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Australie : Recours excessif à la force contre des manifestants anti-Herzog

Des vidéos montrent des policiers en train de frapper des manifestants à Sydney lors de la visite du président israélien Isaac Herzog

Des personnes qui manifestaient contre la visite en Australie du président israélien Isaac Herzog se retrouvaient face à des policiers à Sydney (État de Nouvelle-Galles du Sud), le 9 février 2026. © 2026 Andrew Quilty

(Sydney, 11 février 2026) – La police de Nouvelle-Galles du Sud a vraisemblablement fait usage d'une force excessive contre des personnes qui manifestaient contre la visite en Australie du président israélien Isaac Herzog, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Une vidéo vérifiée par Human Rights Watch, tournée lors d'un rassemblement à Sydney le 9 février, montre des policiers frappant des manifestants allongés au sol, dispersant violemment des personnes agenouillées en position de prière, courant vers des manifestants et les aspergeant de gaz poivre. Le gouvernement de l’État de Nouvelle-Galles du Sud devrait enquêter sur l'usage présumé de la force excessive par la police, et prendre les mesures disciplinaires appropriées ou poursuivre les responsables.

« L'adoption et l'application par les autorités de Nouvelle-Galles du Sud de restrictions injustifiées à la tenue de manifestations légitimes, au lieu de renforcer la sécurité, ont plutôt ouvert la voie à des abus », a déclaré Annabel Hennessy, chercheuse sur l'Australie à Human Rights Watch. « Le recours excessif à la force par la police contre des manifestants constitue une nouvelle atteinte aux droits en Australie. »

Le président Herzog a entamé une visite officielle en Australie, dont le gouvernement l’a invité après l'attaque du 14 décembre 2025 contre des personnes célébrant une fête juive à Bondi Beach, dans la banlieue de Sydney. Cette visite a déclenché des manifestations généralisées à Sydney et ailleurs en Australie ; en septembre 2025, un rapport de la Commission d'enquête internationale indépendante des Nations Unies sur le Territoire palestinien occupé a accusé Isaac Herzog et d’autres dirigeants israéliens d'« incitation directe et publique à commettre un génocide » à Gaza. La police de Sydney, appliquant des ordres spéciaux du gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud, a empêché les manifestants de défiler, ce qui a donné lieu à des affrontements et à des dizaines d'arrestations.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec deux journalistes qui ont couvert la manifestation à Sydney et deux observateurs juridiques, des observateurs indépendants qui contribuent à protéger les droits des personnes lors des rassemblements publics. Human Rights Watch a également vérifié des vidéos des manifestations publiées sur les réseaux sociaux ou partagées directement avec des chercheurs. Dans le cadre des préparatifs de la visite d’Isaac Herzog, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud a accordé à la police des pouvoirs supplémentaires, dont celui d’ordonner à des personnes de « s’éloigner » (« move on »), lors des manifestations prévues. En décembre, le parlement de cet État a par ailleurs adopté des lois qui restreignent les manifestations dans le quartier central des affaires de Sydney. Ces mesures font suite à de précédentes restrictions du droit de réunion pacifique par les gouvernements successifs de Nouvelle-Galles du Sud, au cours des dernières années.

Le 9 février, la police a cherché à empêcher les manifestants de défiler après un rassemblement devant la mairie de Sydney. Le commissaire adjoint de police, Peter McKenna, a déclaré que les policiers avaient été « menacés, bousculés et agressés » et qu'ils devaient faire usage de pouvoirs spéciaux pour éloigner les manifestants du quartier central des affaires. La police a déclaré avoir arrêté 27 personnes et inculpé plusieurs personnes, notamment pour violation de l'ordre public et agression. Human Rights Watch n'a pas été en mesure de vérifier les accusations portées contre les personnes arrêtées et inculpées. Cependant, Human Rights Watch a vérifié des images montrant des policiers frappant des individus alors qu'ils les maîtrisaient. Dans deux vidéos authentifiées, filmées sous différents angles près de la mairie, on voit deux policiers frapper à plusieurs reprises un manifestant immobilisé à la tête et au torse. Dans l'une des vidéos, on peut voir des marques rouges sur le torse du manifestant et entendre une voix crier « Arrêtez ! Arrêtez ! »

Quatre autres vidéos publiées en ligne et vérifiées par Human Rights Watch montrent des dizaines de policiers poursuivant un groupe de manifestants sur Bathurst Street. On voit un policier pulvériser à plusieurs reprises ce qui semble être du gaz poivre vers le visage d'un manifestant.

