Le 14 septembre, un tribunal de lutte contre la cybercriminalité au Mali a condamné l’éminent journaliste Abdramane Keïta à deux ans prison sur la base de fausses accusations, dans la dernière attaque du gouvernement militaire contre la liberté des médias.
Les forces de sécurité ont arrêté Abdramane Keïta, directeur de publication du journal Le Témoin, le 9 juin à Bamako, la capitale du Mali, quelques jours après son observation dans une émission télévisée que le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans lié à Al-Qaïda (Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM ou GSIM) contrôlait la ville de Kidal dans le nord du pays. Le 25 avril, le GSIM et des combattants séparatistes alliés avaient lancé des attaques coordonnées à travers le Mali, tuant le ministre de la Défense et prenant le contrôle des plusieurs villes du nord, y compris Kidal. Les médias internationaux avaient largement rapporté que Kidal était tombée aux mains des groupes armés.
Le 9 juin, le Procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité inculpé Keïta de « délit à caractère régionaliste qui tend à porter atteinte à l'unité nationale et au crédit de l'État », et l’a placé en détention provisoire. Son procès a débuté le 17 août.
La veille de l'arrestation de Keïta, les autorités avaient arrêté un autre journaliste, Chahana Takiou, rédacteur en chef de l’hebdomadaire 22 Septembre, après qu'il eut publiquement critiqué les autorités pour avoir poursuivi un confrère, Youssouf Sissoko, en vertu d'une loi sur la cybercriminalité. Le 3 août, le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a condamné Takiou à un an de prison.
Les poursuites judiciaires contre Keïta reflètent un schéma plus large au Mali, où les autorités militaires ont cherché à faire taire les journalistes, les défenseurs des droits humains et les figures de l'opposition pour leurs critiques et leur dissidence publiques. Depuis le coup d'État de 2020, la junte dirigée par le général Assimi Goita a progressivement restreint les droits fondamentaux, notamment par le bais de l'interdiction et la suspension de médias, la dissolution d'associations de la société civile, la fin du multipartisme et la détention arbitraire ou la disparition forcée de ceux qui la critiquent.
Le cas de Keïta n'est que le dernier assaut contre la liberté des médias au Mali, et exacerbe une atmosphère oppressive où les journalistes sont obligés de fuir le pays ou d'autocensurer leurs reportages. Sa condamnation et sa peine de prison affaiblissent davantage l'accès du public à une information critique et indépendante. Les autorités devraient immédiatement et sans condition libérer Keïta et Takiou, annuler leurs condamnations et permettre à tous les journalistes d'exercer sans crainte leur droit à la liberté d'expression.