(Beyrouth) – En 2016, les parties au conflit armé que traverse le Yémen ont violé les lois de la guerre en toute impunité, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2017 (version abrégée en français). Les gouvernements concernés devraient chercher les coupables des violations passées et en cours et suspendre immédiatement les ventes d’armes à destination de l’Arabie saoudite.

Des habitants de Sanaa, la capitale du Yémen, contemplent les décombres d’une maison détruite par un raid aérien mené par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, le 25 février 2016.

© 2016 Reuters

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite mène des opérations militaires, soutenues par les États-Unis et le Royaume-Uni, contre les forces houthistes et les forces fidèles à l’ancien Président Saleh depuis mars 2015. La coalition a attaqué illégalement des maisons, des marchés, des hôpitaux, des écoles, des commerces civils et des mosquées. D’après le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, au 10 octobre, au moins 4 125 civils avaient été tués et 6 711 avaient été blessés, la plupart par des frappes aériennes de la coalition.

« Aucune des forces impliquées dans le conflit au Yémen ne semble craindre devoir répondre de la violation des lois de la guerre », a affirmé Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient à Human Rights Watch. « Les membres de l’ONU doivent exhorter les parties à mettre fin au massacre et à la souffrance des civils. »

Dans cette 27e édition annuelle de son Rapport mondial (version intégrale en anglais de 687 pages, version abrégée en français de 218 pages), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son 'introduction, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, explique qu'une nouvelle génération de populistes autoritaires cherche à infirmer le concept d'une protection individuelle basée sur les droits humains, en caractérisant ces droits comme une entrave à la volonté de la majorité. Pour toutes les personnes qui se sentent laissées de côté par l'économie mondialisée et qui craignent de plus en plus d'être exposées à des violences et à des crimes, les organisations de la société civile, les médias et le public ont des rôles essentiels à jouer en réaffirmant la validité des valeurs sur lesquelles les démocraties respectueuses des droits humains ont été édifiées.

Des deux côtés du conflit, les lois de la guerre ont été violées à maintes reprises. Human Rights Watch a fait état de 61 frappes aériennes apparemment illégales menées par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, dont certaines pourraient s’apparenter à des crimes de guerre. La coalition a aussi utilisé des armes à sous-munitions, faisant l’objet d’une interdiction internationale. Ni les États-Unis ni le Royaume-Uni n’ont suspendu leurs ventes d’armes à l’Arabie saoudite en dépit des preuves croissantes de leur utilisation dans le conflit et de l’incapacité de la coalition à enquêter de manière crédible sur les violations présumées. En 2015, les États-Unis ont approuvé plus de 20 milliards de dollars US de ventes d’armes à l’Arabie saoudite, et le Royaume-Uni a approuvé l’équivalent de 4 milliards de dollars américains en ventes d’armes.

Depuis la prise de la capitale, Sanaa, en septembre 2014, les forces houthistes et leurs alliés ont mené une campagne de détentions arbitraires et de disparitions forcées contre des personnes perçues comme des opposants. Ils ont lancé des roquettes d’artillerie lors d’attaques aveugles dans le sud-est de l’Arabie saoudite et au Yémen, tuant 475 civils et blessant 1 121 autres entre le 1er juillet 2015 et le 30 juin 2016, d’après l’ONU. Les forces houthistes et alliées ont également posé des mines antipersonnel interdites qui ont tué et blessé des dizaines de civils.

Aucun des belligérants n’a effectué d’enquêtes crédibles sur les allégations de violations des lois de la guerre commises par leurs forces au Yémen. L’équipe d’évaluation conjointe des incidents (JIAT, Joint Incidents Assessment Team) désignée par la coalition a publié des conclusions différant considérablement de celles de l’ONU et d’autres organisations. Partie au conflit en offrant des renseignements sur le ciblage et du ravitaillement en vol pour les attaques de la coalition, les États-Unis n’ont, à notre connaissance, pas enquêté sur les attaques supposées illégales auxquelles leurs forces pourraient avoir participé.

En novembre, les États-Unis signalaient avoir mené 28 attaques de drones au Yémen au cours de l’année 2016, responsables de la mort de dizaines de personnes décrites comme des agents d’Al Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA). L’AQPA et les milices liées à l’État islamique ont revendiqué de nombreux attentats-suicide et autres attaques à la bombe qui ont causé la mort de dizaines de civils en toute illégalité.

Les parties au conflit entravent ou restreignent l’approvisionnement des civils en denrées de secours critiques, aggravant ainsi la crise nationale. La coalition a imposé un blocus naval et aérien au Yémen, limitant l’importation de denrées vitales, et les forces houthistes et alliées ont confisqué de la nourriture et des fournitures médicales aux civils entrant dans Taizz et empêché l’assistance humanitaire d’accéder à la ville, contribuant au quasi-effondrement du système de santé.