé à établir l’Etat de droit dans toute la Russie, il doit encourager un environnement dans lequel les victimes d’atteintes aux droits humains peuvent s’exprimer sans crainte, y compris en Tchétchénie », a affirmé Lokshina.