Après des années d'immobilisme, il semble que les conservateurs européens ouvrent enfin les yeux face à la menace que le parti au pouvoir en Hongrie, le Fidesz, fait peser sur les droits fondamentaux.

Poster de campagne financé par le gouvernement hongrois et prenant pour cible Jean-Claude Juncker et George Soros.

© 2019 Lydia Gall/Human Rights Watch

Le 4 mars, Joseph Daul, président du Parti populaire européen (PPE), la famille politique européenne des partis de centre-droit dont le parti Les Républicains est également membre, a déclaré que la question de l'expulsion du Fidesz du PPE sera à l'ordre du jour de son Assemblée politique du 20 mars. Cela fait suite à une demande de 12 partis membres du PPE, de 9 pays différents, de discuter du statut du Fidesz au sein du PPE.

Le débat culmine aujourd’hui à cause d'une campagne scandaleuse du gouvernement Hongrois, financée par les contribuables, accusant de manière fallacieuse le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker – également membre du PPE – et le millionnaire et philanthrope d'origine hongroise George Soros – dénigré par le Fidesz depuis des années – de soutenir l’immigration massive en Hongrie.

Mais la principale raison pour laquelle le Fidesz a perdu sa légitimité à faire partie du PPE est sa campagne acharnée de démantèlement des contrôles et contrepouvoirs démocratiques en Hongrie, menée sous la direction du Premier ministre Viktor Orban. Le Fidesz n’a pas hésité à lancer des campagnes xénophobes et à diffamer les médias critiques et les organisations non gouvernementales luttant contre les violations des droits et la corruption de haut niveau.

Au cours des deux dernières années, le gouvernement hongrois a promulgué des lois obligeant les organisations recevant un financement international à s’enregistrer en tant qu’organisations financées par des fonds étrangers, sous peine de s’exposer à des sanctions, une disposition inspirée de la loi russe sur les « agents étrangers », et a criminalisé l’apport légitime d’aide et de services aux migrants et demandeurs d'asile.

L’année dernière, le gouvernement a forcé l’Université d’Europe centrale à quitter la Hongrie. En décembre, quelque 500 médias pro-gouvernementaux se sont rassemblés au sein d’un seul conglomérat privé pour préserver les « valeurs nationales », un énième coup porté à la diversité médiatique dans le pays.

La charte du PPE est claire : promouvoir la démocratie libre et pluraliste et le respect des droits humains, des libertés fondamentales et de l'État de droit. Ces valeurs sont également fondatrices pour l'UE. Orban et le Fidesz ont violé ces valeurs de manière répétée, mais leur appartenance au PPE a contribué à les soustraire à des contrôles clairement nécessaires par l'UE. Cela a, par ailleurs, encouragé des politiques abusives en Pologne et ailleurs.

C'est ce que les membres du PPE devraient garder à l'esprit le 20 mars. Les Républicains, membres clés du PPE, tout comme l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et l'Union chrétienne-sociale (CSU), sont jusqu’ici restés prudents et ambigus, mais ils vont devoir faire un choix. Ils devraient à présent défendre sans équivoque l'État de droit et la démocratie au sein du PPE et voter pour l'expulsion du Fidesz.

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