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Ouganda : Garantir la justice pour le meurtre d’un dissident rwandais

Les autorités du monde entier devraient protéger les Rwandais qui fuient les persécutions

Une photo du sergent-major Robert Kabera était installée près de son cercueil lors de ses funérailles tenues le 21 octobre 2026, à Kamengo, en Ouganda. © 2026 Privé

(Nairobi) – L’obligation des autorités ougandaises de mener une enquête efficace sur le meurtre violent d’un dissident rwandais implique d’examiner tous les éléments de preuve qui indiquent un possible meurtre à caractère politique, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités ougandaises devraient garantir une enquête rapide, impartiale et crédible qui permette de traduire les responsables en justice.

Le corps du sergent-major Robert Kabera, chanteur et ancien membre des Forces rwandaises de défense ayant ouvertement critiqué le gouvernement rwandais, a été retrouvé le 17 octobre 2026 dans le village de Luwala, près de Kampala, où il faisait construire une maison. Il avait fui le Rwanda en novembre 2020 et avait demandé l’asile en Ouganda, en raison de persécutions politiques. Il avait signalé à plusieurs reprises à Human Rights Watch qu’il avait été menacé et agressé en Ouganda. Lors d’un entretien avec Human Rights Watch en septembre 2022, Robert Kabera avait déclaré : « Ils vont me tuer. Ils savent où je suis… Je mourrai avant d’avoir fini ma réinstallation [dans un pays tiers]. »

« Il ressortait clairement de nos conversations que Robert Kabera savait que ses critiques à l’égard du gouvernement rwandais faisaient de lui une cible et qu’il craignait pour sa vie », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Les autorités ougandaises devraient enquêter sur tous les motifs possibles de ce meurtre et prendre des mesures immédiates pour protéger les dissidents et les réfugiés rwandais présents dans le pays. »

Le corps de Robert Kabera a été retrouvé décapité et portant d’autres blessures, selon le témoignage d’un proche et d’après une photographie et trois vidéos analysées par Human Rights Watch. Une photographie publiée par un média local le 18 octobre montre le corps nu décapité de Robert Kabera, avec du sang sur le sol autour de lui, dans une zone boisée. La police a annoncé que Robert Kabera avait été retrouvé mort dans une plantation d’eucalyptus le 17 octobre.

Des témoins ont fourni trois vidéos montrant le corps de Robert Kabera transféré d’un véhicule sur un chariot dans un hôpital. Un expert médico-légal a indiqué à Human Rights Watch qu’il était probable que Robert Kabera ait été mutilé après sa mort et que la position anormale de ses épaules visible sur les images et les marques de ligature sur ses poignets suggèrent que ses mains étaient liées dans le dos lorsqu’il est mort. D’après un document consulté par Human Rights Watch, la police ougandaise a demandé un examen médical post-mortem, dont les résultats ne sont pas encore disponibles.

Il existe de nombreuses raisons de considérer la mort de Robert Kabera comme suspecte, a déclaré Human Rights Watch, et notamment le fait qu’il était un détracteur virulent du gouvernement rwandais. Dans une vidéo publiée sur YouTube quelques jours avant sa mort, intitulée « Tuez-nous si vous voulez », il évoquait les crimes présumés du parti rwandais au pouvoir, ainsi que les menaces et les persécutions dont il avait fait l’objet depuis qu’il avait fui vers l’Ouganda.

Un proche a expliqué à Human Rights Watch qu’un homme parlant kinyarwanda, qui s’était présenté comme un opposant politique ayant besoin d’aide, s’était rendu sur le chantier avec Robert Kabera dans l’après-midi du 16 octobre. « [Kabera] m’a appelé vers 23 heures, et après cela, il n’a plus répondu au téléphone », a raconté le proche. « L’homme avec qui il était m’a donné un faux numéro pour l’appeler. Le lendemain, lorsque je n’ai pas réussi à joindre [Kabera], j’ai appelé ce numéro sans succès. »

Le 23 novembre 2020, un communiqué de presse du département des poursuites militaires des Forces rwandaises de défense a annoncé l’ouverture d’une enquête à l’encontre de Robert Kabera pour des « allégations de viol », et a affirmé que le crime avait été commis le 21 novembre 2020, soit deux jours après la date à laquelle Robert Kabera a indiqué avoir quitté le pays.

Dans un courrier adressé à Human Rights Watch en mai 2023, l’inspecteur général de la police ougandaise a confirmé que Robert Kabera avait obtenu l’asile en Ouganda sur la base de ses allégations de persécution politique, qu’il bénéficiait d’une protection supplémentaire de la part de la police et des forces de sécurité, et qu’il se trouvait dans les dernières étapes de sa réinstallation dans un pays tiers.

