Photos de personnes « disparues » en Syrie, dans les régions que contrôlait l’État islamique, avant la chute de l’EI. Photos fournies par les familles de ces personnes.

© 2019 Human Rights Watch / Privé

(Paris) – Des familles luttent pour savoir ce qu’il est advenu de leurs proches disparus au cours de leur détention par Daech (ou État islamique, ISIS) alors que le groupe contrôlait des parties de la Syrie, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. La Coalition des familles des personnes enlevées par l’organisation Etat islamique (Daech), une nouvelle organisation de familles syriennes ayant des proches disparus, et Human Rights Watch organisent une conférence de presse commune le 14 mai 2019 à Paris.

Le partage d'informations avec les familles de disparus devrait être l’une des priorités de la coalition internationale anti-Daech, tout comme le fait de créer un mécanisme formel pour répondre au problème des disparus et permettre aux familles d'enregistrer leurs cas, selon Human Rights Watch. Ce mécanisme constituerait une base de données des personnes disparues, aiderait les autorités locales du nord-est de la Syrie dont les ressources sont insuffisantes à exhumer les charniers et traiterait de manière appropriée les informations obtenues sur le statut des personnes anciennement détenues par Daech.

« Maintenant que la bataille territoriale contre l’Etat Islamique est terminée, la coalition doit s'attaquer au terrible héritage laissé par Daech », a déclaré Nadim Houry, directeur du programme Terrorisme/Lutte anti-terroriste de Human Rights Watch. « Le problème crucial pour des milliers de familles est de savoir ce qu’il est arrivé aux personnes enlevées par Daech ».

Bien que l'ampleur des disparitions ne soit pas connue, le Réseau syrien pour les droits de l'homme a recensé 8 143 cas d'individus détenus par Daech dont le sort reste inconnu.

Human Rights Watch a également documenté de nombreux cas de militants, travailleurs humanitaires, journalistes, combattants anti-Daech et habitants ayant eu un différend avec des membres de Daech, que le groupe a détenus et dont le sort demeure inconnu. Dans certains cas, des membres des familles ont vu Daech emmener leurs proches en détention ; dans d'autres, d'anciens détenus ont déclaré avoir vu la personne disparue dans des centres de détention.

Des familles de disparus ont dit à Human Rights Watch qu'elles avaient espéré que la défaite territoriale de Daech leur permettrait d’obtenir rapidement des informations sur le sort de leurs proches. Mais ni les Forces démocratiques syriennes (FDS), ni la coalition internationale dirigée par les États-Unis n'ont créé de mécanisme ou d'entité pour apporter des réponses aux questions des familles.

Des familles vivant toujours dans le nord-est de la Syrie ont déclaré à Human Rights Watch qu'elles cherchaient des informations auprès des postes de sécurité gérés par l’Asayish (force de sécurité kurde), des conseils civils locaux, des personnes en position d'autorité, des hôpitaux et des premiers intervenants chargés de découvrir les charniers, mais que leurs recherches ne donnaient souvent aucun résultat. Cela est encore plus difficile pour les familles contraintes à l’exil par Daech ou les combats en Syrie.

Les FDS ont déclaré à Human Rights Watch qu’elles n’avaient trouvé aucun détenu lorsqu’elles avaient repris des prisons et des centres de détention sous le contrôle de Daech. Il n'est pas clair si l’Asayish, les FDS et la coalition internationale ont entrepris de réels efforts pour connaître le sort des détenus aux mains de Daech.

Alors qu'un certain nombre de charniers ont été découverts dans les gouvernorats syriens de Raqqa et de Deir al-Zor, les autorités locales doivent faire face aux défis logistiques que posent la collecte et l'organisation adéquates des informations sur les corps retrouvés et ont grandement besoin de renforts.

En juin 2018, Human Rights Watch a observé l'équipe des premiers intervenants à Raqqa chargée de récupérer les corps dans tout le gouvernorat, alors qu'ils découvraient une fosse commune sur le terrain de sport d’Al-Rashid à Raqqa. L’équipe a travaillé de manière rapide et soignée, mais ses méthodes rudimentaires et son protocole de collecte d'information sur les corps ne correspondaient pas aux pratiques de référence. L'équipe avait besoin d'une formation et d'une assistance technique importantes pour exhumer les corps et recueillir des données sans perdre des informations essentielles à leur identification, a déclaré Human Rights Watch.

Les gouvernements et les intervenants qui fournissent actuellement un appui au rétablissement et à la stabilisation du nord-est de la Syrie devraient aider les autorités locales à mettre au point et à maintenir un système plus précis de collecte de données sur les personnes disparues et d'identification des corps exhumés. Les organisations internationales dotées d'une expertise médico-légale devraient fournir un appui technique, notamment en envoyant des experts médico-légaux pour appuyer les processus d'identification et d'exhumation, et les autorités locales devraient faciliter ce processus dans la mesure du possible.

De nombreuses parties au conflit syrien, en particulier le gouvernement syrien, ont contribué à la détention arbitraire prolongée ou à la disparition forcée de dizaines de milliers de personnes. Mais la fin du contrôle territorial par Daech offre une occasion de courte durée d'apporter des réponses à des familles dont des proches ont disparu en Syrie et de poser le principe que leur droit de savoir ce qu’il est advenu des leurs sera respecté, a déclaré Human Rights Watch.

« Les forces qui contrôlent aujourd'hui l'ancien territoire de Daech et leurs soutiens internationaux peuvent apporter des réponses aux familles si elles font de cette question une priorité », a déclaré Nadim Houry. « C'est une étape cruciale pour les familles des victimes et pour les efforts de justice en Syrie. »

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