Le vote par l'Assemblée nationale et le Sénat du Burundi approuvant le retrait de la Cour pénale internationale est la toute dernière mesure d’un gouvernement cherchant à soustraire son bilan déplorable en matière de respect des droits humains à l’examen minutieux de la communauté internationale.

Cérémonie en hommage à la mémoire du caméraman burundais Christophe Nkezabahizi et de membres de sa famille, tués par la police lors d'une opération menée dans une rue de Bujumbura le 13 octobre 2015. Aucune poursuite judiciaire n'a été menée à l'encontre des auteurs présumés des tirs. 

© 2015 Iwacu

En début d’année, la procureure de la CPI Fatou Bensouda a ouvert une enquête visant à déterminer si la CPI devait intervenir et lancer des poursuites contre les exécutions extrajudiciaires, les tortures, les viols, et les disparitions forcées, qui ont marqué la crise que traverse actuellement le Burundi. Ces derniers mois, le pays s’est transformé de plus en plus en zone de non-droit ; les arrestations arbitraires se poursuivent, et des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir ont dressé des barrages routiers pour extorquer de l’argent et harceler ceux qui ne paient pas. Le système judiciaire du Burundi n’a pratiquement pris aucune mesure contre ces abus.

La CPI est censée agir en tant que juridiction de dernier ressort, intervenant uniquement lorsque les tribunaux nationaux ne peuvent pas poursuivre les crimes internationaux les plus graves ou ne font rien pour les poursuivre. Au Burundi, alors que la mainmise du gouvernement sur le système judiciaire s’est intensifiée, les opposants présumés ont été privés de tout espoir de justice dans leur pays.

Malgré les centaines de personnes qui ont été brutalement tuées et torturées, le système judiciaire, profondément corrompu et manipulé par le parti au pouvoir, ne lance presque jamais d’enquêtes sérieuses.

Les menaces d’un gouvernement de quitter la CPI ne sont pas nouvelles. Des grondements similaires ont été entendus en Afrique du Sud, en Namibie et au Kenya – les plaintes portant notamment sur le fait que la CPI aurait l’Afrique en ligne de mire – mais aucun pays ne s’était effectivement retiré jusqu’à aujourd’hui. En attendant, des activistes de toute l’Afrique ont appelé à maintes reprises les gouvernements à soutenir et renforcer la CPI et non à la faire échouer.

Le retrait ne va pas se produire du jour au lendemain ni empêcher le gouvernement d’échapper à la justice internationale. Le Burundi doit officiellement informer le Secrétaire général des Nations Unies de sa décision de se retirer et il faudrait une année entière avant que la décision ne prenne effet. Jusque-là, tous crimes visés par la CPI et commis depuis avril 2015 – le mois marquant le début de l’enquête préliminaire de la procureure – semblent à juste titre relever de la CPI.

Si le Burundi met à exécution ses menaces de quitter la cour, ce serait le premier des 124 pays membres de la CPI à le faire. Derrière la rhétorique se cache une grossière tentative de protéger les membres des services de la police, de l’armée, et des renseignements qui ont commis les pires crimes. Leurs victimes méritent que justice soit rendue et non qu’un gouvernement cherche à dissimuler des abus et à protéger ses auteurs.