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Aidaliza Aquino spends most of her time indoors because of the daily flooding at the Pulo relocation site in Barangay Candelaria, Macabebe, Pampanga, Philippines, July 13, 2026.

Philippines : Un projet de contrôle des inondations bafoue les droits des habitants

Des habitants réinstallés dans la province de Pampanga y sont à nouveau confrontés à des inondations, ainsi qu’au manque de moyens de subsistance

Aidaliza Aquino, qui vivait sur l’île de Pulo dans la province de Pampanga aux Philippines, a dû quitter cette île, tout comme les autres habitants de Pulo, en raison des fréquentes inondations. Mais le site où les autorités provinciales ont réinstallé les habitants de Pulo se trouve dans une zone basse du quartier de Candelaria, à Macabebe, qui subit aussi des inondations. Aidaliza Aquino montrait la ruelle inondée devant son nouveau logement à Macabebe, le 13 juillet 2026.© 2026 Lian Buan/Human Rights Watch 

(Manille) – Les autorités philippines ont bafoué les droits des habitants qui ont été déplacés d’une petite île de la province de Pampanga dans le cadre d’un projet de contrôle des inondations, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; ces personnes ont été réinstallés sur un nouveau site qui subit lui-même des inondations chroniques, et offre peu d’opportunités relatives aux moyens de subsistance. 

En 2022, les autorités de Macabebe, dans la province de Pampanga, ont procédé à la réinstallation de 90 familles qui vivaient sur l’île de Pulo, située sur la rivière Pampanga, vers un quartier de Macabebe ; toutefois, elles l’ont fait sans consulter convenablement ces familles au préalable, ni leur fournir d’informations adéquates. Le site de leur réinstallation à Macabebe est une zone de faible altitude qui était autrefois un étang piscicole ; ce site est lui-même en proie à des inondations tout au long de l’année, ce qui entrave l’accès des habitants à divers services et à des possibilités d’’emploi. Bien que la communauté de Pulo ait souhaité rester unie, sur le nouveau site, certains membres sont depuis partis en raison des répercussions des inondations sur leur vie, et sur leurs moyens de subsistance.

« Les autorités philippines de Pampanga ont mis en danger la sécurité et les moyens de subsistance des habitants de l’île de Pulo en les relogeant dans une zone de faible altitude, dans le cadre d’un projet de contrôle des inondations mal conçu », a déclaré Lian Buan, chercheuse sur l’Asie du Sud-Est à Human Rights Watch. « Le gouvernement philippin devrait consulter cette communauté afin de trouver une meilleure solution, et veiller à ce que les futures réinstallations liés à des questions d’ inondation respectent les droits des personnes concernées. »

La province de Pampanga, située sur l’île de Luzon dans le nord des Philippines, subit les inondations les plus graves du pays, en raison des tempêtes, de l’élévation du niveau de la mer et de la capacité limitée des barrages ; cette situation risque de s’aggraver à mesure que le changement climatique s’accélère. De 2015 à 2025, les inondations et l’élévation du niveau de la mer ont déplacé 6,6 millions de personnes aux Philippines.

Le gouvernement philippin a adopté une politique nationale de déplacement de communautés, lié aux inondations, intitulé « Cadre politique national de réinstallations » (« National Resettlement Policy Framework », NRPF). Cependant, les autorités chargées du déplacement de la communauté de l’île de Pulo n’ont pas respecté les normes nationales ni internationales visant à protéger les droits des personnes concernées. Selon les Guide des Nations Unies sur la protection des personnes contre les catastrophes et les changements environnementaux grâce à la réinstallation planifiée, une telle réinstallation doit constituer une mesure de dernier recours visant à protéger la vie et la santé des habitants ; ces mesures doivent être précédées d’une consultation des communautés concernées, ou répondre à leur propre demande.

Entre juillet et août 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 35 personnes qui habitaient sur l’île de Pulo avant d’être réinstallées dans le quartier (« barangay ») de Candelaria, à Macabebe, dans la province de Pampanga, ainsi qu’avec neuf responsables locaux de Pampanga et des experts en changement climatique. Human Rights Watch a également analysé des images satellite de l’île de Pulo et du nouveau site à Macabebe, et a eu recours à la photogrammétrie (technique de mesure utilisant des photos prises sous divers angles) afin de déterminer la différence d’altitude entre le site de Macabebe et une digue située à proximité.

Entre 2020 et 2023, la municipalité de Pampanga et le ministère philippin des Travaux publics et des Routes (Department of Public Works and Highways, DPWH) ont procédé au dragage de l’île de Pulo et à la réinstallation de ses habitants. Human Rights Watch a constaté que cette réinstallation s’était toutefois déroulée sans consultation adéquate des habitants qui n’ont pas eu accès à des informations complètes, et sans aboutir à la sélection d’un nouveau site approprié. 

« Ils nous ont chassés [de l’île de Pulo] et nous ont placés dans cet endroit, où nous avons l’impression d’avoir été jetés comme des déchets », a déclaré une mère de deux enfants âgée de 48 ans.