Robert Kabera a fait l’objet d’une arrestation et de multiples agressions physiques en Ouganda. Le 16 mai 2022, des dizaines de policiers et de militaires ougandais ont arrêté Robert Kabera à son domicile temporaire à Kampala, apparemment pour des accusations de trafic d’armes. « Ils allaient m’emmener pour me livrer au Rwanda comme un cadeau », a-t-il expliqué à Human Rights Watch en 2022. Il a finalement été placé en garde à vue. Robert Kabera a raconté que des agents de police ougandais l’ont battu et lui ont fracturé la cheville. Un témoin qui l’a vu après sa libération a confirmé cette blessure.

Robert Kabera a constaté, au cours de sa détention, la présence de responsables rwandais au poste de police, dont certains travaillent au haut-commissariat de Kampala. Robert Kabera a été libéré sous caution le 20 mai et a déménagé vers un nouvel endroit en Ouganda. Le mandat d’arrêt à son encontre a ensuite été annulé et son dossier a été classé.

À la fin du mois de juillet 2022, un groupe de jeunes hommes l’a agressé et lui a pris son téléphone. « Je ne pouvais pas me battre parce que j’étais toujours blessé suite au passage à tabac en détention », a-t-il raconté à Human Rights Watch. « Les hommes ont dit en kinyarwanda : “Nous savons où tu habites. Nous te ramènerons à la maison, tu vas voir.” » Robert Kabera a signalé l’incident à la police le 1er août 2022.

En octobre 2023, trois hommes l’ont agressé et lui ont dit : « Tu mens ; même si tu pars en Amérique, nous te retrouverons et nous te tuerons », d’après ses déclarations aux autorités, qui figurent dans un rapport consulté par Human Rights Watch.

Les autorités rwandaises ont ouvertement – et apparemment aussi en privé – inclus le nom de Robert Kabera dans les demandes d’expulsion d’opposants au gouvernement connus vers le Rwanda, déposées auprès des autorités ougandaises. Dans un communiqué de la police du 14 septembre 2021 examiné par Human Rights Watch et rédigé en réponse à une demande de protection, un fonctionnaire de la ville de Kampala a déclaré que Robert Kabera « a besoin d’une protection, car nous ne pouvons pas lui fournir la sécurité nécessaire », parce que « son pays fait publier des articles dans les journaux indiquant qu’il forme des terroristes (rebelles) ». Le fonctionnaire a demandé à l’agence des Nations Unies pour les réfugiés et au Norwegian Refugee Council de prendre des mesures pour assurer sa sécurité. Robert Kabera a été cité à plusieurs reprises dans des publications en ligne concernant des opposants en Ouganda qui critiquaient le gouvernement rwandais.

Il est tragique que, malgré les nombreux avertissements et la reconnaissance officielle par les forces de sécurité ougandaises et les Nations Unies des risques qu’il courait, Robert Kabera soit resté en Ouganda, exposé à des menaces et à des attaques, a déploré Human Rights Watch.

Le Rwanda et l’Ouganda sont tous deux des États parties à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi qu’au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui imposent l’obligation de garantir le droit à la vie (articles 4 et 6 respectivement). Ces traités prévoient une interdiction absolue de la privation arbitraire de la vie et une obligation stricte de mener une enquête indépendante, impartiale, rapide, transparente et approfondie sur les décès suspects, permettant d’établir les faits et d’identifier les responsables. Le fait de ne pas mener une telle enquête constitue en soi une violation du droit à la vie.

Dans un rapport de 2023, Human Rights Watch a montré que les autorités rwandaises et leurs intermédiaires utilisent la violence, les mécanismes judiciaires et l’intimidation pour faire taire les critiques émises par les Rwandais vivant dans le monde entier. Human Rights Watch a documenté des dizaines de meurtres, d’enlèvements ou de tentatives d’enlèvement, de disparitions forcées et d’agressions physiques visant des Rwandais installés à l’étranger.

L’Ouganda et les autres pays d’accueil devraient protéger les réfugiés et les demandeurs d’asile rwandais, renforcer la sécurité des personnes qui font état de menaces ou de violences, et mener des enquêtes approfondies sur tous les incidents signalés afin de garantir la responsabilisation.

Les agences des Nations Unies devraient renforcer les programmes existants de réinstallation des réfugiés en incluant des ressources pour faire face à la menace d’abus extraterritoriaux contre les réfugiés par des agents ou des mandataires des gouvernements des pays d’origine connus pour pratiquer de tels abus, y compris le Rwanda.

« Le meurtre violent de Robert Kabera rappelle la gravité des risques auxquels sont confrontés les réfugiés rwandais », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les gouvernements et les institutions régionales et internationales devraient demander des comptes au Rwanda pour ses violations des droits humains sur son territoire et à l’étranger. »

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