Des manifestants scandent des slogans contre le gouvernement du président égyptien al-Sissi lors d’un grand rassemblement au  Caire, le 21 septembre 2019.

© AP 2019 Photo/Nariman El-Mofty

Les forces de sécurité égyptiennes ont réagi à maintes reprises à des manifestations pacifiques par une répression brutale. Les rares manifestations de ce week-end ont été accueillies par des gaz lacrymogènes, des tirs à balles réelles et marquées par des arrestations massives. Des avocats du Caire évoquent des centaines de détenus, dont des femmes et des enfants, placés pendant le week-end dans les bases des Forces de la sécurité centrale, des centres de détention illégaux. Nombre d’entre eux sont accusés de terrorisme, un sort désormais fréquent sous le gouvernement du Président al-Sissi, qui cherche à criminaliser la dissidence pacifique, souvent en qualifiant les dissidents de terroristes et en les condamnant à de longues peines de prison.

Depuis 2013, le gouvernement d’al-Sissi a bafoué tous les droits fondamentaux. Après sept ans d’oppression, de nombreux Égyptiens réclament maintenant dignité, égalité et liberté. Le gouvernement d'al-Sissi se rendra-t-il enfin compte que l'oppression n’éteindra pas les droits des Egyptiens ? 

Non seulement des centaines de manifestants auraient été arrêtés, mais les forces de sécurité auraient également arrêté des avocats qui tentaient de venir en aide aux détenus, ainsi que des journalistes ou des citoyens qui filmaient la répression. Les autorités ont pris des mesures pour bloquer les sites d'information, notamment la BBC en arabe et la chaîne Al-Hurra TV, financée par les États-Unis, ainsi que pour interrompre les réseaux Internet utilisés par les manifestants, notamment Facebook Live et des applications de messagerie instantanée. Pendant ce temps, les médias locaux – en grande partie contrôlés par les agences de renseignement égyptiennes – déploient leurs tactiques habituelles : réfuter les protestations, menacer d'utiliser la vidéosurveillance pour traquer les manifestants et les arrêter, diffuser de fausses informations et mettre en garde les médias étrangers pour leur manque de « professionnalisme ».

On peut légitimement redouter que les forces de sécurité égyptiennes utilisent une force excessive, y compris en recourant à des armes létales contre les manifestants, compte tenu des massacres qu’elles ont récemment perpétrés et qui sont restés impunis.

Alors qu’al-Sissi s’adresse à l’Assemblée Générale des Nations Unies cette semaine et que l’examen de la situation des droits humains en Égypte a lieu au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en novembre, les partenaires de l’Égypte – en particulier les pays occidentaux – devraient envoyer le message le plus clair possible que les abus ne sont pas tolérés et qu’ils ne participeront pas à l’oppression des manifestants, notamment en vendant des armes pouvant être utilisées dans la répression. Des experts ont identifié, dans des vidéos tournées par des citoyens, que des armements occidentaux, dont des camions de sécurité de fabrication française, étaient utilisées par les forces de sécurité dans la répression brutale des manifestations.

Al-Sissi devrait ordonner à son gouvernement de respecter les revendications et les droits des manifestants et d’arrêter de s’en prendre violemment à la contestation pacifique. A défaut de quoi, les alliés de l'Égypte devraient dénoncer publiquement ces violations et cesser d'alimenter l’appareil répressif égyptien. Il est plus que temps de s’élever contre les abus du gouvernement al-Sissi.

 
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