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Liban : Des mesures de lutte contre le COVID-19 exposent les réfugiés à des risques

Les mesures discriminatoires font du tort aux réfugiés syriens, mais aussi aux citoyens libanais

Des réfugiés syriens photographiés aux fenêtres d'un immeuble vide qui était en cours de construction à Saïda dans le sud du Liban, le 17 mars 2020, deux jours après la déclaration d’un « état d'urgence sanitaire » dans le pays pour faire face à la pandémie de COVID-19. © 2020 Mahmoud Zayyat/AFP via Getty Images

(Beyrouth, le 2 avril 2020) - Au moins 21 municipalités libanaises ont imposé aux réfugiés syriens des restrictions discriminatoires dans le cadre de leurs efforts pour lutter contre le COVID-19, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. De telles mesures réduisent l’efficacité de la politique globale de santé publique au Liban. Des réfugiés syriens ont en outre fait part de leurs préoccupations concernant la difficulté d’obtenir des soins de santé, ou même des informations sur les moyens de se protéger contre le virus.

Début mars 2020, plusieurs municipalités, citant des préoccupations liées au COVID-19, ont mis en place des mesures de « couvre-feu » qui restreignent la circulation des réfugiés syriens durant certaines périodes de la journée ou de la nuit. Fin mars, le gouvernement a instauré une telle mesure a l’échelle nationale, mais les restrictions imposées par les municipalités aux réfugiés syriens vont au-delà de celles que le gouvernement a imposées à l’ensemble de la population.

« Rien ne prouve que des mesures de couvre-feu plus restrictives imposées aux réfugiés syriens aideront à limiter la propagation du COVID-19 », a déclaré Nadia Hardman, chercheuse et chargée de plaidoyer auprès de la division Droits des réfugiés à Human Rights Watch. « Le coronavirus n’agit pas de manière discriminatoire, et pour limiter sa propagation au Liban, il faut s'assurer que chacun puisse accéder aux centres de dépistage et de traitement. »

Au 1er avril, le ministère libanais de la Santé avait enregistré 479 cas de COVID-19, dont 14 décès, sans aucun cas confirmé de COVID-19 parmi les réfugiés syriens.

Le 15 mars, le président Michel Aoun a annoncé l’instauration d’un « état d'urgence sanitaire » exigeant la fermeture de toutes les institutions publiques et privées non essentielles. Seules les établissements répondant à des besoins vitaux - comme les boulangeries, les pharmacies, les supermarchés et les banques - pouvaient rester ouverts.

Le 21 mars, le Premier ministre Hassan Diab a appelé les résidents à observer un « couvre-feu auto-imposé ». Le 26 mars, le gouvernement a renforcé cette directive et a annoncé un confinement obligatoire - à quelques exceptions près - entre 19 heures et 5 heures du matin.

Précédemment, trois municipalités avaient annoncé des mesures visant spécifiquement les réfugiés syriens. Le 16 mars, la municipalité de Kfarhabou (nord du Liban) a annoncé un « couvre-feu » imposé aux réfugiés syriens entre 15 heures et 7 heures du matin. Le 18 mars, la municipalité de Brital (district de Baalbek) a décrété que pour « empêcher l'aggravation et la propagation du COVID-19 », les réfugiés syriens ne seraient autorisés à se déplacer qu'entre 9 heures et 13 heures, uniquement pour des tâches « essentielles » comme aller dans une pharmacie ou un magasin d’alimentation. Le 19 mars, la municipalité de Darbaashtar (nord du Liban), a « interdit » aux réfugiés syriens de quitter leur lieu de résidence ou d’y recevoir des visiteurs, sans aucune exception. Dans ces trois cas, les seules restrictions imposées aux autres résidents libanais étaient des restrictions générales à la circulation, sauf en cas d'urgence.

Au moins 18 municipalités de la vallée de la Bekaa, où vivent près d'un tiers de tous les réfugiés syriens au Liban, ont imposé des restrictions semblables à leur égard.

De telles mesures discriminatoires à l'encontre des réfugiés ne sont pas nouvelles. En octobre 2014, 45 municipalités avaient pris de telles mesures, et en janvier 2020, 330 municipalités avaient émis des ordonnances dans ce sens.

Cependant, en vertu du droit international relatif aux droits humains, les autorités ont l’obligation de permettre aux réfugiés d’obtenir des soins de santé, y compris dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

Le ministre libanais de la Santé Hamad Hassan a déclaré que cette responsabilité devrait être partagée par le gouvernement libanais et par les agences des Nations Unies, et a critiqué la communauté internationale pour sa lenteur à réagir à la crise du COVID-19.

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) fournit déjà une aide aux réfugiés syriens au Liban, en menant des campagnes de sensibilisation, en distribuant des produits d'hygiène et en subventionnant une partie des coûts des soins médicaux de base.

Communiqué complet en anglais :

www.hrw.org/news/2020/04/02/lebanon-refugees-risk-covid-19-response

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Articles

Boursorama/AFP     LibnaNews   L’Opinion (Maroc)

La Croix

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