(New York) - Le gouvernement rwandais a violé les droits fondamentaux de dizaines de milliers de citoyens en les forçant à abandonner leurs maisons dans des zones rurales. Ils ont été obligés de déménager vers des abris de fortune improvisés dans des sites désignés par le gouvernement, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.

En application d'un plan nommé " Politique Nationale de l'Habitat ", le gouvernement a dévoilé son objectif de réorganisation de la vie en zone rurale. Ce plan a décrété la fin d'une certaine organisation traditionnelle de la société rwandaise qui veut que les habitations soient dispersées. De nombreux propriétaires ont été obligés de détruire leurs propres maisons et beaucoup de familles ont vécu plus d'un an dans des taudis faits de boue, bâtons et feuilles de bananier.

Ceux qui ont résisté au plan ont été condamnés à payer des amendes ou à effectuer des séjours en prison, dénonce le rapport de Human Rights Watch. Le rapport de 91 pages, " Les ruraux déracinés : Réinstallation et expropriations dans les zones rurales du Rwanda " explique que de début 1997 à fin 2000 , des centaines de milliers de Rwandais vivant dans les provinces de Kibungo, Mutara, Kigali-rural et Ruhengeri ont quitté leurs maisons pour les sites gouvernementaux. 90% des Rwandais vivent dans des zones rurales et sont visés par cette politique.

" Le gouvernement rwandais a causé énormément de souffrances aux paysans pauvres qui vivent sur les collines " a déclaré Alison Des Forges, Conseillère principale à la Division Afrique de Human Rights Watch. " Le gouvernement a heurté beaucoup de ses citoyens à un moment où les mouvements d'opposition politique se développent au Rwanda même et à l'extérieur du pays. "

Cette politique affecte la minorité tutsi, minorité victime du génocide de 1994, ainsi que la majorité ethnique hutu. Le génocide et la guerre entre l'ancien gouvernement du Rwanda et le Front Patriotique Rwandais ont laissé beaucoup de veuves et d'orphelins. Selon le rapport, ce sont souvent les familles dirigées par ces femmes et ces enfants qui ont souffert le plus de ce relogement forcé. S'exprimant sur l'absence de réelle protestation contre le relogement, une veuve tutsi a expliqué aux chercheurs de Human Rights Watch, " Vous ne pouvez pas attendre de gens qui dorment avec l'estomac vide d'avoir la force de se plaindre. " Utilisant le mot kinyarwanda pour parler des sites désignés par le gouvernement, elle a continué : " Nous devons apprendre à vivre dans l'umudugudu, comme nous avons appris à vivre en ayant perdu des membres de nos familles. " De nombreux bailleurs de fonds avaient conscience que l'argent donné pour réinstaller les réfugiés rentrant d'exil en 1994 a aussi facilité la réorganisation rurale qui a contraint des dizaines de milliers de personnes à quitter leurs maisons. Ils ont néanmoins continué à envoyer des millions de dollars d'aide.

Tandis que le gouvernement entreprenait de déplacer ses citoyens, les autorités ont ordonné aux propriétaires terriens, dans certaines régions de partager leurs terres avec les réfugiés de retour d'exil ou même de leur céder tous leurs champs. Ceux qui ont donné toutes leurs terres ont ensuite déménagé vers les sites établis par le gouvernement où ils n'ont plus que de petits jardins. Dans plusieurs cas, des officiers de l'armée ou des commerçants ayant des liens avec le gouvernement se sont emparés d'un grand nombre de terres appartenant aux paysans pauvres, justifiant cette pratique par la productivité agricole soit disant accrue des concentrations foncières... Pour le moment, le gouvernement s'occupe davantage de réformer le régime foncier que de forcer les paysans à déménager vers les sites gouvernementaux. Il se propose de supprimer toutes les petites propriétés de millions de paysans pauvres et cherche des fonds internationaux pour financer cette opération.

" Rendre l'agriculture plus productive est impératif, mais poursuivre cet objectif tout à fait louable ne doit pas se faire au détriment des droits de l'homme " a déclaré Des Forges. " Les bailleurs de fonds cherchant à soutenir des changements bénéfiques au Rwanda doivent considérer les effets des réformes proposées sur la vie de tous les Rwandais. "