(New York, 30 octobre) – Les forces de l’OTAN opérant sous le mandat de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (ISAF) doivent prendre davantage de précautions pour protéger les civils. Ils doivent également établir un programme qui dédommage les Afghans qui ont perdu des membres de leur famille, sont blessés ou qui subissent des dommages matériels du fait de leurs actions, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Les récentes opérations de l’ISAF ont entraîné la mort de dizaines de civils à travers tout le pays. Bien qu’une déclaration de l’ISAF ait exprimé des regrets quant aux victimes civiles, elle a nié toute infraction.

« Tandis que les forces de l’OTAN tentent de minimiser les dommages causés aux civils, il est évident qu’elles ne font pas assez, » a déclaré Sam Zarifi, directeur de recherche pour l’Asie à Human Rights Watch. « Les manoeuvres de l’OTAN mettent de plus en plus en danger les civils qu’elles sont censées protéger, se mettant à dos les populations locales. »

D’après certains médias, plus de 60 civils auraient été tués cette semaine au cours des combats intensifs entre les forces de l’OTAN et les forces rebelles dans le district de Panjwai de la province de Kandahar. L’OTAN a reconnu qu’au moins 12 civils avaient été tués lors des opérations aériennes et terrestres de l’OTAN au Panjwai. Une vingtaine d’autres auraient été tués la semaine dernière au cours d’affrontements à Kandahar et dans la province voisine de Helmand. Des affrontements pendant lesquels l’OTAN a effectué d’importants bombardements aériens.

Le 24 octobre, dans la province de Kunar au sud, les forces de l’OTAN ont procédé à une série de tirs d’essai de mortier dans une zone résidentielle qui a tué une fillette et en a blessé deux autres, âgées de sept ans. Et selon les médias, le 31 juillet dans la province de Helmand, l’aviation de l’OTAN a tiré sur une camionnette pick-up, tuant 13 membres d’une même famille, dont neuf enfants, qui tentaient de fuir les combats.

« Beaucoup d’Afghans attendaient avec impatience le déploiement de l’OTAN parce qu’ils pensaient que ces forces protégeraient les civils afghans et aideraient à la reconstruction, » a ajouté Zarifi. « Mais l’OTAN ne gagnera pas la confiance des Afghans en faisant preuve de non respect des vies et des biens des civils. »

Il y a six mois, les forces de l’OTAN venues d’Australie, de Grande-Bretagne, du Canada, d’Estonie, du Danemark, des Pays-Bas, de Roumanie et des Etats-Unis ont étendu la couverture de l’ISAF jusque dans le sud de l’Afghanistan. Elles doivent faire face à une rébellion accrue constituée de Talibans revenus en force et de milices tribales, financées par un commerce de l’opium qui bat tous les records. Malgré de nombreuses demandes adressées aux Etats membres de l’OTAN pour qu’ils augmentent leurs effectifs et fournissent un soutien logistique supplémentaire, l’OTAN aligne seulement 18 000 soldats dans le sud de l’Afghanistan. Une zone qui est presque deux fois plus grande que le Portugal.

L’OTAN a eu de nombreuses fois recours à un « soutien aérien rapproché » pour attaquer les positions des rebelles. Bien que les détails ne soient pas connus, une indication de l’intensité des combats est qu’en juin 2006, le Commandement central des Etats-Unis a signalé avoir déclenché 340 frappes aériennes en Afghanistan, plus de deux fois les 160 lancées en Irak.

Les forces de l’OTAN ont déclaré avoir utilisé des bombardiers B-1, des avions de combat comme les F-16, des Mirages de fabrication française, et des Harriers construits par les Britanniques, ainsi que des avions anti-chars comme les A-10 « Warthog. »
Human Rights Watch a exprimé ses inquiétudes en particulier sur des renseignements répétés quant à l’utilisation des A-10 dans les zones civiles. Les Warthogs sont conçus essentiellement comme des avions d’attaque contre les chars, mais ils utilisent aussi des mitrailleuses à haut débit et des engins explosifs pour mitrailler l’infanterie.

« L’OTAN devrait reconsidérer l’utilisation d’armement hautement destructeur mais difficile à cibler dans des zones où il existe un risque évident de faire un nombre considérable de victimes civiles, » a déclaré Zarifi.

Selon le droit international humanitaire, ou droit des conflits armés, les forces armées ne doivent pas prendre de civils pour cible ni mener des attaques qui ne peuvent faire la distinction entre des combattants et des civils, ou entraîner des dommages contre des biens civils ou des civils, qui soient excessifs par rapport aux bénéfices militaires escomptés de l’attaque. Les forces armées doivent prendre toutes les précautions possibles pour éviter de toucher des civils et pour vérifier que les cibles sont bien des objectifs militaires. Dans les cas où il existe un doute quant à savoir si un bien civil, par exemple une maison, est utilisé à des fins militaires, les forces attaquantes ont l’obligation de supposer qu’il ne l’est pas.

Les Talibans et d’autres forces d’opposition ont par le passé mis des civils en danger en utilisant des zones peuplées pour lancer des attaques contre les forces de l’OTAN et du gouvernement afghan. Cependant, l’OTAN doit malgré tout prendre toutes les précautions possibles en attaquant des zones dans lesquelles peuvent se trouver des civils, à savoir beaucoup de zones où l’OTAN a mené des opérations militaires.

« L’OTAN ne peut pas déclarer simplement qu’il ne savait pas qu’il y avait des civils, ou bien qu’ils pensaient que tous les civils avaient quitté la zone, » a déclaré Zarifi. « L’OTAN doit améliorer sa façon de recueillir des informations, parce que même une enquête superficielle aurait pu alerter les forces de l’OTAN de la présence de civils dans les zones qu’elles ont attaquées. »

Le Président afghan Hamid Karzai a nommé un comité de haut niveau pour enquêter sur les attaques récentes. Human Rights Watch soutient cette tentative mais appelle l’OTAN soit à mener sa propre enquête soit à permettre à des experts internationaux indépendants de mener leur enquête. Les résultats de l’enquête devraient être rendus publics.

Human Rights Watch s’est également joint à l’appel de l’organisation basée aux Etats-Unis Campaign for Innocent Civilians in Conflict (CIVIC) qui presse l’OTAN de créer immédiatement un programme pour apporter une compensation financière pour les victimes civiles, les blessés et les dommages matériels civils consécutifs à des opérations militaires.

D’après CIVIC, l’OTAN a garanti un fonds de 4,5 millions de dollars pour aider les civils en Irak. Human Rights Watch a appelé les Etats de l’ISAF à constituer un fonds similaire pour l’Afghanistan. Les Etats-Unis gèrent déjà un programme de compensation en Afghanistan, qui n’établit pas de responsabilités mais qui accorde des compensations financières aux familles qui ont subi des pertes dans des opérations menées par les Etats-Unis. En outre, le Congrès américain a mis de côté 3 millions de dollars pour l’aide humanitaire qui doit être administrée par l’USAID et son partenaire, l’Office de migration international. Human Rights Watch a appelé les autres membres de l’OTAN à faire de même.

« Dédommager les civils blessés est la bonne chose à faire, et c’est aussi la chose intelligente à faire, » a déclaré Zarifi. « Cela a été la politique des Etats-Unis et il n’y a aucune raison que ce ne soit pas aussi la politique de l’OTAN. »