États-Unis : Dangers liés à l'industrie de la viande

(Vidéo, sous-titres via cc) – Les personnes qui travaillent dans l’industrie de la viande aux États-Unis sont exposées à des risques sécuritaires comme la perte de doigts ou des brulures. Au lieu d’assouplir les règlementations pour cette industrie, l’administration Trump devrait les raffermir.

Les politiques de l’administration Trump menacent de détériorer les conditions déjà dangereuses des travailleurs et travailleuses du secteur du conditionnement de la viande aux États-Unis, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. L’administration Trump est en train de réduire la surveillance des producteurs de poulets, de porcs et de bœufs et de lever les limites sur les vitesses de production.

Le rapport de 100 pages, intitulé « When We’re Dead and Buried, Our Bones Will Keep Hurting’: Workers’ Rights Under Threat in US Meat and Poultry Plants » (« “Lorsque nous serons morts et enterrés, nos os continueront de pourrir” : Les droits des travailleurs menacés dans les usines de viande et de volaille ») décrit les taux élevés très préoccupants de blessures graves et de maladies chroniques chez les travailleur.euse.s des usines d’abattage et de transformation des poulets, des porcs et des bœufs. Human Rights Watch a interrogé des travailleurs et travailleuses qui ont fait état de blessures ou de maladies graves liées au travail et presque toutes les personnes interrogées ont identifié la vitesse de production comme le facteur qui a rendu leur travail dangereux.

« Les travailleurs et travailleuses du secteur de la viande et de la volaille aux États-Unis subissent une pression intense pour maintenir le rythme de production, ce qui crée un risque de blessures traumatiques et de maladies invalidantes », a expliqué Matt McConnell, titulaire d’une bourse de recherche au sein de la division Entreprises et droits humains et du programme États-Unis à Human Rights Watch. « En donnant aux entreprises le feu vert pour accélérer leur production, le gouvernement américain met en jeu la santé des travailleurs. »

L'industrie du conditionnement de la viande aux États-Unis s'apparente de plus en plus à une course contre la montre.

© 2019 Brian Stauffer pour Human Rights Watch

L’abattage des animaux et la transformation de la viande constituent un travail difficile par nature et les centaines de milliers de femmes et d’hommes qui tuent, coupent, désossent et conditionnent la viande produite aux États-Unis connaissent des taux parmi les plus élevés d’accidents et de maladies professionnelles dans le pays. Mais le gouvernement américain est en train de diminuer la surveillance dans le secteur. Cela intervient alors que depuis des décennies le gouvernement n’est pas parvenu à instaurer des normes nationales de santé et de sécurité sur le lieu de travail qui réglementeraient les pratiques dans le secteur et amélioreraient la protection des travailleurs.

Human Rights Watch a interrogé 49 personnes travaillant ou ayant travaillé dans des usines d’abattage et de transformation de poulets, de porcs et de bœufs dans plusieurs États américains, ainsi que plus de 50 leaders de communautés et de travailleurs, représentants de syndicats, avocats, chercheurs universitaires, experts sur la santé et la sécurité au travail, et anciens responsables du gouvernement. Human Rights Watch a aussi étudié de nombreuses sources d'information secondaires, y compris des rapports d’organisations non gouvernementales et d’investigateurs fédéraux, ainsi que des études du gouvernement et d’universités, des données du gouvernement disponibles au public et la littérature médicale.

Human Rights Watch a interrogé des travailleurs et travailleuses qui ont déclaré être sous pression pour accomplir leurs tâches à des cadences qui les exposent à un risque de blessure grave, potentiellement mortelle, même dans des usines qui ne fonctionnent pas aux vitesses les plus rapides autorisées.

« Nous sommes déjà passés du seuil d’épuisement au seuil de douleur » a indiqué Ignacio Davalos, travailleur dans une usine de porcs dans le Nebraska. « Lorsque nous serons morts et enterrés, nos os nous feront encore souffrir. »

Sous l’administration Trump, le gouvernement étend le nombre d’entreprises d’élevage de volaille qui peuvent accélérer la vitesse d’abattage, connue sous le nom de « vitesses de lignes », au-delà des limites établies par une réglementation de l’ère Obama dans le cadre des modifications de leurs systèmes d’inspection. Le gouvernement a aussi proposé des réglementations qui mettraient en œuvre de nouveaux systèmes d’inspection et élimineraient les limites des vitesses des lignes d’abattage pour les producteurs de porc et envisage la même chose pour le bœuf, a indiqué Food & Water Watch, organisation de défense des consommateurs spécialisée dans l’eau et l’alimentation.

Le gouvernement a aussi réduit davantage la supervision de la sécurité des travailleurs dans les entreprises de viande et de volaille, y compris une diminution des mesures d’application de la loi prises par l’Administration de la sécurité et de la santé au travail  (Occupational Safety and Health Administration, OSHA), l’agence américaine qui au sein du Département du Travail est chargée de superviser le respect des normes du travail. De plus, la véritable extension des dangers rencontrés par les travailleurs est mal comprise, car les rapports du secteur sur les taux de blessures et de maladies manquent de transparence. De nombreuses études ont montré des divergences entre les données fédérales sur les blessures et les maladies professionnelles dans le secteur et l’expérience des travailleurs.

Le service d'inspection et de sécurité alimentaire américain (Food Safety and Inspection Service, FSIS) devrait mettre fin à la déréglementation des vitesses des lignes d’abattage dans le secteur de l’abattage et de la transformation de viande et de volaille, a déclaré Human Rights Watch. À travers l’OSHA, le gouvernement américain devrait aussi améliorer les conditions des travailleurs par une surveillance, une réglementation et une transparence accrues, y compris la mise en place de normes pour gérer les facteurs de risque de maladies et de blessures, y compris les cadences de travail, l’exposition aux produits chimiques et d’autres risques ergonomiques.

Le gouvernement devrait aussi prendre des mesures pour s’assurer que les données sur les blessures et les maladies professionnelles des travailleurs sont exactes et accessibles aux autorités régulatrices fédérales et au public, notamment la révision des formulaires de signalement des accidents et maladies professionnels par les employeurs pour recueillir de meilleures informations sur les blessures traumatiques cumulées. Les entreprises d’abattage de viande et de volaille et les entreprises achetant leurs produits devraient aussi identifier, prévenir et résoudre les violations des droits humains commises dans leurs chaînes d’approvisionnement.

Le droit international relatif aux droits humains protège le droit de chacun à travailler dans des conditions sûres et saines, ainsi que le droit à la norme de santé la plus haute possible. Selon les Principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, toutes les entreprises ont la responsabilité de respecter les droits humains et de s’assurer qu’elles ne causent pas de violations des droits humains ou qu’elles n’y contribuent pas.

« Le gouvernement américain ne devrait pas ignorer l'impact humain de ses politiques », a conclu Matt McConnell. « Il a le pouvoir et l’obligation d’améliorer les conditions des travailleurs et ne devrait pas les détériorer ».

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Dans les médias

Washington Post (ang)    AgroMedia (secteur en France)

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