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Niger : La junte retire la nationalité à cinq autres opposants en exil

Cette nouvelle vague de répression renforce les inquiétudes concernant les droits humains dans un contexte de tensions politiques

L'ancien Premier ministre nigérien Ouhoumoudou Mahamadou s’exprimait lors d’un entretien avec des médias à Paris, le 1er août 2023, quelques jours après le coup d’État militaire mené au Niger le 26 juillet 2023.  © 2023 AP Photo/Christophe Ena

(Nairobi) – La junte du Niger a provisoirement déchu de leur nationalité cinq figures de l’opposition en exil, prolongeant ainsi une politique controversée de plus en plus utilisée à l’encontre des personnes qui critiquent les autorités militaires, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Le 17 septembre 2026, le général Abdourahamane Tiani, qui dirige la junte nigérienne depuis le coup d’État de juillet 2023, a signé un décret retirant la nationalité à cinq personnalités nigériennes de premier plan vivant en exil. Ce décret est basé sur une ordonnance de 2024 portant sur la création d’une base de données nationale sur le terrorisme, dont les critères d’inclusion sont trop larges et qui ne prévoit pas de garanties suffisantes en matière de procédure régulière, ni de voies de recours. Cet arrêté porte atteinte aux droits à la vie privée et à la protection des données, et accroît le risque d’apatridie. 

« Le recours par la junte nigérienne à une base de données sur le terrorisme pour priver des personnes de leur nationalité sans aucune garantie juridique significative soulève de graves préoccupations en matière de droits humains », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « La nationalité est un statut juridique fondamental, et non un privilège que les gouvernements peuvent retirer aux personnes pour des raisons politiques. »

Les cinq personnes concernées sont l’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou ; Amadou (dit Ange) Barou Chekaraou, Oumarou Moussa Ibrahim et Ousmane Abdoul Moumouni, tous anciens conseillers du président Mohamed Bazoum, qui a été renversé en 2023 et demeure détenu de manière arbitraire ; ainsi que Boubacar Seyni Souley, un activiste ayant critiqué la junte sur les réseaux sociaux.

Le décret du 17 septembre accuse ces cinq hommes de diverses infractions, notamment la « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public », l’« intelligence avec des puissances étrangères », la « diffamation par moyens de communications électroniques », la « participation à une entreprise de démoralisation de l’armée » et l’ « atteinte à la sûreté de l’État » 

Ce décret soulève des questions quant au respect du cadre juridique en vigueur au Niger. Le Code de la nationalité de 1984 ne prévoit pas de perte « provisoire » de la nationalité. Lorsqu’une mesure de déchéance de nationalité est décidée, la loi impose aux autorités d’en informer la personne concernée et de lui accorder un délai d’un mois pour présenter une défense écrite avant que la mesure ne soit publiée au Journal officiel. 

« Rien de tel [en matière de garanties procédurales] ne se produit ici », a déclaré dans un communiqué du 18 septembre l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), une coalition de groupes politiques d’opposition de la diaspora nigérienne, malienne et burkinabè prônant un retour à l’ordre constitutionnel. L’ADS a également souligné que le décret du 17 septembre prive des personnes de leur nationalité alors qu’elles font encore l’objet de poursuites, en violation de l’arrêté de 2024, qui stipule que la déchéance de nationalité ne peut être prononcée qu’après une condamnation.

Selon l’agence de presse nigérienne, cette dernière mesure de la junte porte à 25 le nombre de personnes provisoirement déchues de leur nationalité nigérienne en vertu de l’arrêté de 2024. En octobre 2024, la junte avait provisoirement déchu de leur nationalité neuf personnes liées à l’ancien président Bazoum. En juin, les autorités avaient révoqué la citoyenneté de Mariama Djibrine, une figure de l’opposition vivant en exil.  

Dans un communiqué publié le 19 septembre, le G25-Niger, une coalition d’opposition regroupant des organisations de la société civile et des médias formée en 2025, a déclaré que le décret de 2024 « est utilisé comme un outil de répression politique […] pour réprimer les opposants et autres voix dissidentes ».

Depuis son accession au pouvoir en 2023, la junte militaire du Niger a renforcé son régime autoritaire et a  consolidé d’importants pouvoirs étendus, affaiblissant systématiquement les institutions capables de demander des comptes aux autorités militaires. 

Au cours de la seule année écoulée, les autorités militaires ont dissous tous les partis politiques et plusieurs e syndicats indépendants, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, placé en détention des journalistes en vertu d’une loi sur la cybercriminalité, criminalisé les relations homosexuelles consenties, annoncé le retrait du Niger de la Cour pénale internationale, et prolongé la transition politique du pays, sans aucune feuille de route vers des élections démocratiques. Outre Mohamed Bazoum, la junte continue de détenir arbitrairement Moussa Tchangari, un éminent défenseur des droits humains. 

Les autorités ont également pris des mesures pour étouffer les critiques venant de l’étranger. En juin, le ministre des Affaires étrangères du Niger a ordonné aux missions diplomatiques de surveiller les critiques en ligne à l’encontre des autorités militaires, signe d’une observation croissante des discussions de la diaspora sur la situation politique et des droits humains dans le pays.

Le climat politique au Niger s’est considérablement tendu ces dernières semaines, a déclaré Human Rights Watch. Le 28 août, des soldats mutins ont attaqué une base militaire située à l’aéroport international de Niamey, la capitale du Niger, ainsi que le palais présidentiel, au cours d’un échange de tirs qui a duré plusieurs heures. Les mutins ont également brièvement pris le contrôle du siège de la télévision nationale publique, perturbant ainsi les diffusions. Le général Tiani a fait appel au Corps africain contrôlé par le gouvernement russe, dont l’intervention, notamment l’utilisation de drones armés, a aidé les forces loyalistes à réprimer la mutinerie.

Le Niger est un État partie à la Convention des Nations Unies sur la réduction des cas d’apatridie, qui interdit aux États de priver des personnes de leur nationalité lorsque cela les rendrait apatrides. Des collègues des cinq personnes concernées par le décret du 17 septembre ont indiqué qu’au moins quatre d’entre elles ne possèdent qu’un passeport nigérien.

Les personnes apatrides, ainsi que leurs familles, risquent d’être privées de protection juridique et sociale à l’étranger. Cela pourrait les empêcher de retourner au Niger, ce qui est pourtant leur droit en vertu du droit international relatif aux droits humains. 

« La junte nigérienne prive des opposants politiques présumés de leur nationalité sans procédure régulière significative, et ce en violation des obligations du Niger de prévenir l’apatridie et de protéger les droits fondamentaux », a conclu Ilaria Allegrozzi. « La junte devrait immédiatement abroger ce décret et suspendre l’utilisation de la base de données sur le terrorisme, qui se prête facilement à des abus. »

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