Le Président français Emmanuel Macron (à gauche) et le Président tadjik Emomalii Rhamon.

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La dernière fois que le président du Tadjikistan Emomalii Rahmon est venu en France, il a serré la main de son homologue d’alors, Jacques Chirac, à Paris. C’était en 2002. Le Président Rahmon est de loin le plus ancien dirigeant en exercice d’Asie centrale, et fait régner un climat brutal en matière de droits humains au Tadjikistan. Emmanuel Macron s’apprête à l’accueillir ce vendredi, en France.

La présidence d’Emomalii Rahmon, longue de plusieurs décennies, depuis 1992, a été marquée par une répression cruelle qui s’est encore aggravée ces dernières années. Depuis 2015, date à laquelle le gouvernement a interdit le dernier parti d'opposition toléré au Tadjikistan, des centaines de militants politiques et de journalistes ont été condamnés à des peines de prison extrêmement longues, à l'issue de procès ne respectant pas les normes minimales et entachés d’accusations de torture.

Les 28 années d’emprisonnement de Buzurgmher Yorov, avocat poursuivi pour avoir défendu des personnes issues de l’opposition, sont emblématiques de la stratégie du Président Rahmon visant à faire taire les voix dissidentes. Au moins 150 opposants sont derrière les barreaux ; beaucoup d'autres n’ont eu d'autre choix que de quitter le pays.

Ceux qui ont choisi l’exil n’ont pas trouvé la sécurité. Les services de sécurité tadjiks sont connus pour recourir abusivement aux demandes d'extradition adressées par INTERPOL, l’organisation internationale de police, dans le but d’amener les gouvernements à leur livrer les opposants politiques se trouvant à l'étranger. Dans certains cas, les gouvernements, en violation de leurs propres obligations en matière de droits humains, ont renvoyé de force des opposants ; dans d'autres, ces derniers ont tout bonnement été enlevés et sont réapparus en détention au Tadjikistan.

La torture en détention est généralisée. Rien qu’au cours de l'année écoulée, au moins 60 détenus sont morts à la suite de deux violentes émeutes dans des prisons et d’une prétendue intoxication alimentaire. Dans les trois cas, les circonstances réelles restent floues et les autorités tadjikes ont refusé toute enquête.

Emomalii Rahmon sollicitera certainement le soutien politique et économique de la France. Mais Emmanuel Macron doit rester fidèle à ses principes et interpeller publiquement le Président Rahmon au sujet de sa politique brutale. Il devrait le pousser à libérer l’avocat Buzurgmher Yorov et les autres personnes dont les cas ont été soulevés par les instances des Nations Unies en matière de droits humains, à cesser le harcèlement des opposants en exil et à faire la lumière sur cette importante vague de morts en détention.

Le Tadjikistan est un pays où le pouvoir se concentre entre les mains d’un seul homme. Le Président Macron ne devrait pas manquer cette occasion de faire savoir au Président Rahmon que le resserrement des liens avec la France et l’Union européenne dépendra de la fin de la répression qu’il a orchestrée.

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