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L’Algérie s’en prend aux voix critiques dans la diaspora

Les efforts visant à briser le mouvement protestataire national touche aussi les Algériens à l’étranger

Des Algériens manifestent à Alger pour marquer le deuxième anniversaire du mouvement Hirak, le 22 février 2021. © 2021 AP Photo/Toufik Doudou

Comparée aux praticiens les plus éhontés de la chasse aux opposants politiques à l’étranger – l’Arabie saoudite, par exemple, qui avait fait démembrer le journaliste Jamal Khashoggi – l’Algérie semble discrète.

Mais des activistes de la diaspora algérienne vivent dans la peur, après plusieurs affaires qui témoignent de la volonté du gouvernement de briser le mouvement de protestation pacifique actif depuis trois ans dans le pays et connu sous le nom de « Hirak ».

Le 24 mars, l’Espagne a émis un ordre d’expulsion à l’encontre de l’ancien caporal de l’armée algérienne Mohamed Benhalima, expulsé par avion le même jour en Algérie, qui aurait émis un mandat d’arrêt international à son encontre. Benhalima avait fui en Espagne en 2019 par crainte de représailles, avait-il expliqué, après avoir participé aux manifestations massives du Hirak. En Europe, Benhalima animait une chaîne YouTube dénonçant les responsables militaires.

L’Espagne a rejeté à deux reprises la demande d’asile de Benhalima avant de l’expulser en Algérie, bien que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ait exhorté Madrid à tenir compte du risque crédible de torture et de la criminalisation de l’opposition pacifique en Algérie. L’avocat de Benhalima en Espagne a fait appel de l’ordre d’expulsion.

À son arrivée, les autorités algériennes ont rapidement emprisonné Benhalima, jugé pour avoir diffusé de « fausses informations » portant atteinte à « l’intégrité territoriale », des accusations que les autorités ont régulièrement invoquées pour emprisonner plusieurs des centaines de militants du Hirak actuellement emprisonnés ou qui l’ont été par le passé.

Un tribunal avait déjà condamné Benhalima à 10 ans de prison par contumace pour ces délits. Un autre l’aurait condamné à mort par contumace, pour espionnage et désertion.

Slimane Bouhafs était un réfugié reconnu par l’ONU en Tunisie. Il avait quitté l’Algérie après avoir purgé 18 mois d’une peine de prison pour « insulte à l’islam ». Converti au christianisme, Bouhafs défendait les droits de la population kabyle (berbère) d’Algérie. Le 25 août 2021, des témoins ont déclaré avoir vu des hommes en civil l’enlever de son domicile à Tunis. Quatre jours plus tard, il est réapparu en garde à vue à Alger.

Ni les autorités tunisiennes ni les autorités algériennes n’ont revendiqué la responsabilité du transfert de Bouhafs en Algérie. L’engagement du président tunisien Kais Saïed concernant l’ouverture d’une enquête sur cette affaire est resté sans suite. Les autorités algériennes, quant à elles, affirment l’avoir arrêté en Algérie. Bouhafs est en prison, en attente de son procès pour des accusations liées au terrorisme. 

En 2021, l’Algérie a élargi la définition du terrorisme figurant à l’article 87 bis de son code pénal pour y inclure tout effort visant « à accéder au pouvoir ou à changer le système de gouvernance par des moyens non constitutionnels », une définition large que les autorités invoquent pour poursuivre des opposants non violents, comme récemment le journaliste pro-Hirak Ihsane El Kadi.

Cette année, au moins trois binationaux algéro-canadiens ont été arbitrairement empêchés de prendre des vols pour le Canada et interrogés sur leurs liens avec le Hirak. Deux d’entre eux ont été autorisés à repartir, trois mois après leurs premières tentatives.

Le message est clair : les Algériens qui prennent publiquement la parole doivent être prudents, où qu’ils vivent.

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