Une photo satirique de l’étudiant russe Daniil Markin, tenant une fausse plaque signalétique où figure l'adresse de sa page sur la plate-forme de medias sociaux VKontakte. Le numéro 282.1 fait allusion à l’article 282.1 du Code pénal russe, qui sanctionne toute « incitation à la haine contre un groupe religieux », et en vertu duquel il encourt une peine de cinq ans de prison.

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Jusqu’à présent cette année, les autorités russes ont enregistré 762 « crimes extrémistes », nombre d’entre eux consistant en des publications sur les médias sociaux. Dans certains cas, les autorités cherchent même pas à dissimuler le fait qu’elles invoquent la législation anti-extrémiste du pays, d’une portée aussi large qu’imprécise, pour museler la liberté d’expression.

Prenons le cas cas de Daniil Markin, un étudiant en cinéma âgé de 19 ans et originaire de Barnaoul, la principale ville de la région russe de l’Altaï. Il est poursuivi pour avoir sauvegardé plusieurs « mèmes » (images Internet) tournant en dérision le christianisme dans un album sur la plateforme de médias sociaux VKontakte (VK). Un matin de juillet 2017, des policiers de la brigade anti-extrémiste se sont présentés à l’appartement de Markin avec un mandat de perquisition, ont saisi ses appareils électroniques et l’ont emmené au commissariat pour y subir un interrogatoire. Un des enquêteurs a ouvert sa page VK et lui a montré quelques-uns des mèmes qu’il avait rendus publics. « Mon conseil pour vous, c’est de dire la vérité », a déclaré le responsable. « Nous vous remettrons en liberté et vous vous en tirerez à bon compte. »

Les policiers ont fait défiler devant Markin près de 1 500 images sauvegardées et fait des captures d’écran de dix mèmes se moquant du christianisme. Une image montrait Jon Snow, un personnage de l’émission Game of Thrones, dépeint comme Jésus-Christ, avec la légende « Jon Snow est ressuscité! Il est vraiment ressuscité ! » (une parodie du refrain de la Pâques orthodoxe).Une autre image montrant un bonhomme en bâtonnets, surmonté d’une auréole traversée d’une ligne, et légendé « Dieu n’existe pas ». Sous la pression de l’enquêteur, Markin a signé des aveux dans lesquels il reconnaissait  avoir sauvegardé des mèmes.

Le Service fédéral de surveillance financière de Russie, censé lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a ensuite placé Markin sur sa liste de surveillance et lui a interdit d’utiliser ses comptes bancaires.

En juillet dernier, près d’un an plus tard, son procès a débuté, pour des chefs d’inculpation de haine à l’encontre un groupe religieux. « J’ai reconnu avoir sauvegardé ces [mèmes], mais je ne voulais pas offenser qui que ce soit », m’a confié Markin, qui risque jusqu’à cinq ans de prison. Un jugement est attendu cet automne. Simultanément, les autorités de la région de l’Altaï ont monté des affaires similaires contre au moins trois autres « délinquants en ligne ».

Tout le monde au sein du gouvernement n’est pas forcément d’accord avec cette répression. Le ministère des Communications a récemment soutenu une proposition de modification de la loi visant à éliminer la responsabilité pénale pour la diffusion de contenus en ligne. Mais entretemps, avec la hausse du nombre d’arrestations de ce type, la liberté d’expression en ligne est clairement menacée.

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