Les dirigeants des quatre organisations constituant le « Quartet » tunisien, lauréat du Prix Nobel de la Paix 2005, photographiés à Tunis le 21 septembre 2013. De gauche à droite : Wided Bouchamaoui, presidente de l’Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (UTICA), Houcine Abassi, Secrétaire général de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), Abdessattar ben Moussa, président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH), et Mohamed Fadhel Mahfoudh, bâtonnier de l'Ordre national des avocats.

© 2013 Reuters

Il fut un temps où la Tunisie semblait bien partie pour suivre le même chemin que beaucoup d'autres pays ayant connu un soulèvement populaire lors du Printemps arabe – tout d'abord l'espoir, puis la descente vers les effusions de sang et le chaos.

Ce qui a permis de préserver l'avenir de la Tunisie, c'est l'extraordinaire rapprochement effectué par plusieurs organisations de la société civile, qui ont guidé un dialogue national et tracé un chemin vers la paix et la réconciliation.

Aujourd'hui, le « Quartet » du Dialogue national tunisien s'est vu décerner le prix Nobel de la Paix, ce qui constitue non seulement une reconnaissance bienvenue du rôle crucial joué par ce groupe pour canaliser la ferveur révolutionnaire du pays vers une société respectueuse des droits humains, mais aussi un message d'espoir dont cette région ravagée par la violence avait bien besoin.

Le Quartet, formé pendant l'été 2013 et composé de quatre organisations de la société civile – l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) ; la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) ; l’Ordre des avocats ; et l’Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (UTICA) – a lancé ce qu'on appelle le « Dialogue national ». Ce processus a permis aux partis politiques farouchement antagonistes du pays de se réunir autour d'une table de négociation et de façonner un nouveau processus démocratique. Ces organisations se sont rassemblées alors que le pays traversait une crise politique alarmante, marquée par des assassinats politiques et des désordres. À ce moment-là, le pays qui a donné naissance au « Printemps arabe » était lui-même au seuil de la guerre civile.

Mais le Quartette, et les partis politiques qui ont participé au processus, ont choisi la voie du dialogue et de la résolution pacifique des conflits, plutôt que la violence. Au cours de plusieurs mois d'efforts soutenus, ils ont eu plusieurs sessions de discussions qui ont finalement abouti à l'adoption d'une nouvelle constitution respectueuse des droits humains, y compris la plupart des normes reconnues internationalement dans le domaine de ces droits, à la formation d'un nouveau gouvernement intérimaire, puis à la tenue d'élections législatives et présidentielle.

Le message d'espoir et d'encouragement au respect des droits humains qui est au cœur de ce prix Nobel bien mérité va au-delà de la Tunisie. Il montre que le dialogue est une autre voie possible et viable à emprunter plutôt que de poursuivre sur le chemin de la violence qui s'est emparée de la région. Il va également permettre de renforcer à l'avenir le rôle de la société civile dans le processus démocratique tunisien.

De nombreux défis subsistent pour la Tunisie, qui est confrontée à une insécurité croissante et à des problèmes économiques. Pour l'instant, le prix Nobel rallume l'espoir placé dans le message de liberté et de dignité qui est au cœur des soulèvements arabes, que la Tunisie a déclenchés. Mais il ne doit pas faire oublier les problèmes sous-jacents d'un pays qui n'a pas encore achevé la réforme de ses forces de sécurité et de son système judiciaire, et où la lutte contre le terrorisme s'accompagne souvent de violations des droits humains. La « dynamique société civile (tunisienne) qui a de hautes exigences en matière de respect des droits humains fondamentaux », telle que l'a décrite le Comité du prix Nobel, devrait être encore renforcée afin de concrétiser ces promesses.