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Persécution anti-LGBT au Salvador, au Guatemala et au Honduras

Les obstacles à l’asile aux États-Unis privent ces personnes d’un accès à une vie plus sûre

(Washington) – Les gouvernements d’El Salvador, du Guatemala et du Honduras échouent à lutter efficacement contre la violence et la discrimination profondes à l’encontre des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT), poussant nombre d’entre elles à demander l’asile aux États-Unis, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public aujourd’hui. Pourtant, les politiques de l’administration Trump ont rendu pratiquement impossible l’accès à l’asile pour ces personnes.

Le rapport de 152 pages, intitulé « ‘Every Day I Live in Fear’: Violence and Discrimination against LGBT People in El Salvador, Guatemala, and Honduras, and Obstacles to Asylum in the United States » (« ‘‘Chaque jour, je vis dans la peur’’ : Violence et discrimination à l’encontre des personnes LGBT au Salvador, au Guatemala et au Honduras, et les obstacles pour obtenir l’asile aux États-Unis »), documente la violence que subissent les personnes LGBT dans ces trois pays qui constituent la région du « Triangle du Nord » (« Triángulo Norte ») de l’Amérique centrale. Ces violences sont infligées par des gangs, par des responsables de l’application des lois et même par les propres familles des personnes LGBT. Human Rights Watch a constaté que les gouvernements concernés ne parviennent pas à les protéger adéquatement contre la violence et la discrimination, et qu’elles se heurtent à des obstacles majeurs dans leurs démarches pour obtenir l’asile aux États-Unis.

« Les personnes LGBT vivant dans le Triangle du Nord sont confrontées à des seuils élevés de violence que leurs propres gouvernements semblent incapables ou peu disposés à juguler », a constaté Neela Ghoshal, chercheuse senior auprès de la division LGBT de Human Rights Watch. « Pour certaines personnes LGBT de la région, demander l’asile aux États-Unis est le seul espoir de sécurité, que l’administration Trump a fait voler en éclats à plusieurs occasions. »

Human Rights Watch a interrogé 116 personnes LGBT dans les trois pays. Certains ont décrit des actes de violence commis par des membres de leur famille, qui les ont poussés à fuir leur domicile dès l’âge de 8 ans, d’autres les brimades et la discrimination qui les ont forcés à quitter l’école. Beaucoup ont déclaré que le rejet de la famille et la discrimination conduisaient à la marginalisation économique, en particulier pour les femmes trans, et que la pauvreté était susceptible d’accroître le risque de violence.

Les personnes LGBT sont parfois confrontées à la violence et à la discrimination de la part même des agents d’application des lois qui sont chargés de les protéger. Carlos G., un réfugié gay qui s’est rendu aux États-Unis depuis le Honduras en 2018, a déclaré que des membres de gangs dans son pays d’origine lui avaient tiré dessus en lui criant : « Aujourd’hui, tu vas mourir, pédé ! ». Il a eu peur de signaler l’incident à la police, qui l’avait auparavant harcelé en raison de son orientation sexuelle et exigeait de lui des faveurs sexuelles. Carlitos B., une personne non binaire originaire du Guatemala, a pris la fuite après que leur frère l’a agressé et menacé de viol. Lorsque Carlitos s’est présenté à la police, ils se sont moqués de sa non-binarité assumée.

Pricila P., une femme trans originaire du Salvador, a déclaré que la police l’avait forcée à descendre d’un bus avant de la rouer de coups. « Un des policiers a attrapé mes testicules et les a serrés », a-t-elle témoigné. « Il m’a dit : ‘‘Vous réalisez que vous êtes un homme parce que vous ressentez de la douleur’’. Il m’a que je deviendrais un homme par la force. » Pricila a fui aux États-Unis en 2019, après avoir été agressée par des gangs, qui avaient enlevé son amie gay, la prévenant qu’elle serait la prochaine.

Au cours des 10 dernières années, le Honduras et El Salvador ont tous deux adopté une législation sur les crimes de haine, mais aucun des deux pays n’a prononcé de condamnation en vertu de ce chef d’inculpation. Dans une décision historique rendue en juillet 2020, un tribunal d’El Salvador a condamné trois policiers jugés pour le meurtre de Camila Díaz, une femme trans expulsée du pays en 2018 après avoir tenté de demander protection aux États-Unis, mais un juge a annulé la charge de crimes de haine retenue contre eux.

Aucun des trois pays ne dispose de protections civiles complètes contre la discrimination, a constaté Human Rights Watch. Alors que le Honduras interdit la discrimination en matière d’emploi fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre, des militants ont déclaré n’avoir eu connaissance d’aucun cas dans lequel cette législation aurait été appliquée. Au Guatemala, un projet de loi à l’étude sur la protection de la vie et de la famille pourrait être invoqué pour justifier un refus discriminatoire de fournir des services au nom de la « liberté de conscience ».

Face à la persécution à laquelle de nombreux LGBT sont confrontés dans le Triangle du Nord, le gouvernement américain devrait rigoureusement protéger leur capacité à entrer en toute sécurité aux États-Unis et à y demander l’asile. En lieu et place, il leur a progressivement fermé les portes en adoptant une série de politiques qui restreignent l’accès à l’asile et interprètent étroitement la définition du terme de réfugié, de manière à exclure les LGBT des protections antérieures.

En mars 2020, Washington a totalement fermé ses frontières terrestres aux demandeurs d’asile en invoquant la pandémie de Covid-19, les abandonnant aux persécutions dans leur pays d’origine ou au Mexique, où ils sont restés bloqués. En juin, les départements américains de la Justice et de la Sécurité intérieure ont proposé une modification réglementaire majeure du système d’asile américain, de manière à restreindre considérablement la possibilité pour les personnes LGBT d’obtenir l’asile en interdisant qu’une telle demande soit produite sur la base du « genre ». En septembre, le département de la Justice a réglementé plus étroitement encore l’accès à l’asile, en réduisant les délais de dépôt de demandes d’asile et en permettant aux juges de l’immigration de verser aux dossiers leurs propres preuves, même si elles reflètent des préjugés tels que l’hostilité aux LGBT.

Ces politiques faisaient suite à d’autres mesures draconiennes prises par l’administration Trump pour empêcher les demandeurs de rallier les États-Unis et limiter leur accès à l’asile, y compris la séparation des familles ; la détention prolongée ; le programme « Rester au Mexique » ; un processus d’examen accéléré limitant les contacts demandeurs d’asile avec les avocats ; une tentative de rejeter les demandeurs ayant transité par des pays tiers avant leur arrivée à la frontière américaine; et une politique de transfert des demandeurs salvadoriens et honduriens vers le Guatemala, où ils ne bénéficient pas de protection efficace. Parmi les demandeurs d’asile concernés par toutes ces mesures, il y a des personnes LGBT, qui peuvent être particulièrement exposées à la violence et à la discrimination dans le nord du Mexique.

« Les gouvernements du Salvador, du Guatemala et du Honduras doivent endiguer la violence anti-LGBT endémique dans ces trois pays et veiller à ce que leurs lois et politiques protègent les personnes LGBT de la persécution, y compris celle exercée par la police », a conclu Neela Ghoshal. « Tant que les LGBT continueront, dans leur pays d’origine, de subir des menaces à leur vie et à leur sécurité en raison de leur identité, les États-Unis devraient les accueillir à bras ouverts, au lieu de leur fermer la porte au nez. »

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Reuters (ang)

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