Des ingénieurs du ministère des Travaux publics ont expliqué à Human Rights Watch que la défunte maire de Macabebe, Anette Balgan, avait demandé le dragage – c’est-à-dire l’excavation des sédiments, de la terre et d’autres matériaux – du lit de la rivière Pampanga, ainsi que la relocalisation de la communauté de Pulo. Le but était de supprimer la petite île de Pulo, afin d’augmenter la capacité d’écoulement de la rivière et de prévenir les inondations dans la région, renforçant ainsi la sécurité des habitants relogés et des communautés situées le long de la rivière. 

À partir de 2018, les responsables gouvernementaux ont organisé plusieurs réunions avec les familles concernées, dont certaines se sont déroulées en kapampangan, la langue locale. Aucun des habitants interrogés par Human Rights Watch n’a eu le sentiment d’avoir eu le choix concernant leur réinstallation.

Les membres de la communauté ont déclaré avoir été informés du lieu de relogement en 2021, et ont fait part de leurs inquiétudes quant à son adéquation lors de réunions avec les autorités. Le site de relogement se trouve en contrebas d’une digue, une crête surélevée construite parallèlement à la berge du fleuve pour empêcher les eaux de crue d’atteindre les zones résidentielles voisines. Une route longe le sommet de la digue à côté du site de relogement, et constitue la principale voie d’accès à la ville.

« Ils ne nous ont proposé aucune autre solution », a déclaré l’habitante âgée de 48 ans. « Il n’y avait pas d’autre choix. »

Les habitants de longue date ont déclaré s’être sentis contraints de déménager sans comprendre véritablement les raisons de cette décision, ni les modalités d’indemnisation et d’aide proposées.

Les habitants ont été contraints de démolir eux-mêmes leurs maisons pour percevoir une indemnisation. Beaucoup craignaient que, s’ils ne démolissaient pas leurs habitations assez rapidement, les fonds alloués ne s’épuisent, selon des rumeurs qui circulaient en l’absence d’informations officielles. Certains ont déclaré s’être sentis intimidés par les autorités.

« Le personnel sur place nous harcelait un peu aussi, en nous disant que nous étions obligés de partir, que nous n’avions pas le choix et qu’ils nous dénonceraient aux autorités supérieures », a déclaré un agriculteur de 57 ans.

Plusieurs familles qui vivaient sur l’île de Pulo sont apparentées, et souhaitaient rester ensemble. Les lignes directrices de l’ONU indiquent que toute réinstallation planifiée doit être « effectuée de manière à respecter et à maintenir la cohésion sociale, familiale et communautaire ainsi que les liens de parenté ».

Une masseuse de 44 ans a raconté qu’un responsable s’était mis en colère lorsqu’elle avait posé des questions sur l’adéquation du site de relogement : « L’ingénieur m’a pointée du doigt et m’a dit qu’ils avaient suivi des études d’ingénierie et qu’ils ne mettraient pas en jeu leur licence pour ce projet [s’il n’était pas adapté]. »

Les membres de la communauté ont indiqué qu’en réponse à leurs préoccupations, les autorités locales leur avaient assuré que le site serait surélevé au même niveau que la digue routière, afin de les protéger des inondations. Cependant, les travaux de remblayage n’ont jamais atteint cette hauteur, et le site reste en contrebas de la digue. Un ingénieur ayant travaillé sur le projet de relogement a expliqué que la conception de la digue routière ne permettait pas de surélever le site au même niveau.

Human Rights Watch s’est rendu sur le site de relogement du 12 au 14 juillet 2026, au début de la saison des pluies, période durant laquelle, à marée haute, l’eau atteignait une hauteur comprise entre les genoux et les cuisses. Human Rights Watch a observé des enfants pataugeant dans les eaux de crue, ainsi que des personnes âgées qui ne pouvaient pas quitter leur domicile tant que celui-ci était inondé. Les habitants, qui ont décrit des inondations similaires tout au long de l’année, devaient traverser à pied les zones inondées pour rejoindre la route près de la digue.

Le ministère philippin des Établissements humains et du Développement urbain, qui aurait normalement dû être impliqué dans ce projet de relogement, a déclaré à Human Rights Watch que, dans l’attente d’évaluations supplémentaires sur place, « les caractéristiques physiques du site signalées soulèvent des inquiétudes quant à son adéquation pour un logement permanent ».

En vertu du droit international des droits humains, les Philippines sont tenues de respecter, de protéger et de garantir les droits économiques, sociaux et culturels de chacun. Cela inclut la protection des personnes contre les risques raisonnablement prévisibles liés au changement climatique, notamment les inondations et autres impacts. La réinstallation des habitants de l’île de Pulo n’était pas conforme aux normes internationales telles qu’elles sont énoncées dans les lignes directrices des Nations Unies.

La Commission philippines des droits de l’homme a déclaré à Human Rights Watch que si le projet lui avait été soumis, elle aurait pu contribuer à garantir le respect de procédures fondées sur les droits. La commission a également indiqué qu’elle mènerait une enquête sur cette affaire.

« Les communautés philippines vivant dans des zones inondables subissent déjà les conséquences du changement climatique, et ne devraient pas avoir à souffrir davantage à cause de réinstallations mal gérées par le gouvernement », a conclu Lian Buan. « Les bailleurs de fonds qui soutiennent la réponse des Philippines aux effets du changement climatique devraient exhorter le gouvernement à s’assurer que chaque aspect d’une réinstallation respecte les normes internationales en matière de droits humains. »

Suite détaillée en anglais.

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