Un manifestant ramasse une grenade lacrymogène lors d'une charge de police, le 8 décembre 2019 sur les Champs Elysées, à Paris.

© 2018 Kartik Raj/Human Rights Watch

Cette semaine, le ministre de l’Intérieur français, Christophe Castaner a annoncé que les forces de l’ordre du pays cesseraient d’employer la grenade lacrymogène controversée GLI-F4. Cette mesure était attendue depuis longtemps mais ne répond pas aux graves inquiétudes que suscitent d’autres armes utilisées par la police française dans le contrôle des foules.

En décembre 2018, Human Rights Watch a documenté les blessures causées par des armes utilisées par la police lors des mobilisations des « gilets jaunes » en France ainsi que de manifestations lycéennes distinctes, notamment à des personnes qui ont eu les membres brûlés ou mutilés par l’emploi supposé de grenades lacrymogènes instantanées GLI-F4, contenant 25 grammes de puissant explosif. Notre rapport documentait également des cas où des personnes avaient été touchées et blessées par des tirs de projectiles en caoutchouc en forme de balles (communément appelés « flashballs » d’après la marque d’un des fabricants) et par l’emploi disproportionné de sprays chimiques et de grenades anti-émeutes de type « stingballs ». Amnesty International a documenté des violations similaires et le Défenseur des droits français a appelé à plusieurs reprises à cesser d’utiliser certaines de ces armes ou à revoir les directives quant à leur utilisation.

De nombreuses protestations et manifestations ont récemment eu lieu en France – au sujet du code du travail, de réductions en matière de protection sociale, et d’une réforme des retraites introduite par le gouvernement – et il semble qu’elles soient parties pour continuer en 2020.

La majorité des manifestations ont été pacifiques, mais certains manifestants ont commis des violences, notamment contre les agents de police, et détruit des biens. Toutefois, la police française a eu trop facilement recours à une force excessive, notamment en employant ces armes. Les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois, le manuel de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne et le code de déontologie de la police française stipulent tous que l’usage de la force, notamment des armes non létales, n’est légitime que lorsqu’il est nécessaire et proportionné.

Le retrait de la grenade GLI-F4 est le résultat de la pression publique continue exercées par les ONG et des journalistes ainsi que de celle résultant des plaintes déposées par des avocats représentant des personnes blessées par ces armes lors des manifestations. Cette décision devrait réduire les risques de brûlures et de mutilations, infligées en particulier au niveau des mains et des pieds. Seul le temps nous dira comment sa remplaçante, la grenade lacrymogène sans explosif GM2L, jouera sur la réponse de la police anti-émeutes française lors des manifestations.

Chaque dose de 25 g d’explosif retirée de l’équation brûlante de la police affrontant les manifestants est une bonne chose. Mais la mise en œuvre d’une approche véritablement axée sur les droits humains en matière de maintien de l’ordre lors des manifestations, exige de revoir la tactique et la formation de la police, et de mettre fin à l’utilisation de davantage de ces armes.

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