Les Nations Unies et le gouvernement angolais ne parviennent pas à assurer le respect des droits de millions de personnes déplacées par la guerre civile qui ravage le pays, a accusé aujourd'hui Human Rights Watch.

Au cours d'une présentation orale devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies - occasion rarement offerte à une organisation non-gouvernementale - Human Rights Watch a aujourd'hui insisté afin que le Haut Commissariat pour les Réfugiés (UNHCR) soit désigné comme l'organe en charge de plus de quatre millions de personnes déplacées en Angola. Ceci représente une extension des responsabilités de l'agence traditionnellement chargée de s'occuper des réfugiés ayant franchi une frontière internationale.

Le gouvernement angolais a également échoué à rendre publiques de véritables données relatives à ses revenus pétroliers qui ont atteint un total de 3,18 milliards USD en 2001. Human Rights Watch a affirmé que rendre de telles informations publiques aurait un effet positif sur la gouvernance et pourrait poser les bases d'une amélioration des droits humains. L'organisation a exhorté le Conseil de Sécurité à faire pression sur le gouvernement angolais afin qu'il divulgue ce type d'informations.

La mort du chef du mouvement rebelle de l'UNITA, Jonas Savimbi pourrait créer de nouvelles opportunités favorables à l'établissement de la paix en Angola, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

"La mort de Savimbi a attiré l'attention sur les millions de victimes de la guerre civile en Angola," a déclaré Arvind Ganesan, directeur de la division Affaires et droits humains à Human Rights Watch. "Le Conseil de Sécurité ne peut se permettre de laisser passer une telle opportunité."

Les atteintes aux droits humains et la violence contre les civils en Angola sont allées en augmentant depuis la reprise des combats en 1998, a déclaré Human Rights Watch.

L'Angola est le deuxième plus gros producteur de pétrole en Afrique sub-saharienne. En 2001, plus de 90 pour cent du budget du gouvernement provenaient des revenus du pétrole. Cependant, le pays se classe au 146ème rang des 162 pays compris dans le dernier Index de Développement Humain du Programme de Développement des Nations Unies. L'aide humanitaire ne touche environ que 10 à 15 pour cent du pays, autour des principales villes de province.

Plus de 4 millions de personnes soit 31 pour cent de la population totale, sont des personnes déplacées à l'intérieur de l'Angola. Le gouvernement comme l'UNITA ont forcé les gens à quitter leurs maisons afin de dépeupler certaines régions ou pour punir les habitants du coin d'avoir soi-disant apporté leur soutien au camp adverse.

Deux réalités font obstacles à la protection de ces personnes déplacées à l'intérieur de l'Angola : l'échec des Nations Unies à contrôler des cas individuels d'abus et leur apparent manque de volonté pour affronter directement le gouvernement angolais sur la question des personnes déplacées, a déclaré Human Rights Watch.

Dans les zones sous contrôle de l'UNITA, l'accès à l'aide humanitaire est pratiquement inexistant. L'UNITA continue également de miner les terres afin d'empêcher les habitants des régions sous son contrôle de fuir en direction de zones contrôlées par le gouvernement. L'UNITA a aussi utilisé des mines anti-véhicules afin de perturber les transports.

Au cours des derniers mois, la situation des droits humains en Angola a connu quelques améliorations, a déclaré Human Rights Watch. Dans les zones fermement contrôlées par le gouvernement comme Luanda et le long de la côte, une plus grande tolérance se manifeste concernant les discussions sur les droits humains et les affaires publiques. Cependant, ceci ne s'est pas traduit par une plus grande tolérance envers les activités politiques organisées ou des discussions approfondies sur la façon dont le gouvernement gère les revenus qu'il tire du pétrole et des diamants.

L'opacité du budget du gouvernement angolais et de ses dépenses a suscité une vaste inquiétude, notamment parmi les institutions financières internationales. Le Fonds Monétaire International (FMI) a essayé de s'attaquer au problème en se lançant avec le gouvernement, en avril 2000, dans un programme de réformes économiques. Ce programme comportait une disposition pour contrôler les revenus tirés du pétrole, connue sous le nom de Diagnostic du pétrole, qui aurait pu agir en faveur de la transparence, d'une plus grande responsabilité et finalement, d'un meilleur respect des droits humains. Cependant, le gouvernement a échoué à mettre effectivement en œuvre le programme.

"Même en l'absence de paix, le gouvernement peut assurer le contrôle de sa comptabilité publique concernant les revenus tirés du pétrole," a déclaré Ganesan.

La déposition de Human Rights Watch devant le Conseil de Sécurité a lieu dans le cadre d'une réunion de type Arria Formula. Une réunion Arria Formula (Aria Formula Meeting) est une réunion des membres du Conseil plutôt qu'une réunion du "Conseil de Sécurité" en tant que tel. Ce type de réunion permet aux membres du Conseil d'entendre, de façon informelle et confidentielle, les positions de représentants de pays non-membres du Conseil, de représentants d'acteurs non étatiques et d'organisations non gouvernementales. Ces réunions se tiennent en dehors des enceintes du Conseil et sont accessibles aux membres du Conseil et aux représentants des parties dont le Conseil veut connaître les positions. Il n'existe pas de compte-rendu officiel de ces réunions qui ne sont pas non plus annoncées.

Une copie de la présentation orale de Human Rights Watch devant le Conseil de Sécurité est disponible à : https://www.hrw.org/french/press/2002/angolaarria.html
Pour plus d'informations sur l'Angola, visiter le site suivant : https://www.hrw.org/africa/angola.php