(São Paulo, 25 octobre 2026) – Luiz Inácio Lula da Silva, réélu président du Brésil, devrait mettre à profit son nouveau mandat pour s’attaquer aux problèmes chroniques en matière de droits humains dans ce pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le président Lula a battu le candidat du Parti libéral, Flávio Bolsonaro, lors du second tour de l’élection présidentielle le 25 octobre, selon les résultats officiels du Tribunal électoral supérieur. Lula a recueilli 51,7 % des voix, contre 48,2 % pour Bolsonaro, avec 99,9 % des bulletins dépouillés, selon le Tribunal électoral supérieur.
« Au cours de son mandat actuel, le président Lula a soutenu les institutions démocratiques et réalisé des progrès importants en matière de protection de la forêt et des communautés locales dont la survie en dépend, mais son bilan a été mitigé dans d’autres domaines », a déclaré César Muñoz, directeur pour le Brésil à Human Rights Watch. « Son gouvernement devrait s’attaquer au nombre record d’homicides commis par la police et à d’autres problèmes de sécurité publique, et soutenir plus solidement les politiques en faveur des droits humains, tant au niveau national qu’à l’étranger. »
Les médias ont fait état d’une réduction des services de transports en commun dans plusieurs États brésiliens, ce qui a pu empêcher des électeurs de se rendre aux bureaux de vote le 25 octobre. La police fédérale enquêterait sur d’éventuels délits électoraux. La campagne de Lula a demandé une prolongation de la période de vote dans certains États en raison de ces perturbations. La campagne de Bolsonaro a également demandé une prolongation dans d’autres régions du pays, en raison de fortes pluies.
Alors que les bureaux de vote fermaient, un juge de la Cour suprême a prolongé la durée du scrutin de deux heures. Peu après, le Tribunal électoral, puis le juge de la Cour suprême, ont précisé que cette prolongation s’appliquait aux bureaux de vote qui étaient encore ouverts.
Après son entrée en fonction en janvier 2023, le président Lula a pris des mesures importantes pour réparer une partie des dommages que l’administration précédente avait infligés aux institutions démocratiques, à l’environnement et à la protection des droits humains en général.
Pourtant, certains problèmes chroniques en matière de droits humains ont persisté dans le pays, notamment les abus policiers, qui touchent de manière disproportionnée les Brésiliens noirs. Les homicides commis par la police ont atteint un niveau record — avec 6 589 personnes tuées en 2025 — et ont continué d’augmenter en 2026 jusqu’en septembre, en raison de l’échec des stratégies de politique publique qui ont permis un recours incontrôlé à la force létale par la police.
Les pratiques policières abusives sapent la sécurité publique — une préoccupation majeure pour les Brésiliens, selon de nombreux sondages — en alimentant la méfiance et en rendant les communautés moins disposées à collaborer avec la police, tout en alimentant un cycle de violence qui met en danger tant les civils que les policiers. Elles créent également un climat d’impunité face à l’usage excessif de la force, dans lequel la corruption policière et les liens avec le crime organisé prospèrent.
Si la sécurité publique relève principalement de la responsabilité des États au Brésil, le gouvernement fédéral a un rôle crucial à jouer dans la coordination et la promotion de politiques de sécurité publique plus efficaces pour démanteler les organisations criminelles, protéger la population contre la violence et faire respecter les droits humains.
Une mesure importante visant à améliorer les enquêtes, que le président Lula devrait soutenir, consiste à retirer les services médico-légaux de la police, afin de garantir une analyse indépendante dans les affaires d’abus policiers et d’autres crimes.
Lors d’une interview le 15 octobre, le président Lula a défendu l’idée de juger et de punir comme des adultes les mineurs âgés de 16 et 17 ans accusés de certains crimes graves. Cette mesure constituerait une violation du droit international, qui stipule que les mineurs doivent être soumis à des systèmes judiciaires distincts de ceux des adultes. Cette proposition risquerait également de compromettre, plutôt que de renforcer, les efforts du pays pour réduire la criminalité, a déclaré Human Rights Watch. Les mineurs qui enfreignent la loi peuvent et doivent être tenus pour responsables, mais selon une approche individualisée favorisant leur réinsertion.
En matière d’environnement, le président Lula devrait remédier aux incohérences qui mettent en danger les droits des Brésiliens. Son gouvernement a ramené la déforestation en Amazonie à son plus bas niveau jamais enregistré, selon les données officielles, et a repris la délimitation des territoires autochtones. Cependant, il n’a pas pris de mesures suffisantes pour réglementer l’industrie de l’élevage bovin, qui est historiquement le principal facteur de déforestation et des violations des droits humains qui y sont liées.
Son gouvernement a également lancé un programme national tant attendu visant à réduire l’utilisation des pesticides. Cependant, il a continué d’autoriser l’utilisation de pesticides hautement dangereux, dont beaucoup sont interdits dans l’Union européenne et ailleurs en raison de leurs effets nocifs avérés sur la santé et l’environnement. Cela expose les Brésiliens à un risque d’empoisonnement aigu et à d’autres conséquences graves pour la santé, en particulier les communautés autochtones, d’ascendance africaine et de petits agriculteurs.
Des importants scandales de corruption impliquant divers responsables politiques, partis politiques et institutions ont éclaté ces dernières années. Le gouvernement Lula devrait promouvoir des mesures visant à renforcer la lutte contre la corruption, notamment en collaborant avec le Congrès pour garantir la transparence et le contrôle des affectations budgétaires.
Parmi les autres problèmes de longue date en matière de droits humains auxquels le président Lula devrait accorder la priorité figurent la violence de genre, les obstacles majeurs à l’accès à l’avortement, la violence à l’encontre des défenseurs des droits humains et de l’environnement, ainsi que le placement en institution des personnes en situation de handicap en raison de l’absence d’ t de services de soutien communautaires suffisants.
Certains incidents ont entaché la campagne électorale. Des organisations à but non lucratif ont recensé 134 cas de menaces et de violences à l’encontre de candidats et d’hommes politiques de divers partis au cours des 50 premiers jours de la campagne électorale.
Les médias brésiliens ont également rapporté que Meta, qui exploite Facebook, Instagram et WhatsApp, avait restreint certains contenus et fonctionnalités faisant la promotion de la candidature de Lula à l’approche du scrutin. Meta a déclaré avoir rencontré des problèmes techniques, mais a affirmé ne pas avoir favorisé un candidat par rapport à un autre. Le tribunal électoral brésilien a ordonné à Meta de prendre des mesures pour garantir l’égalité de traitement entre les candidats.
Le Conseil de surveillance de Meta — un organisme externe habilité à infirmer les décisions de modération de Meta et à fournir des orientations non contraignantes en matière de politique — a exprimé son inquiétude face aux défaillances récurrentes dans les « efforts de la société en faveur de l’intégrité électorale », citant la « défaillance » qui a nui à la campagne de Lula.
« Le président Lula, qui ne pourra plus se présenter aux élections en 2030, a l’occasion de marquer l’histoire de son pays en cherchant des solutions à des problèmes de longue date, afin de réaliser de vrais progrès dans la protection des droits et des libertés de tou·te·s les Brésilien·ne·s », a conclu César Muñoz.
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