La Commission des droits de l’homme des Nations Unies doit rétablir un organe de surveillance des droits humains au Soudan et fermement condamner les abus commis à Darfour, une région de l’ouest du Soudan au sein de laquelle l’une des pires crises humanitaires et d’abus de droits humains est en train de se développer, a déclaré aujourd’hui l’organisation Human Rights Watch.

La Commission, qui doit voter une résolution sur le Soudan jeudi, doit condamner sans équivoque les crimes contre l’humanité et autres abus commis par les forces gouvernementales et les milices alliées présentes à Darfour et rétablir le mandat du rapporteur spécial des droits humains au Soudan sous les termes de l’article 9 du traité, a déclaré Human Rights Watch. L’an passé, la Commission a mis fin au mandat de l’organe de surveillance en place depuis 10 ans au Soudan lorsqu’il est apparu que la guerre civile qui sévit depuis 20 ans dans la région sud du pays allait prendre fin.

“Darfur présente un test critique de la crédibilité de la Commission”, a déclaré Joanna Weschler, la représentante de Human Rights Watch auprès de Nations Unies. “Des milliers de civils sont déjà morts et des centains de milliers de personnes ont été déplacées de force. Nous sommes précisement devant le genre de désastre humanitaire pour lequel la Commission doit nommer un commissaire.”

Depuis février 2003, le gouvernement soudanais et ses milices arabes alliées mènent une guerre brutale contre une révolte de rebelles à Darfour. Les opérations militaires du gouvernement ont jusqu’à présent surtout ciblé les civils qui ont les mêmes origines ethniques que les membres des groupes rebelles. Les forces gouvernementales et les milices alliées ont tué des milliers de personnes, en ont forcé plus de 750 000 autres à fuir leurs villages à l’intérieur du Soudan, tandis que 120 000 autres ont dû chercher refuge de l’autre côté de la frontière, au Tchad.

Grâce à des interviews menées auprès de réfugiés soudanais au Tchad, les enquêteurs de Human Rights Watch ont documenté les abus généraux et systématiques commis à Darfour par les forces gouvernementales, qui agissent avec la complicité des milices arabes connues sous le nom de “Janjawid”. Les réfugiés ont décrit d’une manière consistente des bombardements aériens aveugles de villages civils, les pillages et mises à feu de leurs maisons par les forces gouvernementales et les milices ainsi que des incidents impliquants meurtres, viols et séquestrations de femmes, d’enfants et de vieillards.

Dans un discours à la Commission aux droits de l’homme donné le 7 avril dernier, le Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a demandé que “les travailleurs humanitaires internationaux et les experts des droits humains aient un accès total et sans délais à la région et aux victimes”. Il a précisé que si un tel accès était refusé, la communauté internationale devrait “prendre des mesures immédiates et appropriées”.

Néanmoins, il semble que le gouvernement soudanais ait refusé de garantir l’accès à Darfour à une mission d’urgence du Haut Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) pendant la visite de celui-ci au Tchad voisin, effectuée quelques jours à peine après le discours du Secrétaire général.

Si la Commission n’agit pas immédiatement, alors même qu’elle se trouve confrontée aux preuves des crimes contre l’humanité commis à Darfur, quand répondra-t-elle ?” a demandé Weschler.

La semaine passée, l’Union Européenne (UE) a proposé une résolution demandant qu’un rapporteur spécial soit nommé pour surveiller les abus des droits humains au Soudan. Le vote a néanmoins été repoussé jusqu’au 22 avril prochain à la demande du Groupe Africain, une coalition d’États africains membres de la Commission. Coordonné par le gouvernement du Congo-Brazzaville, le Groupe Africain poursuit sa politique de blocage des enquêtes liées aux gouvernements africains, quels que soient les abus de droits humains dont ils se sont rendus responsables.

L’Irlande et les Pays-Bas sont à la tête des efforts de négociations de l’EU avec les membres africains du commissariat. Les négociations portent sur une “déclaration du président” commune qui serait à n’en pas douter moins critique des actions du Soudan et n’aboutirait certainement pas à la nommination d’un rapporteur spécial.

Human Rights Watch demande à tous les membres de la Commission de s’abstenir d’opter pour la déclaration plus faible et de soutenir au contraire une résolution plus ferme sur le Soudan qui comprenne le rétablissement d’un rapporteur spécial aux droits humains.