Un navire de la Garde côtière italienne, assisté par un hélicoptère, lors de l'opération de recherche et de sauvetage menée suite au naufrage d’un bateau transportant des migrants en mer Méditerranée, le 19 avril 2015.

© 2015 Reuters

Les ministres de l’intérieur de l’Union européenne (UE) se sont réunis hier à Bruxelles dans l’espoir de négocier  les détails d’un agenda européen sur les migrations, destiné à répondre à la crise migratoire en Méditerranée. Les résultats, et même  l’ensemble du processus qui a débouché sur la réunion d’hier, sont bien en deça de ce qui est nécessaire.

L’Agenda proposait de relocaliser 40 000 demandeurs d’asile depuis l’Italie et la Grèce- mesure conçue comme indispensable pour aider à alléger la part excessive de responsabilité assumée par ces deux pays en terme d’accueil de demandeurs d’asile, fuyant généralement des pays comme la Syrie ou l’Erythrée, et arrivant en bateau d’Afrique du Nord et de Turquie.

Hier, les ministres de l’UE se sont engagés à relocaliser 32 256 personnes. Non seulement ils n’ont pas atteint le nombre total, mais ils n’ont même pas su se mettre d’accord sur un système obligatoire  et équitable de partage de responsabilité entre les pays pour répartir les demandeurs d’asile.

La France et l’Allemagne ensemble comptent pour presque la moitié des engagements pris. L’Espagne a accepté de s’engager, mais bien en deçà de que ce que la Commission européenne a demandé (un peu plus d’un quart), et la Hongrie a refusé d’en accueillir. La Pologne, pays de presque 40 millions d’habitants, a offert de prendre en charge 1 000 demandeurs d’asile dans ce même cadre. Cela est bien inférieur à la demande de la Commission d’en accueillir 2 659, fondée sur un calcul qui prend en compte des critères comme la situation économique, le niveau de chômage et le nombre de demandeurs d’asile déjà présents dans le pays. La Pologne et d’autres pays d’Europe  centrale et orientale, tout comme les pays baltes, soutiennent qu’ils ne peuvent pas gérer un plus grand nombre de réfugiés. Mais les dirigeants politiques dans ces payssemblent être beaucoup plus influencés par des politiques nationales et des sentiments d’hostilité aux immigrés que par de réelles préoccupations quant à leur capacité d’accueillir les demandeurs d’asile.  

Tout cela prend place alors que chaque jour, 1 000 demandeurs d’asile atteignent les îles grecques, dans un contexte où l’Etat grec, surendetté, n’est pas en mesure de leur fournir refuge, nourriture, soins de santé et installations sanitaires. L’Italie  également se démène pour fournir un abri aux dizaines de milliers de migrants et demandeurs d’asile qui sont arrivés depuis le début de l’année, et cela alors que des groupes politiques xénophobes appellent à protester contre les centres d’accueil de migrants dans le pays.

Les pays de l’UE se sont par ailleurs engagés à réinstaller 22 504 réfugiés, reconnus par les Nations unies, en provenance d’autres régions du monde, une augmentation positive par rapport à la demande de 20 000 de la Commission européenne, et une grande amélioration par rapport au nombre de réfugiés réinstallés par les 28 états-membres en 2014 – seulement 8 579. Malgré cela, ce nouvel engagement représente moins d’un cinquième des besoins de réinstallation estimés par l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour 2015.

Le Commissaire européen pour les migrations, Dimitris Avramopoulos, et le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois, Jean Asselborn, qui représentent la présidence actuelle du Conseil de l’UE, ont essayé de présenter les accords  conclus hier sous un jour positif. Malgré cela, M. Asselborn a déclaré que les résultats étaient « décevants, et dans certains cas, embarrassants ». A une époque où le HCR attire l’attention sur le fait qu’une personne sur 122 sur cette planète est une personne déplacée, l’expression de M.  Asselborn est un euphémisme.