La remise en liberté de six écolières et d’un garçon, arrêtés le mois dernier pour des gribouillages sur la photo du président et accusés d’avoir « insulté le chef de l’État », ne constitue pas la fin de leurs malheurs.

Dans une lettre datée du 20 mars, le directeur de l’école Akamuri a accusé cinq des sept enfants arrêtés le 12 mars et âgés entre 13 et 17 ans d’avoir « falsifié leurs manuels scolaires », ce qui constitue une violation du règlement scolaire, et les a définitivement expulsés de l’école.

Leur arrestation et leur détention ont déclenché des critiques ainsi qu’une campagne mondiale sur les réseaux sociaux encourageant d’autres personnes à gribouiller sur les photos du président et à publier ces gribouillages en ligne avec le hashtag #FreeOurGirls afin de faire preuve de solidarité.

Bien que trois des écolières aient été libérées quelques jours après leur arrestation, le juge a prolongé la détention provisoire et transféré les trois autres filles à une prison pour femmes à Ngozi, où elles ont été détenues pendant six jours.

Les six écolières sont maintenant revenues dans leurs familles, mais elles font toujours face à des accusations d’« outrage envers le chef de l’État ». Quatre d’entre elles n’ont jusqu’à présent pas été autorisées à reprendre leurs études secondaires. Le jeune garçon arrêté avec elles a également été expulsé, bien qu’il n’ait pas été inculpé ni détenu. Tous proclament leur innocence, et, selon une source à Kirundo, les manuels d’occasion avaient été récemment envoyés par une autre école.

Les parents des élèves sont, de toute évidence, inquiets quant à l’avenir de leurs enfants. L’un des parents a déclaré qu’il était attristé de voir sa fille rester à la maison et s’occuper de travaux domestiques au lieu d’aller à l’école. Un autre parent a affirmé que sa fille avait été « traumatisée ».

Tous les enfants ont le droit d’être scolarisés, d’avoir un accès égal à l’éducation à tous les niveaux et d’avoir la garantie d’une éducation de qualité.

Ce type de punition mesquine est en train de devenir monnaie courante au Burundi. En 2016, des centaines d’enfants ont été expulsés de plusieurs écoles pour avoir gribouillé sur le visage du président dans les manuels scolaires. Récemment, les réseaux sociaux ont rapporté l’arrestation, à Gitega, de deux autres écoliers pour avoir gribouillé sur la photo du président, bien qu’on ignore s’ils ont été inculpés ou non.  

Certains responsables d’école sont devenus complices de la répression exercée par l’État à l’encontre de tout type d’opposants au président, y compris des étudiants gribouillant sur son image. Les enfants, comme les adultes, ont le droit de s’exprimer librement, mais quelque chose d’aussi trivial que du gribouillage a maintenant mis en péril la scolarisation ainsi que l’avenir de sept enfants. Les administrateurs d’école qui placent la susceptibilité à fleur de peau d’un président au-dessus du bien-être des enfants rendent un mauvais service à leur pays ainsi qu’à leur profession.

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