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Niger : Un éminent journaliste victime d’une disparition forcée depuis deux mois

Les autorités devraient révéler où Moussa Kaka est détenu, et le libérer s’il n’a pas été inculpé

Le journaliste nigérien Moussa Kaka, ancien correspondant de Radio France Internationale (RFI), photographié le 12 février 2007. © 2007 Seyllou/AFP via Getty Images

(Nairobi) – Les autorités nigériennes devraient d’urgence révéler où se trouve l’éminent journaliste Moussa Kaka, victime d’une disparition forcée il y a deux mois, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Elles devraient garantir sa sécurité et le libérer, à moins qu’il n’ait été inculpé d’une infraction pénale avérée.

Le 31 août 2026, Moussa Kaka, directeur général de la Radio Télévision Saraounia et ancien correspondant de Radio France Internationale (RFI), a quitté son bureau à Niamey, la capitale du Niger, pour rentrer chez lui ; mais il n’est jamais arrivé à destination, ce qui a immédiatement suscité des inquiétudes. Pendant des semaines, sa famille et ses collègues n’ont pas pu obtenir d’informations sur le lieu où il se trouvait. Le 25 septembre, lors de l’Examen périodique universel du Niger aux Nations Unies à Genève, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a reconnu que Moussa Kaka était détenu pour une « infraction » présumée, et que le journaliste devra en «répondre devant les juridictions », mais n’a fourni aucun détail sur l’accusation ni sur son lieu de détention.

« Deux mois après la disparition de Moussa Kaka au Niger, les autorités n’ont toujours pas indiqué où il se trouve, ni expliqué les raisons de sa détention », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « La famille de Kaka continuera de vivre dans l’incertitude jusqu’à ce que les autorités élucident les circonstances de sa disparition. »

Moussa Kaka est une figure respectée du journalisme d’investigation africain. Pendant des années, il a travaillé comme correspondant de RFI au Niger, jusqu’à ce que la junte militaire suspende les émissions de cette chaîne radio en 2023. Tout au long de sa carrière, il a poursuivi son travail sous plusieurs gouvernements au Niger, malgré les risques et les détentions répétées liées à son activité journalistique.

En septembre 2007, sous le président Mamadou Tandja, les autorités ont arrêté Moussa Kaka et l’ont accusé d’entretenir des liens avec des rebelles de l’ethnie touareg, à la suite de sa couverture approfondie de la rébellion touareg dans le nord du Niger. Il a passé 379 jours en prison avant d’être libéré en octobre 2008, à la suite d’une campagne nationale et internationale en faveur de sa libération.

En octobre 2025, la police de Niamey a arrêté Moussa Kaka ainsi que cinq autres journalistes, après qu’ils eurent annoncé sur les réseaux sociaux une conférence de presse concernant un fonds de solidarité créé par le gouvernement nigérien et destiné à soutenir les forces de sécurité nationales. Les journalistes ont été inculpés de « complicité de diffusion de document de nature à troubler l'ordre public » en vertu d’une loi de vaste portée sur la cybercriminalité. Les six journalistes ont par la suite été remis en liberté.

La récente disparition forcée de Moussa Kaka s’est produite dans un contexte de tensions politiques exacerbées à la suite d’une tentative de coup d’État militaire à Niamey, le 29 août. Après que des soldats mutins eurent tenté de s’emparer du pouvoir, la junte a arrêté des dizaines de soldats suspectés d’être impliqués dans cette tentative, ainsi qu’un ancien ministre. Les forces de l’Africa Corps, contrôlées par le gouvernement russe, ont été appelées en renfort pour aider à réprimer la mutinerie. Des collègues et amis de Moussa Kaka ont exprimé leur inquiétude quant au fait que sa disparition puisse être liée à la répression menée par la junte après la tentative de coup d’État.

L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a saisi le Comité de l’ONU sur les disparitions forcées au sujet du cas de Moussa Kaka, après l’avoir préalablement porté cette affaire à l’attention de la Rapporteure spéciale de l’Union africaine sur la liberté d’expression et l’accès à l’information. Des organisations de la société civile africaine ont évoqué son cas devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples à la mi-octobre à Dakar, au Sénégal. Des journalistes et des défenseurs des droits humains de toute l’Afrique ont également appelé à sa libération.

« Moussa Kaka n’a pas sa place en détention », a déclaré Alioune Tine, éminent défenseur sénégalais des droits humains et ancien expert sdans ce domaine auprès des Nations Unies. « Sa détention est absolument injustifiée et viole les obligations internationales du Niger en matière de droits humains, notamment les dispositions de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, que le Niger a signée et ratifiée. »

Le cas de Kaka met en lumière les inquiétudes croissantes concernant la liberté de la presse et la répression politique au Niger, selon Human Rights Watch. Depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup d’État en 2023, la junte militaire nigérienne a consolidé son pouvoir, démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression à l’encontre des dissidents. La junte a dissous des partis politiques, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, placé des journalistes en détention en vertu d’une loi de vaste portée sur la cybercriminalité, déchu de leur nationalité des opposants politiques en exil, annoncé le retrait du pays de la Cour pénale internationale et prolongé la transition politique sans organiser d’élections. Les autorités continuent également de détenir arbitrairement l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, ainsi que l’éminent défenseur des droits humains Moussa Tiangari.

En vertu du droit international en matière de droits humains, une disparition forcée a lieu lorsque des agents de l’État, ou des personnes agissant avec l’autorisation, le soutien ou l’acquiescement de l’État, privent une personne de sa liberté puis refusent de reconnaître cette détention ou dissimulent le sort ou le lieu où se trouve cette personne. La disparition forcée expose les victimes à un risque accru de torture et d’exécution extrajudiciaire. Elle inflige également de profondes souffrances aux familles, qui sont laissées dans l’incertitude quant au sort de leurs proches, et se voient refuser l’accès à la justice.

« Les autorités nigériennes devraient immédiatement révéler des informations précises au sujet de Moussa Kaka, et le libérer s’il n’a pas été inculpé à juste titre », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les gouvernements étrangers et les organisations internationales devraient faire pression sur la junte pour qu’elle prenne des mesures immédiates dans l’affaire de Moussa Kaka. »

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