(New York) - Les soldats de l'armée burundaise ont forcé plus de 30 000 civils à quitter leur maison, dans la province de Ruyigi, à l'est du Burundi, fin avril et début mai, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les autorités burundaises ont refusé d'autoriser des groupes d'aide humanitaire à fournir une assistance à ces personnes déplacées qui souffrent de malnutrition et de maladies.

"Des soldats ont forcé les gens à se rendre vers ces sites de regroupement en tirant en l'air," a déclaré Alison Des Forges, conseillère à la Division Afrique de Human Rights Watch. Les autorités appellent ces camps des "sites de protection" et affirment qu'ils ont été créés à la demande des gens. "Les résidents des camps protestent en disant qu'ils n'ont absolument pas été consultés et veulent simplement rentrer chez eux," a affirmé Des Forges.

Le 27 avril, des soldats ont donné l'ordre aux civils de se rendre immédiatement vers les sites et ont refusé de permettre à ceux qui se trouvaient au marché ou sur les routes de rentrer chez eux prendre le minimum nécessaire. Les autorités n'ont fourni ni abri, ni nourriture, ni eau, ni sanitaires dans les sites, en violation de l'article 17 du Protocole additionnel des Conventions de Genève. Après une nuit passée dehors, sous une pluie froide, ces personnes déplacées ont commencé le lendemain à construire des abris temporaires.

Les autorités ont exclu les travailleurs de l'aide humanitaire de ces sites déclarant la zone "peu sûre". Les rebelles des Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD) en lutte contre le gouvernement burundais depuis sept ans, font de fréquentes incursions dans l'est du Burundi, depuis leurs bases situées en Tanzanie voisine.

Hier, pour la première fois, des représentants des agences des Nations Unies ont été autorisés à visiter les camps en compagnie de responsables du gouvernement. Ils seraient arrivés à un accord sur l'établissement d'un corridor de sécurité pour permettre l'acheminement de l'aide humanitaire, à partir de la fin de la semaine.

Les autorités ont également interdit l'accès des camps à la presse et début mai, ont arrêté deux journalistes d'une chaîne de radio nationale lorsque ces derniers ont tenté de pénétrer dans l'un des camps. Après la libération des journalistes, les autorités les ont mis en garde contre toute tentative pour retourner dans le camp.

Selon des résidents du camp, il est permis de quitter les sites un ou deux jours au maximum par semaine ce qui n'est pas suffisant pour permettre aux résidents de s'occuper de leurs champs et d'aller chercher des biens chez eux.

Les résidents des camps ont accusé l'armée de coups et torture, d'arrestations arbitraires et de détentions prolongées dans des cellules communautaires. Ils ont affirmé que des soldats avaient violé et agressé des femmes dans le camp. Ils ont déclaré que les soldats avaient forcé des civils à transporter du matériel dans les zones de combat et ont cité l'exemple d'un jeune homme blessé par balle au cours d'une telle opération.

Les soldats ont transformé l'hôpital de Nyabitsinda en une caserne militaire, forçant les patients à partir. Il est maintenant très improbable que des malades iront chercher de l'aide là-bas. Ils auraient utilisé des chaises et des bancs pris dans l'école locale comme bois de feu pour faire cuire des chèvres volées aux habitants du coin.

Depuis 1993, l'armée burundaise combat les FDD et le Front National de Libération (FNL). Dans un effort pour supprimer tout appui local aux rebelles, l'armée a, par le passé, regroupé de force la population civile. Ceci a suscité d'importantes protestations internationales et n'a apporté que peu de gains stratégiques à l'armée.

Un nouveau gouvernement de transition, installé en novembre 2001, a permis un partage du pouvoir entre les différents partis politiques mais n'a pas mis un terme à la guerre civile.

"En déplaçant par la force des civils, les soldats et les responsables burundais ont violé le droit humanitaire international," a déclaré Des Forges. "Si le gouvernement de transition veut gagner en crédibilité auprès des habitants du Burundi, il doit renoncer à de telles pratiques abusives et laisser les gens chez eux."