(Nairobi) – La confirmation, le 27 avril 2017, par les Chambres africaines extraordinaires au sein des juridictions sénégalaises, de la condamnation de l’ancien président tchadien Hissène Habré donne raison à la persistance des victimes à obtenir justice et à lutter contre l’impunité en Afrique, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Le 30 mai 2016, les Chambres africaines extraordinaires ont condamné Habré à la prison à vie pour actes de torture, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Les Chambres ont été inaugurées par le Sénégal et l’Union africaine en février 2013 pour poursuivre « le ou les principaux responsables » des crimes internationaux commis au Tchad entre 1982 et 1990, lorsque Habré était au pouvoir dans ce pays.

« Depuis plus de 26 ans, les nombreuses victimes des crimes de Hissène Habré ont courageusement lutté pour que justice soit faite », a déclaré Richard Dicker, directeur du programme Justice internationale à Human Rights Watch.  « Aujourd’hui, leur calvaire prend fin avec la condamnation définitive à perpétuité d’un dirigeant autrefois intouchable, redonnant de l’espoir aux victimes partout dans le monde. »

Hissene Habre

Le procès de Hissène Habré, qui avait débuté le 20 juillet 2015, a été le premier lors duquel les juridictions d’un État ont jugé le dirigeant d’un autre État pour des allégations de violations des droits humains. Il s’est aussi agi du premier recours au principe de la compétence universelle ayant abouti à un procès en Afrique. La compétence universelle est un concept de droit international qui permet à des tribunaux nationaux de poursuivre l’auteur présumé de crimes particulièrement graves commis à l’étranger, quelle que soit sa nationalité ou celle des victimes.

Habré a fui au Sénégal en 1990 après avoir été renversé par le président tchadien Idriss Déby Itno. En dépit de son arrestation puis de sa première condamnation au Sénégal en 2000, il a fallu que ses victimes se lancent dans une longue campagne pour que les Chambres africaines extraordinaires soient inaugurées en février 2013 pour juger des crimes internationaux commis au Tchad sous le règne de Habré.

Le régime à parti unique de Hissène Habré (1982-1990) a été marqué par des atrocités massives et généralisées, dont des répressions ethniques ciblées. Les documents de la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS), retrouvés par Human Rights Watch en 2001, ont révélé les noms de 1 208 personnes exécutées ou décédées en détention, et de 12 321 victimes de violations des droits humains.

Human Rights Watch a largement documenté la responsabilité du gouvernement Habré dans de nombreux assassinats politiques, le recours systématique à la torture et des milliers d’arrestations arbitraires.  Avec des groupes de victimes et des militants des droits humains du Tchad, Human Rights Watch a œuvré pendant plus de 15 ans à promouvoir la justice pour ces crimes. La décision des Chambres africaines extraordinaires du 27 avril marque l’aboutissement de ces efforts.

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