Des secouristes palestiniens évacuent un homme blessé par les forces israéliennes près de la frontière entre Gaza et Israël, lors des manifestations tenues le vendredi 30 mars 2018.

© 2018 Reuters

(Jérusalem, le 3 avril 2018) - Les hauts responsables israéliens qui ont illégalement autorisé l'utilisation de balles réelles contre des manifestants palestiniens qui ne représentaient aucune menace imminente pour la vie portent la responsabilité des décès de 14 personnes tuées à Gaza le 30 mars 2018, lorsque des centaines d’autres manifestants ont été blessés, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Avant et après les heurts, de hauts responsables israéliens ont déclaré publiquement que les soldats stationnés le long de la barrière qui sépare Gaza d’Israël avaient pour ordre de cibler les « instigateurs » ainsi que toute personne cherchant à s'approcher de la frontière. Toutefois, le gouvernement israélien n'a présenté aucune preuve que les jets de pierres et d'autres violences commises par des manifestants aient sérieusement menacé les soldats israéliens qui se trouvaient de l’autre côté de la barrière frontalière. Le nombre élevé de personnes tuées et blessées a été la conséquence prévisible de l’option donnée aux soldats d'utiliser une force létale même dans des situations ne représentant pas une menace pour la vie, et donc en violation des normes juridiques internationales. Cet épisode a également eu lieu dans le contexte de la culture d'impunité même pour de graves abus, qui existe depuis plusieurs années au sein de l'armée israélienne.

« Les soldats israéliens ont recouru à une force excessive, apparemment à la suite d’ordres qui ont pratiquement garanti que la réponse militaire aux manifestations palestiniennes allait être sanglante », a déclaré Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Suite à ces nouveaux tirs mortels, il est important que la Procureure de la Cour pénale internationale ouvre une enquête officielle sur l’ensemble des crimes internationaux graves commis en Palestine, selon Human Rights Watch.

Israël et l'Egypte maintiennent une frontière fortement sécurisée autour de la Bande de Gaza, dont la superficie avoisine 40 kilomètres par 11 kilomètres. Près de 2 millions de Palestiniens, dont 1,3 million de réfugiés, vivent à Gaza. La majorité d'entre eux ne peuvent pas quitter le territoire, même pour se rendre en Cisjordanie, en raison des restrictions à la liberté de circulation imposées par Israël et par l’Égypte.

Dans les jours qui ont précédé les manifestations prévues le 30 mars, à l'occasion de la « Journée de la terre » organisée chaque année pour protester contre la dépossession de terres palestiniennes, les autorités israéliennes ont proclamé à plusieurs reprises leur intention de tirer sur les « instigateurs » ainsi que toute personne cherchant à de s'approcher de la barrière frontalière. Le 28 mars, le chef d'état-major des Forces de défense israéliennes, le général Gadi Eisenkot, a annoncé le déploiement de 100 tireurs d'élite dans la zone frontalière pour empêcher une « infiltration de masse » et a déclaré : « Les ordres sont d'utiliser beaucoup de force. » Le 29 mars, un porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a diffusé sur Twitter une vidéo montrant un Palestinien blessé à la jambe, avec le commentaire : « C'est le minimum que risque de subir quiconque essaye de franchir la barrière de sécurité entre Gaza et Israël. » Dans la matinée du 30 mars, le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a tweeté en arabe : « Quiconque s'approche de la frontière met sa vie en danger. »

Dans toute situation ne correspondant pas à un conflit armé, auquel s’appliquerait le droit international humanitaire, le recours à la force à Gaza est régi par le droit international relatif aux droits humains. Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois exigent que les forces de sécurité aient « recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force ou d'armes à feu ».   En cas d’un tel usage, les responsables de l'application des lois doivent : (a) utiliser cette force « avec modération » et d’une manière « proportionnelle à la gravité de l'infraction et à l'objectif légitime à atteindre » ; (b) Réduire au minimum les blessures causées, et de s’efforcer « de respecter et de préserver la vie humaine ». En outre, l'usage létal d'armes à feu n’est autorisé « que si cela est absolument inévitable pour protéger des vies humaines ».

Communiqué intégral (plus détaillé) en anglais :

www.hrw.org/news/2018/04/03/israel-gaza-killings-unlawful-calculated

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