(New York, 26 août 2003) La Cour Suprême devrait révoquer la condamnation pour espionnage, une condamnation à motivation politique, du dissident Internet, Pham Hong Son et ordonner sa libération, a vivement encouragé Human Rights Watch aujourd'hui.

Pham, 35 ans, est l'un des trois écrivains vietnamiens choisis pour recevoir la prestigieuse bourse Hellman/Hammett cette année. Il a été condamné à une peine de prison de treize ans et à trois années d'assignation à résidence après un procès en juin 2003 qui ne satisfait pas aux critères internationaux en matière de procès équitable.

La Cour Suprême vietnamienne devrait examiner l'appel de Pham, à Hanoi, le mardi 26 août. Selon le Ministère vietnamien des affaires étrangères, tous les observateurs étrangers se verront interdire l'entrée au tribunal, y compris les diplomates étrangers et les journalistes occidentaux. " Le premier procès de Pham Hong Son était une grotesque parodie de justice, " a déclaré Brad Adams, directeur exécutif de la division Asie de Human Rights Watch. " La Cour Suprême devrait changer en acceptant la présence d'observateurs internationaux et en résistant aux interventions politiques qui déterminent à l'avance le verdict. "

Les observateurs extérieurs n'ont pas non plus été autorisé à assister au premier procès de Pham, malgré de demandes écrites. Le seul témoin appelé à comparaître fut la femme de Pham et elle fut uniquement autorisée à répondre par oui ou non à deux questions.

" Les avocats de la défense auront les mains liées par la nature politique de cette affaire, " a déclaré Adams. " Au Vietnam, les affaires politiques sont immanquablement tranchées bien avant l'ouverture des audiences. "

L'article 14 du Pacte international sur les droits civils et politiques, auquel le Vietnam est partie, affirme que chacun a droit à un procès équitable devant un tribunal indépendant et impartial. Les inculpés doivent être autorisés à disposer de moyens adéquats pour préparer leur défense et à présenter des témoins en leur faveur.

Pham Hong Son a été arrêté en mars 2002 pour avoir utilisé Internet afin de communiquer avec des collègues à l'étranger et faire circuler des articles favorables à la démocratie dont " Qu'est-ce-que la démocratie ? " et " Signes d'espoir pour la démocratie au Vietnam ". Préalablement, la police avait interrogé Pham et fouillé sa maison, lui confisquant des documents et son ordinateur. Deux jours après avoir publié sur Internet une lettre ouverte protestant contre la confiscation de ses biens, Pham a disparu. Une semaine s'est écoulée avant que sa famille n'apprenne qu'il avait été arrêté, sans mandat d'arrêt.

Pham est accusé d'espionnage parce qu'il " a pris l'initiative " de communiquer par téléphone et courrier électronique avec des " opportunistes politiques " au Vietnam et à l'étranger et a utilisé le courrier électronique pour " traduire et envoyer des documents contre le Parti et le gouvernement " à des collègues à l'étranger. Le pays en faveur duquel Pham se serait livré à une activité d'espionnage n'est pas mentionné. Pham est le cinquième dissident à être arrêté cette année écoulée et à être accusé de crimes relatifs à une communication par courrier électronique ou à une autre activité liée à Internet.

" L'emprisonnement d'écrivains et de cyber-dissidents démontre la complète intolérance d'Hanoi pour toute sorte de dissidence pacifique et a un effet paralysant sur toute forme de débat politique au Vietnam, " a déclaré Adams. " Les tentatives du gouvernement pour contrôler Internet deviendront de plus en plus problématiques au fur et à mesure que le recours à Internet deviendra plus fréquent au Vietnam. "

Human Rights Watch a également exprimé son inquiétude quant à une possible arrestation de l'épouse de Pham, Vu Thuy Ha. Cette dernière est actuellement sous la surveillance des autorités locales. Depuis l'arrestation de Pham en mars 2002, elle n'a été autorisée à le voir qu'une seule fois. Le 5 juillet 2003, Pham et son épouse ont été autorisés à se voir pendant 30 minutes, séparés par une cloison en verre et communiquant par téléphone. Pham Hong Son fait partie d'un groupe hétérogène de 28 écrivains, provenant de 13 pays, sélectionnés pour recevoir cette année les bourses Hellman/Hammett, qui récompensent le courage avec lequel ils font face aux persécutions politiques. Les deux autres personnes distinguées au Vietnam cette année sont Nguyen Thi Thanh Xuan et Vu Cao Quan.

Ci-dessous, voici de brèves biographies des trois écrivains vietnamiens ayant reçu les bourses en 2003 :

Pham Hong Son a obtenu son diplôme de médecin mais a abandonné cette profession pour suivre une formation de MBA et pour travailler comme responsable dans des compagnies pharmaceutiques. En 2001, il a décidé de s'engager dans la lutte pour la démocratie et a commencé à écrire et à traduire des articles qui circulent de la main à la main et sont publiés sur différents sites web de la diaspora vietnamienne. Il a également envoyé des copies de ces documents à des responsables vietnamiens et en janvier 2002, il a écrit une lettre ouverte au Secrétaire général du Parti communiste vietnamien défendant l'idée que le Vietnam était prêt pour la démocratie. Des officiels lui ont conseillé de cesser de se mêler de politique mais il a refusé. Le 27 mars 2002, il a été arrêté et accusé d'espionnage pour avoir communiqué par courrier électronique avec des dissidents à l'étranger et avoir utilisé Internet pour envoyer des documents soi-disant subversifs. Après une demi-journée de procès à huis clos à Hanoi le 18 juin 2003, Pham Hong Son a été condamné à 13 ans de prison et à trois ans d'assignation à résidence. Les visites de son épouse ont été entièrement interdites.

Nguyen Thi Thanh Xuan, chercheuse en sciences sociales a co-écrit trois livres basés sur des discussions tenues avec un collègue sur certain nombre de problèmes nationaux. Ces ouvrages ont ensuite alimenté les débats politiques. Initialement, Nguyen Thi Thanh Xuan a été vantée comme étant une " intellectuelle éclairée " mais alors que les débats devenaient critiques à l'égard du Parti communiste vietnamien, elle a été dénoncée comme étant extrémiste et réactionnaire. Elle a été arrêtée en août 2001. Elle a rapidement été libérée mais demeure sous étroite surveillance. Sa ligne téléphonique a été coupée et les autorités locales dissuadent ses amis de lui rendre visite.

Vu Cao Quan a rejoint le Parti communiste vietnamien en 1962 et en a été exclu en 1999 après avoir écrit une série d'articles critiquant la politique du parti communiste et prônant les droits humains et la démocratie. En avril 2001, il a été arrêté et détenu pendant neuf jours après avoir organisé une réunion de dissidents à Hai Phong City. Il a de nouveau été arrêté en septembre 2001 après avoir rejoint l'Association Anti-corruption puis relâché après un jour. Vu Cao Quan est actuellement assigné à résidence de façon non officielle, sous étroite surveillance et isolé. Il ne peut plus gagner sa vie car aucune entreprise ne prendra le risque de l'embaucher.