Des manifestants rassemblés dans une rue de la capitale de la Guinée, Conakry, le 24 octobre 2019.

© 2019 AP Photo/Youssouf Bah
 

Le gouvernement guinéen devrait s’assurer qu’une enquête indépendante soit promptement ouverte après la mort de trois personnes qui auraient été tuées par balles cette semaine lors d’affrontements avec les forces de sécurité. Ces meurtres présumés auraient été commis le 4 novembre lors d’une procession funéraire à la mémoire de personnes tuées lors d’une précédente vague de manifestations anti-gouvernementales. Une coalition d’organisations de la société civile et de partis d’opposition a affirmé que trois personnes avaient été tuées, tandis qu’un porte-parole de la police a reconnu un bilan d’au moins deux morts. La coalition prévoit une nouvelle manifestation de grande ampleur le 7 novembre.

Au cours du mois dernier, le gouvernement guinéen a intensifié sa répression des opposants à l’adoption d’une nouvelle constitution qui permettrait au chef de l’État, Alpha Condé, de briguer un troisième mandat à la tête du pays à l’occasion de l’élection présidentielle de 2020. Les autorités ont arrêté et emprisonné 6 personnalités en vue de la société civile qui avaient pris la tête du mouvement de protestation contre la nouvelle constitution.

Après avoir violemment dispersé plusieurs manifestations contre la nouvelle constitution plus tôt dans l’année, le gouvernement a finalement autorisé une manifestation de l’opposition le 24 octobre. Cette manifestation – la première grande manifestation publique autorisée par le gouvernement depuis juillet 2018 – a été dans une large mesure pacifique. Des partisans du gouvernement ont organisé leur propre manifestation le 31 octobre.

Les événements du 4 novembre illustrent le risque que de nouveaux affrontements éclatent entre les forces de sécurité et les manifestants. Des journalistes et des témoins ont décrit comment certains participants à la procession funéraire avaient lancé des pierres et d’autres projectiles et les forces de sécurité avaient tiré des cartouches de gaz lacrymogène et, parfois, ouvert le feu à balles réelles. Un journaliste a affirmé avoir entendu un gendarme dire : « nous allons tous vous tuer », alors que les forces de sécurité poursuivaient les manifestants dans les quartiers avoisinants.

La procession funèbre était destinée à commémorer les 11 manifestants présumés tués par balles par les forces de sécurité, lors de trois journées de manifestations contre une nouvelle constitution qui avaient débuté le 14 octobre. Ce jour-là, un gendarme avait également été tué par des manifestants.

Human Rights Watch a documenté abondamment le recours par la police et les gendarmes aux armes à feu et leur utilisation excessive de la force létale lorsqu’ils contrôlent des manifestations, ainsi que leurs passages à tabac de manifestants, leur corruption et d’autres formes de criminalité de leur part. Les membres des forces de sécurité ne font pratiquement jamais l’objet d’enquêtes ou de poursuites judiciaires pour leur rôle présumé dans des décès de manifestants.

Human Rights Watch exhorte le gouvernement guinéen à remettre en liberté les six dirigeants de la société civile; à faire en sorte que le comportement des forces de sécurité face aux manifestations soit conforme aux Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois; et à créer une unité judiciaire spéciale pour enquêter sur les décès survenus lors de manifestations.

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