Deux journalistes qui ont couvert l'événement ont déclaré que malgré la colère exprimée par la foule contre la police qui l'empêchait de défiler, ils n'avaient observé aucun manifestant commettre des actes de violence. Nabil Al-Nashar, l'un des journalistes, a déclaré avoir couvert au moins deux douzaines de manifestations à Sydney au cours des deux dernières années et que c'était la première fois qu'il était témoin d'un tel niveau de violence policière. « J'avais déjà assisté à des arrestations lors d'autres manifestations, mais elles étaient rares et jamais violentes », a-t-il déclaré.

L'autre journaliste, Andrew Quilty, qui a également largement couvert les manifestations à Sydney, a déclaré que la police était « nettement plus agressive que ce à quoi je suis habitué de la part de la police à Sydney ». Il a déclaré avoir vu la police utiliser ce qui semblait être du gaz poivre, mais n'avoir « vu aucune provocation physique particulière de la part des manifestants qui aurait pu les inciter à l'utiliser ».

Rebecca Payne, une observatrice juridique, a déclaré que la police avait aspergé de spray au poivre plusieurs personnes dont elle-même, avant de de se lancer contre la foule près de l'Hôtel de ville de Sydney. Elle a déclaré qu'elle filmait la manifestation lorsque la police a aspergé la foule et « a commencé à frapper, bousculer, pousser et se ruer contre » les manifestants.

Le spray au poivre l'a temporairement aveuglée, alors que les policiers ordonnaient aux manifestants de bouger. Ils ont poussé les manifestants dans une zone difficile à traverser et qui nécessitait de passer sous une barrière physique. Elle a déclaré avoir fini par se réfugier dans un magasin situé non loin de là, et avoir ensuite reçu des soins hospitaliers pour son œil. Elle a partagé avec Human Rights Watch une vidéo de l'incident et une photo de sa blessure. Dans la vidéo, on voit un policier pulvériser ce qui semble être du spray au poivre en direction de Rebecca Payne et d'autres personnes dans la foule.

Une autre observatrice juridique, Alison Whittaker, a déclaré que la police l'avait frappée à plusieurs reprises, poussée et aspergée de spray au poivre. Elle a déclaré qu'un policier avait saisi son téléphone et l'avait jeté dans la foule, et qu'il avait retiré ses lunettes de protection, qu'elle portait pour se protéger du spray au poivre, et les avait jetées. Les deux observatrices juridiques portaient des gilets haute visibilité qui identifiaient leur rôle.

Le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud soutient que ses nouvelles lois sont nécessaires pour la sécurité publique. Cependant, le rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme, Ben Saul, a averti que ces lois « violent clairement le droit international » en restreignant sans discernement les droits des manifestants respectueux de la loi. Il a également déclaré que ces lois entravent la collaboration constructive entre la police et les organisateurs qui peut atténuer les risques. D'autres manifestations récentes à Sydney, facilitées par les autorités, se sont déroulées sans incident majeur.

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l'Australie est partie, défend les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique. Toute réponse des forces de l'ordre aux manifestations doit respecter les normes internationales. Les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois stipulent que les forces de sécurité doivent recourir à des moyens non violents avant d'utiliser la force. Lorsque cela est nécessaire à des fins légitimes d'application de la loi lors d'un rassemblement, seule la force minimale nécessaire peut être utilisée.

Le spray au poivre (ou « aérosol au gaz poivre ») est un irritant chimique portable utilisé pour neutraliser un agresseur violent, ou pour aider à arrêter un suspect qui résiste violemment. Selon les Lignes directrices des Nations Unies sur les armes à létalité réduite dans le cadre de l'application des lois, les irritants chimiques ne devraient être utilisés « que lorsqu’un responsable de l’application des lois a des raisons de penser qu’il existe un risque imminent de blessures ».

« L'usage excessif de la force par la police de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney montre que les lois anti-manifestations ne rendent pas la communauté plus sûre », a conclu Annabel Hennessy. « Au lieu de restreindre le droit des personnes à se réunir pacifiquement, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud devrait réformer ses lois afin de garantir leur conformité avec les normes internationales en matière de droits humains. »

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