« L’État veut nous affamer », a déclaré un dirigeant traditionnel ivoirien à un chercheur local sur les droits humains, tandis qu’il décrivait ce qui s’est passé après que le gouvernement a expulsé en juillet des dizaines de milliers de producteurs de cacao du Parc national du Mont Péko. 

Un agriculteur expulsé du Parc national du Mont Péko (département de Duékoué) dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, photographié le 1er août 2016 parmi les décombres de son village situé à l’intérieur du Parc et qui a été partiellement détruit lors de l’opération d’expulsion menée par les autorités.

Le déplacement de ces planteurs de cacao – dont la plupart se sont réfugiés dans les villages en bordure du parc – a incité le Regroupement des Acteurs Ivoiriens des Droits Humains (RAIDH) à lancer aujourd’hui un avertissement selon lequel cette opération « met à risque la sécurité alimentaire, l’état de santé des populations et la cohésion sociale dans la zone. ». L'afflux d'agriculteurs déplacés, qui ont perdu les cultures de rente dont ils dépendaient pour nourrir leurs familles, a eu pour conséquence que plusieurs villes et villages ont vu leurs populations plus que doubler.

La restauration du Mont Péko, un parc national de 34 000 hectares qui a été dévasté par la culture du cacao à petite échelle, illustre le double défi auquel est confronté le gouvernement ivoirien, qui vise la conservation des forêts et des chimpanzés, éléphants et autres animaux en voie de disparition qui y vivent, tout en respectant les droits des communautés qui dépendent de ces forêts pour leur propre survie. 

La Côte d’Ivoire – dont le taux de déforestation aurait été à un moment donné estimé d’être le plus élevé d’Afrique – a vu la superficie de ses forêts décliner de 50 % du territoire national en 1900 à moins de 12 % en 2015. Pour aider à protéger la biodiversité du pays et combattre le changement climatique, le gouvernement ivoirien s’est engagé à restituer au moins 20 % de son territoire à la forêt. 

Toutefois, les mesures de protection de l'environnement, telles que la protection de parcs nationaux, ne devraient pas être réalisées au prix des droits des personnes qui y vivent. Le droit international protège toute personne qui occupe un terrain contre les expulsions forcées sans préavis suffisant, ou qui ne respectent pas la dignité et les droits des personnes affectées, indépendamment du fait qu'elles occupent la terre légalement ou pas.

Human Rights Watch et le RAIDH ont documenté en juin la façon dont l’agence forestière de Côte d’Ivoire a expulsé les agriculteurs des forêts sans avertissement et sans leur fournir un logement ou de la terre en remplacement. « Sans notre terre, je ne sais pas ce que nous allons faire », a déclaré un agriculteur. « Nous n’avons même pas assez de nourriture pour nous donner l’énergie de travailler. » « Je ne suis pas encore retombée sur mes pieds », a confié une femme qui a été expulsée en juin 2015. « J’ai du mal à nourrir mes enfants, et ils ne vont plus à l’école. »

D’après d’autres recherches menées par le RAIDH au Mont Péko, si les agriculteurs ont été informés que les expulsions étaient prévues, le gouvernement n'a pas fait en sorte que les villages en bordure du Mont Péko puissent abriter et nourrir les personnes déplacées, même temporairement. 

Un rapport des Nations Unies paru le 11 août a conclu que les infrastructures des communautés environnantes du Mont Péko étaient « largement insuffisantes » pour accueillir les personnes expulsées, et que les services sociaux, de la santé et de l'éducation étaient « débordés ». 

Alors que la Côte d’Ivoire restaure ses forêts, elle devrait faire davantage d’efforts pour équilibrer le coût humain des expulsions avec les impératifs environnementaux. Lorsque la relocalisation des communautés est l’unique option, le gouvernement devrait veiller à ce que les personnes déplacées bénéficient des services alimentaires et de base dont elles ont besoin.