Afghanistan : Le cycle néfaste du travail d'enfants

(Sous-titres via "cc") - Témoignages d’enfants afghans travaillant dans le tissage de tapis ou dans l’industrie métallurgique, parfois dans des conditions dangereuses, illustrant la nécessité de mettre fin à cette pratique afin de permettre à ces enfants de retourner à l’école det d'entrevoir un meilleur avenir.

(New York, le 14 juillet 2016) – Le gouvernement afghan ne protège pas des milliers d'enfants, dont certains à peine âgés de cinq ans, contre des conditions de travail dangereuses, en violation de la législation du travail en Afghanistan, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.

Le rapport de 31 pages, intitulé « 'They Bear All the Pain’: Hazardous Child Labor in Afghanistan » (« Ils supportent toutes les douleurs : Le travail dangereux des enfants en Afghanistan ») documente la manière dont des enfants effectuent des travaux dangereux en Afghanistan dans l'industrie du tapis, au titre du travail forcé dans des briqueteries et dans l’industrie de la métallurgie. Ils accomplissent des tâches qui les exposent aux des maladies, aux blessures ou qui pourraient parfois même entraîner la mort en raison de conditions de travail dangereuses et de la mauvaise application des normes en matière d'hygiène et de sécurité. De nombreux enfants qui travaillent dans ces conditions conjuguent le fardeau que représente un travail avec le fait d'aller à l'école ou renoncent complètement à leur éducation. Le fait de travailler oblige de nombreux enfants en Afghanistan à arrêter l'école prématurément. Seule la moitié d'entre eux impliqués dans le travail des enfants vont à l'école.

« Des milliers d'enfants afghans mettent chaque jour leur santé et leur sécurité en jeu afin d’aider à nourrir leurs familles », a déclaré Phelim Kine, directeur adjoint de la division Asie à Human Rights Watch. « Le gouvernement afghan devrait mieux protéger ces enfants qui représentent l'avenir du pays, en faisant appliquer les lois interdisant le travaux dangereux réalisé par les enfants. »

Helal, un jeune garçon afghan âgé de 10 ans qui passe ses journées à travailler dans une briqueterie près de Kaboul, montre ses mains recouvertes d’argile.

© 2016 Bethany Matta/Human Rights Watch

Le gouvernement n'a pas fait appliquer l'interdiction du travail des enfants dans les secteurs dangereux et a mis au point mort ses efforts visant à revoir sa législation du travail pour la mettre en conformité avec les normes internationales, a commenté Human Rights Watch. Les institutions gouvernementales responsables de faire appliquer la loi n'ont souvent pas les moyens d'inspecter les lieux de travail, ce qui fait que les enfants qui travaillent dans des activités interdites passent inaperçus et ne sont pas protégés.

En 2014, le gouvernement afghan a publié la liste de 19 métiers dangereux interdits aux enfants. Ces métiers incluent le tissage des tapis, la métallurgie et la fabrication de briques. Alors qu'un manque de ressources est un facteur important en matière de persistance du travail des enfants dans les secteurs dangereux, le gouvernement afghan a également échoué à faire appliquer la législation du travail en imposant des sanctions aux contrevenants et en élaborant une stratégie pour faire cesser les conditions de travail fondées sur l'exploitation.

Le responsable d'un four à briques situé à Kaboul a déclaré à Human Rights Watch : « Les enfants travaillent ici à partir de 10 ans, parfois 8 et jusqu'à ce qu'ils aient 15 ou 16 ans... Ils se réveillent à 3 heures du matin et travaillent jusqu'en soirée… Ils se plaignent de douleur, mais que peuvent-ils y faire ? Ils sont là pour gagner leur vie. Ils supportent toutes les douleurs pour accomplir le travail. »

Une extrême pauvreté conduit souvent les enfants afghans à réaliser des travaux dangereux. L'Afghanistan demeure l'un des pays les plus pauvres au monde. Le manque de terres, l'illettrisme, un taux de chômage élevé et la poursuite du conflit armé dans une grande partie du pays sont au rang des facteurs les plus importants qui contribuent à la pauvreté chronique et, par voie de conséquence, au travail des enfants.

Un garçon âgé de 13 ans qui travaille dans le secteur de la métallurgie à Kaboul a déclaré : « J'ai eu les doigts coupés par les bords tranchants du métal et j'ai reçu des coups de marteau. J'ai aussi eu les doigts coincés dans la machine à couper et à cintrer. Quand on prend un coup de marteau sur l'ongle ou qu'il se prend dans la machine, il noircit, puis il finit par tomber. »

Tandis qu'un travail approprié à l'âge de l'enfant et réalisé dans des conditions de travail saines et sécuritaires peut être bénéfique au développement de l'enfant et lui permettre de contribuer aux besoins élémentaires de sa famille, le travail qui entrave l'éducation d'un enfant ou qui est susceptible de compromettre sa santé ou sa sécurité est généralement considéré comme une forme du « travail des enfants »interdite par le droit international.

Bien que des projets pilotes qui étendent la portée des écoles communautaires afin d'atteindre les enfants vulnérables se sont révélés prometteurs, le soutien apporté à ces écoles est inadéquat quant aux besoins. L'éradication du travail des enfants en Afghanistan n'est pas réalisable aussi longtemps qu'une pauvreté extrême subsistera ; or, le gouvernement et ses bailleurs de fonds peuvent prendre des mesures pour protéger les enfants des risques associés au fait de travailler dans des conditions particulièrement dangereuses ou malsaines.

Ces mesures incluent l'accroissement du nombre d'inspecteurs du travail afin de couvrir le pays tout entier de manière adéquate, accorder la priorité à la surveillance des secteurs dangereux et offrir au gouvernement afghan une aide technique ciblée en matière d'élaboration et de mise en place de politiques, normes et réglementation contre le travail «des enfants. Tant le gouvernement que ses bailleurs de fonds étrangers devraient consacrer davantage de ressources à l'élargissement du soutien éducatif en faveur de tous les enfants qui travaillent.

Le gouvernement a l'obligation morale, en vertu du droit international, de prendre immédiatement des mesures pour éradiquer le travail dangereux effectué par des enfants. Tant l'Afghanistan que ses bailleurs de fonds étrangers devraient prendre des mesures d'urgence pour protéger les enfants contre les risques associés au fait de travailler dans des conditions particulièrement dangereuses ou malsaines.

« Les enfants ayant atteint l’âge légal et travaillant en toute sécurité peuvent contribuer à fournir des moyens de subsistance à de nombreuses familles afghanes », a commenté Phelim Kine. « Toutefois, le gouvernement afghan a l'obligation de faire appliquer les lois visant à protéger les enfants sur leur lieu de travail et de garantir qu'ils n'ont à sacrifier ni leur éducation ni leur sécurité comme le prix à payer pour venir en aide à leurs familles. »

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